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  • La petite histoire du Belem...

    Le dernier des grands voiliers français du XIXe siècle encore navigant transporte à son bord la flamme olympique. Ce magnifique trois mats est un survivant de l'éruption de la montagne Pelée (1902), en Martinique. Et le voici qui porte la flamme olympique de 2024. Photo: Hélène Clément, Port de Toulon, 2014 Son histoire en bref... À l’origine un navire marchand destiné à assurer la liaison entre Nantes, les Antilles et l’Amérique du Sud, le Belem pouvait entreposer jusqu’à 650 tonnes de denrées et de marchandises, notamment du cacao d’Amazonie, du rhum et du sucre des Antilles. Puis, le trois-mâts, qui aurait eu cinq vies et trois nationalités, est devenu avec le temps un yacht de plaisance et un navire-école. Avec le temps, oui, mais aussi avec de la chance. Beaucoup de chance même! Car les choses auraient pu se passer autrement pour le Belem si, le soir du 7 mai 1902, l’accès à la rade de Saint-Pierre, en Martinique, lui avait été autorisé. Mais faute de place, le trois-mâts , commandé le 23 décembre 1895 par la maison Denis Crouan et Fils, armateurs à Nantes, en France, est contraint de mouiller dans la baie du Robert, de l’autre côté de l’île martiniquaise. En colère, le capitaine Chauvelon ne se doute pas alors que l’incident le sauvera de la plus grande catastrophe naturelle de l’histoire de la France. Malgré trois mois d’alertes (mouvements telluriques, rivières gonflées, odeur de soufre et coulée de boue), les habitants de Saint-Pierre ne veulent pas croire au pire. Non seulement la capitale de la Martinique est en période d’élections législatives, mais n’est-elle pas une solide ville de pierre qui en a vu d’autres? Pourtant, au matin du 8 mai 1902, la montagne Pelée explose dans un vacarme assourdissant. L’onde de choc est d’une telle violence que les Pierrotins n’ont même pas le temps de fuir. Les premières victimes sont littéralement pulvérisées ou écrasées par une pluie de roches. Une nuée ardente s’abat sur la ville à une vitesse de 500 km/h et embrase tout sur son passage. En 90 minutes, 30 000 personnes et la capitale de la Martinique disparaissent sous les cendres. Entre-temps, le capitaine Chauvelon, qui entreprenait sa quatrième campagne à bord du Belem, s’apprête à débarquer pour aller à cheval à Saint-Pierre déjeuner avec le capitaine du Tamaya, Theophile Mahio. Trop tard, le «clipper» nantais vient de sombrer avec la totalité de son équipage. Comme d’ailleurs le trois-mâts bordelais Biscaye chargé de centaines de tonneaux de morue salée, le cargo mixte à vapeur de la Quebec Line Roraima chargé de combustible et qui va brûler pendant trois jours avant de couler, puis le Grappler, le Diamant, la Teresa, la Clementina… Environ 200 bateaux et une quarantaine de gros navires étaient ancrés dans la baie de Saint-Pierre au moment de l’éruption de la montagne Pelée. Même s’il pleut de la cendre depuis plusieurs jours, les navires sont contraints par les règlements de rester à quai. Seul l’Orsolina défie les autorités et s’enfuit. Italien d’origine, son capitaine connaît les foudres du Vésuve... Le 400ème de la ville de Québec Le 18 mai 2008, le trois-mâts Belem appareillait de Bordeaux, en France, à destination de Québec où «le dernier des grands voiliers français du XIXe siècle encore navigant» était attendu pour célébrer le 400e anniversaire de la ville. Une traversée de près de 100 jours. Il a d'abord fait escale à Madère, puis à Boston le 19 juin et à Halifax le 26. Il est arrivé à Québec le 2 juillet, à temps pour le début des festivités. Après deux semaines à quai, le navire s'était dirigé vers Gaspé et Saint-Pierre-et-Miquelon, dernière parcelle de cette Nouvelle-France que Champlain, parmi tant d’autres, entreprit de créer il y a quatre siècles. Arrivée du Belem à Marseille avec à son bord la fameuse flamme olympique Ce mercredi 8 mai 2024, après 12 jours en mer, le mythique trois-mats Belem arrive en France à Marseille avec à son bord, la fameuse flamme des jeux olympiques de Paris C’était aussi en Martinique en 1902 un jeudi 8 mai, jour de l’Ascension. L’église du Mouillage était bondée, celle du Fort aussi. À ce même endroit, place Bertin, des dizaines de tonneaux de mélasse et de rhum étaient entassés en attente d’être chargés sur des navires. Saint-Pierre exportait alors 200 000 hectolitres de rhum par année. Dans la rade juste en face, Le Roraïma de la Québec Line — l’un des premiers cargos mixtes à vapeur — venait de prendre place au côté du voilier nantais Le Tamaya, en dépit d’une eau tapissée de cendre et d’une montagne couverte d’un nuage noir que le soleil peinait à percer. Le Belem arrivé trop tard la veille a dû aller jeter l'ancre côté atlantique de l'île. 7h50. L’onde de choc est d’une telle violence que les Pierrotins n’ont pas le temps de fuir. Une nuée ardente s’abat sur la ville à 500 km/h et brûle tout sur son passage. Saint-Pierre disparait sous les cendres avec la majorité des bateaux de la rade. Le Bélem n'y était pas! https://www.fondationbelem.com/

  • Nature vive - Un oeil bien ouvert sur la biodiversité mondiale, une formidable expérience immersive.

    En ce Jour de la Terre, petite virée au #palaisdescongre de Montréal pour une immersion dans les magnifiques écosystèmes du monde. le message est clair, «il est urgent de protéger la biodiversité de la planète entière.» La Terre est belle, dommage de l'abîmer... Nature vive

  • L'esprit du fleuve Saint Laurent

    Tout rappelle ici la mer : l’odeur, le vent, les cris plaintifs des goélands. L'île aux Lièvres se trouvent au beau milieu du Saint-Laurent, à environ dix kilomètres d’une rive et dix de l’autre. À l’ouest, l’archipel des Pèlerins, et à l’est, l’île Blanche, l’île Verte, l’île Rouge… Quelque part mugit une corne de brume. Des histoires de phares, de bateaux perdus aussi. Nul doute, le fleuve cache un passé tumultueux. « Ce n’est pas un fleuve facile, raconte le guide-interprète. Il y a beaucoup de récifs et de hauts fonds autour des îles. Entre 1840 et 1850, il y aurait eu 240 naufrages. Avec Cape Horn, le fleuve Saint-Laurent est l’une des zones les plus dangereuses au monde pour la navigation. » Et voilà que l’imagination s’échauffe ! On pense au Don de Dieu, le navire de Samuel de Champlain qui, à maintes reprises, en 1608, aurait chaviré et manqué de se fracasser contre les rochers. Puis au navire du roi Louis XV, le Rubis, qui aurait laissé descendre dans l’anse de l’île des passagers affectés par le mal de mer. À ce soldat Yeoman aussi, mort en 1814 sur le bateau Endeavor. Le bateau se trouvant alors près de l’île du Pot-à l’eau-de-vie, on décida de l’y enterrer, comme en témoigne son épitaphe. On pense aussi à l’Empress of Ireland, embouti la nuit du 29 mai 1914 par le charbonnier norvégien Storstad, au large de Sainte-Luce-sur-Mer, emportant dans son naufrage 1012 personnes. Un musée à Pointe-au-Père relate l’histoire du bateau, de sa construction jusqu’au naufrage. Île-aux-Lièvres L’île compte une quarantaine de kilomètres de sentiers pédestres dont le niveau, en fonction des distances, varient de facile à très difficile. Et trois types d’hébergement : une charmante auberge - qui restera fermée été due aux restrictions liées aux mesures de santé et sécurité liées à la CODIV19, de jolies maisonnettes style chalet et des sites de camping rustique. Toutefois, ce n’est qu’une fois terminée la nidification des oiseaux que le visiteur peut explorer l’île dans sa totalité. Donc, pour certains tronçons, après les premiers jours de juillet. Et interdit d’y faire du vélo ou du kayak de mer à partir et autour de l’île. S’il n’y avait qu’une balade à faire, celle du Sentier de la mer qui longe la plage côté nord du fleuve jusqu’à la Pointe Est, avec retour sur le sentier De la mer Sud, en vaut le coup. L’important est d’arriver au Bout d’en Bas à marée basse pour observer la colonie de phoques gris se prélasser au soleil. Son hurlement de loup s’entend à des kilomètres. Il n’est pas rare non plus qu’un rorqual, un béluga, un cachalot ou un dauphin accompagne le visiteur dans sa randonnée. Lunettes d’approche et appareil photo : des impératifs ! Renseignements Cette année la traversée vers l'île aux Lièvres se feradu 31 mai au 29 septembre 2024 . Duvetnor vous invite à consulter son site web pour plus de renseignements concernat l'île aux Lièvres (https://duvetnor.com/informations-pratiques/ile-aux-lievres/) Au plaisir de vous voir ou revoir cet été. Pour des réservations par téléphone au 418-867-1660 ou sans frais au 1-877-867-1660). https://duvetnor.com

  • 2024 - La croix en acier du Mont-Royal a 100 ans cette année

    Elle culmine sur le Mont-Royal, à 251 mètres d'altitude. D'une hauteur de 33 mètres, ses bras s’étendent sur 10 mètres. Sa structure métallique - composée de quelque 1 830 pièces reliées par plus de 6 000 rivets pèse 26 tonnes, repose sur huit pilastres de béton. Elle commémore la promesse de Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, de planter une croix au Sommet du Mont-Royal si le fort de Ville-Marie menacé par une forte crue des eaux, était épargné. Une croix de bois a d’abord été érigée le 6 janvier 1643, en guise donc de remerciement à Dieu pour avoir épargné la petite colonie de Ville-Marie. Quant à la croix d’acier actuelle elle a été installée il y a 100 ans, en 1924, par la Société Saint-Jean Baptiste. À l’origine, la structure métallique en acier de 26 tonnes était illuminée par 240 ampoules qui en dessinaient le pourtour. Aujourd’hui, l’éclairage de la croix, contrôlable à distance, est produit par des ampoules de type DEL reproduisant l’effet des ampoules d’origine. Par temps clair, elle est visible à 80 km de distance. La couleur des ampoules change lors d’événements spéciaux. De blanche, elle passe au violet pour souligner la mort d’un pape ou d’un roi. La couleur jaune indique un couronnement. En 1975, le bleu illuminait la croix à l’occasion des fêtes de la Saint-Jean-Baptiste . Durant les années 1980, on la vit scintiller en rouge lors d’une marche pour le sida. Capsule temporelle Sous la croix, une plaque marque l'emplacement d'une capsule de temps déposée en 1992 dans le cadre des célébrations du 350 e anniversaire de Montréal. Elle contient les messages, dessins, textes et bricolages de quelque 12 000 enfants montréalais décrivant leurs visions du Montréal de l'an 2142. La capsule doit être rouverte lors des célébrations du 500 e anniversaire de la fondation de Montréal, soit le 17 mai 2142. C'est un rendez-vous. Information recueillie sur le site officiel du Mont-Royal : https://ville.montreal.qc.ca/siteofficieldumontroyal/accueil https://ville.montreal.qc.ca/siteofficieldumontroyal/search/node/la%20croix

  • Martinique - À travers les mornes et les cascades

    On ne pense pas à aller en Martinique pour faire de la randonnée pédestre. Pourtant, à l’image de la France, l’île dispose d’un très beau réseau de sentiers pédestres. Plusieurs itinéraires conduisent en montagne, en forêt tropicale, le long du littoral. Un moyen dynamique d’entrer en relation avec la population et de découvrir l'histoire de l'île. De Saint-Pierre, plus que vingt kilomètres en auto avant d’atteindre le village du Prêcheur. D’un côté, la mer des Caraïbes, de l’autre, la montagne Pelée. À l’anse Céron, la voiture emprunte une route escarpée et sinueuse de trois kilomètres qui monte et descend pour s’enfoncer dans la forêt touffue. Anse Couleuvre. Terminus de la route D10. Ici commence le sentier pédestre de 17 km « Prêcheur-Grand-Rivière » menant à Grand-Rivière, le village le plus septentrional de l’île. Aux abords de la rivière Couleuvre, un petit stationnement ombragé (mieux vaut arriver tôt)permet de garer son auto pour la journée. Un immense panneau sur lequel est dessinée une carte du sentier indique le niveau de la randonnée, le nombre de kilomètres, le temps approximatif pour se rendre à destination (six heures), les difficultés en cours de route, les curiosités, les panoramas, les lieux pour se baigner. Entretenu et protégé par l’Office national des forêts avec le soutien du Conseil général de la Martinique, chaque itinéraire pédestre dispose en début de parcours d’un large plan détaillé du terrain avec des conseils. « La marche est une pratique ancienne sur l'île explique Jacques Bellanger, guide de montagne en Martinique. On nomme ces sentiers des “ traces ”. Elles sont l’oeuvre des Amérindiens, puis des esclaves qui fuyaient les plantations et des habitants qui parcouraient à pied ces petits chemins pour aller vendre leur marchandise à Saint-Pierre, capitale économique et culturelle de la Martinique avant l’éruption de la montagne Pelée en 1902. » Le sentier Prêcheur-Grand-Rivière évolue de col en col en jouant à cache-cache avec la mer. En début de parcours, le randonneur peut accéder par des traces secondaires à de jolies criques sauvages entaillées à flanc de montagne. La baignade y est délicieuse. Le chemin monte longuement en forêt, longe des ravins, descend, traverse un ruisseau, puis remonte en dessinant de longs serpentins à travers une jungle peuplée de fleurs, de bambous, de fougères géantes… La Martinique propose environ une trentaine de sentiers balisés qui respectent les normes nationales et internationales de la marche. La couleur du marquage représente la longueur et non la difficulté : le jaune équivaut à une randonnée d’un à trois kilomètres ; le bleu, de trois à douze kilomètres et le rouge, de plus de 12 km. On ne conçoit pas encore sur l’île l’organisation de randonnées de plusieurs jours, à l’image des grandes randonnées (GR) en France métropole. Les grands classiques Au nord, le sentier Prêcheur-Grand-Rivière, bien sûr, mais aussi « Les Gorges de la falaise », dans la commune d’Ajoupa-Bouillon. Cette randonnée de 90 minutes, « pied dans l’eau », consiste à remonter un torrent jusqu’à une cascade. Des falaises tapissées de mousse surplombent la gorge de 100 mètres. Dans la forêt, tout est gigantesque. Les fougères sont colossales, les bambous géants et les arbres, qui soutiennent une végétation abondante d’épiphytes, dépassent parfois 40 mètres. Les inconditionnels de la marche en montagne grimperont la montagne Pelée (1397 mètres) jusqu’au cratère. Courte en distance, cette randonnée requiert de la résistance : c’est une marche pas trop longue, d’environ huit kilomètres, mais au dénivelé brutal. Les plus endurants pourront aussi choisir les sentiers raides des pitons du Carbet qui mènent au sommet du morne Chapeau-Nègre (911 m) et du piton Lacroix (1197 m). Le parcours offre des vues vertigineuses sur le piton Dumauzet, la baie de Fort-de-France et la côte caraïbe. En quatre heures de marche, on évolue d’un sommet à l’autre, au beau milieu d’une végétation hygrophile. Au sommet du piton Lacroix émerge une succession de pics verts aux allures de montagnes russes. On se croirait en Suisse. Canal et mangrove Plus facile ? Le canal de Beauregard (aussi appelé canal des Esclaves) à Fonds-Saint-Denis, une promenade historique de sept kilomètres le long d’un ancien canal d’irrigation construit sur le flanc du morne des Cadets, en 1777, par des esclaves. La réserve naturelle de la Caravelle aussi, sur la route de Trinité. Quatre curiosités majeures sur cette presqu’île : la forêt sèche, la mangrove, la géologie et l’histoire à travers l’intrigante et mythique Habitation Dubuc. Au sud se trouve le fameux « sentier des Caps ». L’itinéraire exceptionnel traverse quelques-unes des plus belles plages de la Martinique, dont celle des Salines. De l’anse Trabaud, à quatre kilomètres de Sainte-Anne, on suit les balises bleues au terme d’une randonnée de 28 kilomètres. Le sentier alterne entre mangrove, falaises et paysage aride comme la Savane, des pétrifications, un ancien marais salant. L’érosion des sols combinée à la sécheresse a transformé ce biotope en un paysage désertique et aride. Les longs cactus plantés dans le sable rappellent parfois l’Arizona. Sur ce petit territoire — 80 km de long par 35 km de large —, la biodiversité des paysages est frappante. On peut passer un mois en Martinique sans jamais mettre les pieds à la plage. En vrac Se procurer: auprès du Comité martiniquais du tourisme (514 844-8566), à l’aéroport Aimé Césaire ou dans les hôtels, la carte IGN « Martinique terre de randonnée », publiée par la société Pub et Map pour la description des randonnées. Tenir bon: pour les amateurs de cross-country, chaque année, en mai, est organisé un raid, le «Tchimbé Raid», qui parcourt les plus beaux sentiers de randonnée du nord de la Martinique. La course traverse l’île d’est en ouest sur 80 kilomètres, avec un dénivelé positif de 4600 mètres. Du 16 juin au 2 juillet 2023 aura lieu en Martinique organise son sixième Festival international de la Randonnée . Se renseigner: www.martinique-ffrandonnée.fr

  • Souvenirs d'une journée à Kastelorizo

    À une vingtaine de minutes en bateau de la ville de Kas, au sud de la Turquie, il y a une île grecque d’une extrême fraîcheur, la plus petite des îles du Dodécanèse, qui mérite la croisière ne serait-ce que pour une journée. Un caillou de quelques arpents de rocaille, piqué de broussailles et de jasmins, avec un port en amphithéâtre bordé de maisons néoclassiques aux couleurs vives et d’augustes dômes d’églises qui témoignent d’une prospérité passée. Difficile d’imaginer qu’au siècle dernier, Kastelorizo, cette petite île grecque d’à peine neuf kilomètres carrés qui a servi en 1991 de décor au film italien Mediterraneo, du réalisateur Gabriele Salvatores — primé meilleur film étranger aux Oscar —, comptait quelque 15 000 âmes. À présent, il n’en reste que 300, auxquelles s’ajoutent quelques ouvriers, fonctionnaires et enseignants venus du reste de la Grèce, la garnison de l’armée grecque et sa frange de permanents et les appelés qui y font leur service militaire. Des Anglais, des Allemands, des Gréco-Australiens, des Italiens aussi, qui retapent de vielles maisons et y passent l’été. Pourtant, Kastelorizo, plutôt difficile à pointer sur une carte de la Grèce, a déjà connu un passé florissant. Elle fut habitée par les Mycéniens, puis les Doriens, un temps hellénisée par les successeurs d’Alexandre le Grand, puis dominée par les Romains avant d’appartenir à l’Empire byzantin, ensuite aux chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean et aux mamelouks d’Égypte. Mais c’est sous le règne ottoman que l’île a surtout prospéré. La flotte locale entretenait alors des relations commerciales avec plusieurs villes d’Anatolie, ainsi qu’avec d’autres îles grecques. Elle fut longtemps le territoire le plus oriental de l’Europe, jusqu’à l’entrée de Chypre dans l’Union européenne, et une halte commerciale importante entre Beyrouth et Le Pirée. En 1911, Kastelorizo est occupée par le royaume d’Italie, vit une certaine liberté entre 1913 et 1915, avant de changer maintes fois de mains jusqu’en 1945. Tantôt les Français, tantôt les Anglais, longtemps les Italiens. Elle sera bombardée par les Allemands lors de la Seconde Guerre mondiale, reprise en 1945 par les Britanniques et, ultimo, intégrée à la Grèce en 1948. Quant au film Mediterraneo, il raconte l’histoire de huit soldats italiens débarqués en 1941 sur cette île au cadre onirique pour une mission d’observation. Privés de radio et de bateau, ils sont livrés à eux-mêmes. Au fil du temps, ils tissent des rapports d’amitié, voire d’amour avec la population locale, composée exclusivement de femmes, d’enfants, de vieillards et d’un pope italophone. Les hommes en âge de se battre ont tous été déportés lors d’un raid allemand. Kastelorizo n’a plus que 300 âmes, qui y vivent de la construction, de la pêche artisanale et du tourisme. On y retrouve une école primaire, un collège et un lycée, une vingtaine d’églises et de petites chapelles, un minaret et une mosquée devenue musée, des ruines de châteaux… L’île ne produit aucune denrée et il n’y a pas d’eau. Tout est importé de Rhodes ou de Kas, en Turquie. L’île abrite un débarcadère, une station de police, un bureau de poste, la police du port, la garde côtière, une banque, deux épiceries, une boulangerie et une promenade parsemée de terrasses d’où l’on peut observer, en sirotant son ouzo à l’ombre d’une tonnelle, le pêcheur sur son bateau, les enfants jouer au foot, les parties de jacquet entre hommes et les chats ronronner de bonheur. Megisti, Meis, Castelrosso, Kastelorizo Si les Turcs l’appellent Meis, les Arabes Mayas, les Italiens Castelrosso, les Français Kastelorizo et les Grecs Kastellorizo, son nom d’origine, qui date de l’Antiquité, est Megisti. Selon la légende, Megistus, un prince de Crète, aurait été le premier colon à débarquer sur l’île. Sauf que les archéologues ont aussi déniché des traces de peuplement néolithique. L’histoire demeure donc un peu floue, ce qui ajoute encore plus de mystère à cette île lointaine. La baie est gardée par la forteresse des chevaliers de Saint-Jean. Construite sur des rochers rouges, les Italiens la surnommèrent Kastel Rosso, reprise en Kastellorizo par les Grecs. L’unique village de ce rocher aux rives déchiquetées continue, lui, de porter le nom de Megisti. C’est autour du port, le lieu de rendez-vous de tous, que la vie se déroule, pour boire un café, un verre de vin ou un ouzo sous la tonnelle d’un bistro. Et déguster calmars frits, poisson grillé, salade grecque, tomates et feuilles de vigne farcies, baklavas, katoumari, revani et stravos. Une île d’exception, mais difficile d’accès. On est loin ici des foules de Mykonos, Santorino, Corfou, Lesbos, Samos, de la Crète… Kastelorizo se trouve à une demi-journée en bateau d’Athènes, à quatre heures de Rhodes et à vingt minutes de la ville de Kas, sur la Riviera turque. L’avion reste le moyen de transport le plus rapide, surtout en été, alors que l’offre augmente. Une heure de vol d’Athènes à Rhodes et 25 minutes de Rhodes à Kastelorizo. Le hic, c’est qu’une fois à Rhodes, en fonction du prochain vol pour Kastelorizo, il faudra peut-être passer une nuit ou deux dans la capitale, l’occasion de se promener dans les ruelles de la vieille ville, de visiter le palais du Grand Maître et de marcher sur la voie des chevaliers. À Kastelorizo, ni circulation, ni stress. Un mini-aéroport grand comme un mouchoir de poche et une seule piste d’atterrissage d’à peine 800 mètres de long. Un seul taxi, une seule navette et une seule route asphaltée qui mène au seul village. Pas de voitures, ou si peu, et de très petite taille. Un crochet C’est de Kas, en Turquie, que nous avons pris le bateau pour Megisti. Une décision de dernière minute lors d’un voyage dans le sud de la Turquie. Un crochet le temps d’une journée. « La traversée ne dure que 20 minutes », m’avait dit Fethi Öcel, directeur chez Koptur, une agence réceptive spécialisée dans les voyages sur mesure en Turquie. « Vous allez pouvoir vérifier si le café grec est meilleur que le turc, l’ouzo meilleur que le raki et les baklavas si différents. » Vendu ! La suite fut simple. Il a suffi de laisser son passeport, la veille au soir, à l’agence qui gère le bateau — le visa pour entrer en Turquie permet de sortir du pays et d’y revenir pendant 90 jours. Le traversier accoste au petit port de Kastelorizo vers 10h30 et repart à 15h30. Ce qui laisse cinq heures pour explorer l’île. Le temps d’une randonnée au sommet de la montagne pour admirer la vue sur le port, d’une virée dans les ruelles de l’île et d’un repas. Et d’un repérage des hébergements de charme pour la prochaine fois. Car on rêve de revenir sur cette îlette absolument ravissante avec ses maisons colorées à deux étages, toutes garnies d’un balcon en bois et d’un fronton néoclassique à l’italienne. Et ses petites places pavées et fleuries de bougainvilliers, si apaisantes qu’on voudrait s’y installer à vie pour lire, écrire, peindre, dessiner, discuter de tout, se balader, jouer au backgammon, danser le sirtaki… avec Zorba. Les plages de sable fin ne champignonnent pas à Kastelorizo, l’île étant plutôt rocailleuse. Mais à chacun de trouver sa petite baie secrète. Certains hôtels ont aménagé des échelles qui plongent dans la mer turquoise. Il est aussi possible de nager près de la promenade du port de l’île ou d’embarquer à bord d’un caïque à destination d’îlots tout autour, où la baignade est plaisante. Le clou de la place ? La grotte bleue située au sud de l’île, à quelques minutes en caïque. On dit que c’est l’une des plus belles grottes marines de la Méditerranée. D’une longueur de 75 mètres, elle cacherait une jolie palette de couleurs et une décoration en stalactites du feu de Dieu. Du quai, nous marchons à travers d’anarchiques ruelles bordées de maisons en ruine et couvertes de ronces, avant d’emprunter l’escalier de pierre blanche en colimaçon — 400 marches et une mise en jambe assurée, qui mène en une vingtaine de minutes au sommet de la falaise. En haut, la vue sur le port en amphithéâtre, les maisons aux toits de tuiles rouges, les dômes d’églises, les vestiges de châteaux, la mer Méditerranée et la cité de Kas, en face, avec ses maisons blanches posées sur les Taurus qui se jettent dans la mer, est franchement spectaculaire. S’y rendre. Soit en avion depuis Athènes, via Rhodes, avec Olympic Air, ou en traversier à partir de Rhodes (quatre heures), ou encore de la petite ville de Kas, sur la Riviera turque (20 minutes). Dans ce dernier cas, l’agence de voyage qui offre la traversée en bateau, Meis Express, est une bonne option. Le coût : 35 euros. Assurez-vous d’avoir votre passeport et votre visa en règle pour la Turquie. Vous devrez laisser votre passeport la veille aux autorités, qui vous le rendront au retour de Kastelorizo. Une option pour se rendre en Turquie est Turkish Airlines, qui propose trois fois par semaine un vol direct vers l’aéroport d’Istanbul-Ataturk. De là, plusieurs vols quotidiens sont offerts vers Antalya et/ou Dalaman, dans le sud du pays. La location d’une voiture peut se faire aux aéroports. Où dormir. L’hôtel-boutique Maki, situé dans la ville historique de Kas, sur la côte turquoise, est une bonne adresse. Demander une chambre qui donne sur la mer avec vue sur l’île de Kastelorizo, à quelque sept kilomètres de là. Par contre, si vous souhaitez loger à Kastelorizo, une adresse qui revient souvent dans les guides est l’hôtel Mediterraneo. L’endroit a été joliment décoré par sa propriétaire, l’architecte française Marie Rivalant. Une maison de vacances raffinée, les pieds dans l’eau. Et il paraît que les confitures servies au petit-déjeuner sont absolument divines.

  • Un cocktail de thalassothérapie, de soleil et de dépaysement en Tunisie

    Une cure de thalasso en Tunisie ? Après tout, ce petit pays d’Afrique du Nord a une longue tradition de bien-être. Il n’y a qu’à visiter les ruines des thermes d’Antonin, à Carthage, le plus vaste ensemble thermal romain en sol africain, pour le constater. Puis, il y a le soleil au rendez-vous 300 jours par année, le charme des habitants, les très bons légumes, un dépaysement assuré et des coûts de séjour alléchants. En dépit des turbulences politiques qui traversent la Tunisie depuis 2010 et font battre de l’aile l’industrie touristique, les professionnels n’ont jamais baissé les bras. Que les prix ! Dans le but de ramener les touristes qui ont déserté le pays. Le secteur est animé par l’ambition d’une montée de gamme au niveau mondial. « En matière de thermalisme et d’hydrothérapie, la Tunisie se classe deuxième au monde après la France », précise le Dr Anis Sellem, gérontopsychiatre, gériatre et directeur du centre de thalasso Le Télès, au Kenz Royal Hotel, à Sousse. « Mon pays est parmi les meilleurs en matière de normes, d’architecture et de qualité des services. » Une norme internationale Et pas question de perdre sa place. Depuis deux ans, l’Office national du thermalisme et de l’hydrothérapie est à mettre en vigueur une norme internationale de qualité en thalasso, l’ISO 17 680, qui sera appliquée dans les 60 centres bordant les 1300 kilomètres de côtes de la Tunisie. « Cette nouvelle norme, élaborée par des experts et des professionnels, assurera aux curistes des prestations d’excellence, explique Anis Sellem. La griffe ISO contribuera aussi à maintenir et à renforcer le positionnement de la thalassothérapie tunisienne dans le classement mondial, ainsi que sa commercialisation. » La thalassothérapie est l’utilisation combinée, sous surveillance médicale et dans un but préventif et curatif, des bienfaits du climat marin, de l’eau de mer, des boues marines, des algues, des sables et autres substances extraites du milieu vivant qu’est l’océan. « Impossible de reproduire ailleurs qu’au bord de la mer ce traitement thérapeutique particulièrement indiqué dans les cas de rhumatismes dégénératifs, de douleurs vertébrales, de troubles du sommeil et de certaines affections dermatologiques », soutient le Dr Anis Sellem. L’eau de mer est riche en ions négatifs, sels minéraux et oligo-éléments. Toutes ces substances contribuent au bon fonctionnement de l’organisme.Un cocktail antistress assuré ! La cure de découverte expérimentée ce jour-là dure trois heures et demie et comprend le gommage ou l’enveloppement d’algues, le modelage du dos sous pluie marine chaude, le parcours phlébologique pour jambes fatiguées, avec jets sous-marins, la marche à contre-courant sur des galets et dans une eau de mer allant de 32 °C à 17 °C, et un massage traditionnel. Prévention Après quelques jours à voyager dans le pays, me voilà donc dans le hammam du Télès, plongée dans un nuage de vapeur au parfum de jasmin, enduite d’un savon noir gras, puis livrée aux mains énergétiques de Reyda qui, avec son gant de crêpe noir, me frotte le corps entier avant d’appliquer le ghassoul pour le nettoyage final. Juré qu’un tel bain remet le facteur sur le vélo ! Le savon noir est un pilier de la cosmétique orientale dont les bienfaits sont reconnus depuis des siècles. Seuls les pays du Maghreb ont choisi de le faire perdurer. Il a des vertus purificatrices et des avantages dermiques, prépare la peau à l’exfoliation des cellules mortes. On l’utilise lors de gommages. « Ici, on ne guérit pas, on fait de la prévention, explique le médecin. Chaque cure, qu’elle soit minceur, antitabac, fibromyalgie, anti-âge, sommeil… est une mise en marche pour retrouver la forme, reprendre de bonnes habitudes, apaiser un mental survolté et évacuer le stress.» La cure Entre chaque traitement, un moment de détente dans un salon aux couleurs du désert dont la décoration évoque la Tunisie : briques de Tozeur, mosaïque de l’amphithéâtre romain d’El Jem, vases de l’île de Djerba, luminaires à base de bois, verre soufflé et cuivre, écritures berbères, fleurs… Un magnifique mélange entre tradition et modernité qui rappelle le voyage qui se termine. « Je recommande aux visiteurs venus explorer la Tunisie qui veulent expérimenter nos soins de thalasso une cure de quatre jours minimum, et préférablement en fin de voyage pour soulager maux de dos et de jambes, dit Anis Sellem. On revient plus reposé de son voyage. Et nous offrons une cure spécifiquement pour les golfeurs ! » Pour vous aider à préparer votre voyage, contactez Voyages Gama Mirabel.

  • Un train nommé «Lézard»

    Dans le sud-ouest de la Tunisie, un train d’époque, le «Lézard rouge», amène les touristes en plein Far West tunisien. Le tortillard de Metlaoui de Gafsa circule entre canyons et montagnes. Il met deux heures aller-retour pour parcourir 40 kilomètres depuis Metlaoui jusque dans les gorges de Selja. À mettre au programme d’un séjour en ce pays. Fin novembre 2016. C’est pour assister au tout premier festival de musique sacrée, le Rouhanyet, à Nefta, ville du sud de la Tunisie et deuxième centre religieux du pays avec sa trentaine de mosquées et sa centaine de marabouts, que nous nous envolons pour la Tunisie. Une occasion inouïe, ce voyage, surtout quand on aime la musique soufie. Et le désert. Car cette ville ancienne de tradition spirituelle, réputée pour ses dattes, se trouve à l’orée du Sahara. N’est-ce pas dans les rues de cette cité, qui remonte à 80 000 ans avant notre ère, coincée entre le Chott El Jerid et les dunes du Sahara, qu’a été tourné le film Le patient anglais ? Et aussi les épisodes II et III de La guerre des étoiles, dans le désert, à 14 kilomètres de là. Les décors laissés par George Lucas il y a 40 ans représentent une attraction touristique prisée. Au coucher du soleil, les 4x4 sont nombreux à se frayer un chemin jusqu’au cou du chameau à Oung Jmel. C’est tout de même sympathique de grimper au sommet des dunes dans le sable ocre et d’observer le va-et-vient des vendeurs de Mos Espa, la ville de la planète Tatooine. Rouhanyet signifie « spiritualité ». Au programme de ce festival des musiques mystiques dirigé par l’acteur tunisien Hichem Rostom : des derviches tourneurs de Turquie, des gnaouas du Maroc et des musiciens venus de Tunisie, d’Algérie, de France et du Québec. « Des oeuvres qui toucheront l’âme autant que l’esprit par l’émotion et par le plaisir des sens », précise-t-il. Dans la cour intérieure d’une maison du XVIIe siècle aux murs de brique couleur de sable, en compagnie de la soprano Raphaëlle Paquette et du violoniste baroque Olivier Brault, nous découvrons l’univers de la musique sacrée, au final plus festive que méditative. Et les habitants de cette ville oasis du Djérid, située à une trentaine de kilomètres de l’Algérie et à une vingtaine de Tozeur, plus habitués à taper dans les mains, danser et chanter avec les troupes qu’à écouter, seront initiés à l’art lyrique de deux musiciens québécois venus aux portes du Sahara partager avec eux des airs d’opéra de Haendel, Vivaldi, Bach… et de musique baroque. Un voyage classique dans le sud de la Tunisie implique presque toujours la visite de la palmeraie de Tozeur et de sa médina, de la Corbeille de Nefta, du site de La guerre des étoiles, Douz via le Chott el-Jérid, d’un tour à dos de dromadaire et d’une tournée des oasis de montagne. Nichées entre désert et pinacle d’une colline, les ruines de l’oasis de Chebika dominent une gorge profonde. Quant à Taberka, suspendue aux flancs d’un canyon, l’antique Ad Turres, elle surplombe une plaine qui s’étend jusqu’à l’immensité salée et désertique du Chott el-Jérid. Le désert tunisien prend parfois des formes inattendues. Entre autres à l’approche de la frontière algérienne, au nord-ouest de Tozeur. Photogéniques, ces petits villages de montagne ? Ooooh que oui ! Une fantasmagorie de roches tourmentées. Un chaos minéral contrastant entre le vert des palmiers, le bleu des oueds, l’ocre du sable et le rouge des canyons. Sortez les appareils photo. Mais il serait bien triste de quitter cette région du sud sans monter à bord du Lézard rouge. Cadeau de la France au bey de Tunisie en 1940, ce train d’époque mène au canyon de Selja, que l’on ne peut découvrir autrement qu’en montant à bord de cet ancien train-musée de six wagons. Une cinquantaine de kilomètres séparent Tozeur de la gare de Metlaoui, d’où part le Lézard rouge. Et une quarantaine de la ville de Gafsa. Nous sommes au pays du phosphate, une industrie importante pour la région avec une production, en 2016, de 3,6 millions de tonnes, lit-on dans le Al Huffington Post du 8 janvier 2017. C’est le vétérinaire et géologue français Philippe Thomas qui fait la découverte de gisements dans la vallée de l’oued Selja en 1885. Les villes de Metlaoui, Redeyef et Moularès, dont l’économie repose sur cette matière première, sont nées des besoins de l’extraction minière. Le chemin de fer qu’emprunte le Lézard rouge sur une distance de 40 kilomètres n’a pas été conçu pour ce train. Cette voie ferrée, dont le début de la construction remonte à 1896, était à l’origine destinée au transport du phosphate jusqu’aux ports de Sfax et de Sousse. Ce n’est que depuis 1920 que la petite ville minière de Metlaoui est rattachée à ce réseau ferroviaire. L’« Orient Express » du Far West tunisien Sifflement. Le train quitte la gare de Metlaoui à 10 h 30. Mieux vaut réserver avant de s’y rendre car le tortillard rouge flamboyant ne partira que s’il y a suffisamment de touristes à bord. Le voyage commence par un aperçu de la vie à Metlaoui. Un peu comme si l’on entrait dans le quotidien des gens par la porte arrière. On devine que, derrière les murets des maisons, chaque parcelle de terre est cultivée : menthe, carottes, poivrons, choux, tomates, dattes. Puis c’est la steppe à perte de vue jusqu’à ce que le train aux fenêtres ouvertes sur le paysage s’engouffre entre les falaises ocre et abruptes qui dessinent les gorges de Selja. En ce début de décembre, il fait un temps des dieux. Les températures oscillent autour de 18 °C. Une période idéale pour voyager et une luminosité exceptionnelle pour les photos. Au temps du bey, le Lézard rouge — qui ne portait pas ce nom à l’époque — ne circulait qu’autour de Tunis, entre le Bardo, Hammam-Lif et La Marsa. Après l’indépendance du pays en 1956, représentant plutôt un symbole colonial et monarchique, le train est retiré de la circulation. Dans les années 1970, on l’affecte au transport de tourisme le long de la Méditerranée. Sans grand succès. Puis il est minutieusement restauré. Ce n’est que depuis les années 1990 que le petit convoi emprunte à nouveau les rails qui sillonnent les gorges de Selja, dans les contreforts de l’Atlas, un décor époustouflant. L’expression Far West africain prend ici tout son sens. À chaque courbe, la locomotive actionne sa trompe qui déchire la torpeur du paysage. Chaque sortie de tunnel réserve une surprise : falaises, montagnes, rivière, et toujours ce désert. Les falaises abruptes qui encadrent l’oued Selja peuvent atteindre jusqu’à 200 mètres de hauteur. Pendant près de deux heures, le Lézard rouge emmène ses passagers à travers un paysage que l’on compare au Grand Canyon du Colorado. Le train marque trois arrêts avec descente pour les photos. Chaque fois, un coup de trompe pour rappeler les indisciplinés qui s’éloignent trop. La décoration intérieure séduit. Le faste de l’époque coloniale. Le luxe est dans les moindres recoins : compartiments meublés avec fauteuils de cuir, en tapisserie ou en bois jusque dans les salles de bain. Miroirs ovales et photos d’époque sur les murs, wagon-bar orné de boiseries. À bord de ce palace sur rails, la croisière s’amuse. On déguste le thé à la menthe, on joue des airs de violon. Les touristes sont en majorité des Tunisiens venus de tous les coins du pays. Le train arrête sa course à la hauteur de la mine de phosphate de Metlaoui. Dans ce paysage lunaire se dressent des terrils de phosphate, témoins de la tradition minière de la région. Cette matière première sert notamment à la fabrication d’engrais pour l’agriculture. Du chemin du retour à Tunis, je garde un excellent souvenir. Ces longs transferts en voiture permettent au gré des kilomètres de capter des images fugitives de la vie des gens du pays. Le désert laisse place à un paysage de steppes, aride, rocailleux, parsemé de buissons poussiéreux. Jusqu’à Sfax, nous suivons des camions remplis de dattes, de grenadines ou de fenouil. Excellent le matin avec de l’huile d’olive et du citron. Puis, à l’approche de Kairouan, des camions débordants de piments rouges. Ces derniers pendent au soleil, sur les façades des maisons, le temps de sécher. Ils serviront à la préparation du harissa, cette pâte de piments forts. Jolie Tunisie colorée ! En vrac S’y rendre. Depuis juin 2016, la compagnie aérienne Tunisair offre deux fois par semaine un vol direct Montréal-Tunis d’une durée d’environ huit heures. On arrive à l’aéroport international de Tunis-Carthage vers 5 h du matin. Service impeccable à bord. Où dormir. Le gîte de charme Diar Abou Habibi, dans la palmeraie de Tozeur, est une surprenante formule de séjour dans un très beau jardin loin des bruits de la ville. En guise d’hébergement, de jolies cabanes en bois construites sur pilotis dans le respect de l’environnement. L’endroit est populaire, donc il faut s’y prendre d’avance pour les réservations. diarhabibi.com.

  • Tunisie-Pays d'oasis et de mirages

    Voyez-vous, au loin, la palmeraie ? demande Mohammed, notre guide. Oui ? Eh bien, c'est un mirage, s'amuse-t-il à détruire notre illusion d'optique. Vous en êtes sûr, Mohammed ? Certainement. Et s'il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de mirage. Nous traversons en 4X4 la région désertique du Chott El Jerid, un immense lac desséché de 250 kilomètres de long recouvert de cristaux de sel blanc. À l'horizon se dessinent des formes géométriques qui apparaissent et disparaissent au coeur des sables brûlants. C'est l'air surchauffé qui crée ces distorsions, affirme le guide. Il fait 32 °C. Et si c'était Mohammed qui hallucinait ? Après tout, c'est le mois du ramadan, et notre guide n'a pas bu, n'a pas mangé et n'a pas fumé depuis le lever du soleil. La route va être longue jusqu'à Tunis, que nous regagnons en après-midi. Huit heures de voiture sans griller une cigarette, boire un café ou grignoter quelques dattes avant l'heure du coucher du soleil. Tiendra-t-il le coup sans tomber de fatigue ? Inch Allah ! À l'ouest, Tozeur, capitale du Jerid, au sud-est, Douz, la plus saharienne des oasis du Sud tunisien. Entre les deux palmeraies : cette route surélevée et droite qui plonge dans l'immensité salée et sablonneuse, quasi inquiétante d'espace et de vide. Encore plus inquiétant, aucun arbre sur une distance de 100 kilomètres avant d'atteindre un arrêt... pipi ! Trois jours auparavant, nous avions quitté Tunis, à quelque 700 kilomètres à vol d'oiseau de Douz, la porte d'entrée du Grand Erg oriental dont nous ne ferons que frôler les premières dunes, le temps d'une courte randonnée à dos de dromadaire. La petite cité grouillante d'activité, habitée depuis six siècles par les semi-nomades Marazigues, est reconnue pour son marché du jeudi, son artisanat de peaux de dromadaire et ses bijoux berbères. Son souk, c'est la foule, la cohue, les amoncellements de bricoles et de camelote, de gâteaux, d'épices, de tapis. L'Afrique du Nord, quoi ! Les palmeraies de Chébika et de Tazerma sont au coeur d'impressionnants canyons qui confèrent à la région le surnom de « Far West de l'Afrique ». Les premières images de ce pays, je les découvre de la fenêtre de ma chambre d'hôtel, tôt le matin, au moment où le soleil se lève sur l'ancien village de Chébika. Montagnes, sable, roches, ruines, tout est ocre, à perte de vue. Un premier contact saisissant. On distingue à peine, au loin, des maisons perchées dans les montagnes. Au petit-déjeuner, on nous sert de délicieuses dattes de la région, les Deglet Nour (doigts de lumière), que l'on trouve aussi à Montréal. Mais quelle différence de goût quand on les mange sur place. Nous sommes en novembre, en pleine saison des dattes, des mandarines et des grenadines. Et du ramadan... Un peu gênant de s'empiffrer ! En route vers Tamerza, le paysage est abrupt et désertique. Surgit là-bas, dans la steppe, un homme «enturbanné» qui conduit ses moutons. D'où vient-il ? Où va-t-il ? Comme néophyte du désert, allez donc savoir ! Il n'y a aucun village en vue, ni campement de nomades, ni pâturage. Que des formations rocheuses, qui font place à l'imagination. Puis se détache une touffe verte dans une mer de beige : c'est la palmeraie de Tamerza. Le village, aujourd'hui moderne, abrite les ruines de l'ancienne oasis Tamerza, suspendue au flanc d'un gigantesque canyon qui a servi à plusieurs reprises au tournage de films bibliques. C'est en effet un décor de théâtre remarquable, surtout aux abords de la cascade, dans le fond du jardin, où nous buvons notre cinquième thé à la menthe depuis le matin. À bord du Lézard rouge C'est ici que l'appellation Far West africain prend tout son sens. Le Lézard rouge permet d'admirer les gorges de l'oued Selja, impressionnants canyons que l'on ne pourrait découvrir autrement qu'en montant à bord de cet ancien train de six wagons, cadeau de la France au roi bey de Tunisie en 1940. Chaque sortie de tunnel réserve une surprise : falaises, montagnes, rivières et, en arrière-plan, toujours ce désert plat, ocre. Une autre façon de sentir les habitants du sud. Un peu comme si l'on entrait dans les maisons par la porte d'en arrière. Ici, la culture est tout autre. Les jardins clôturés par des murets de pierres prennent l'allure d'une mosaïque. Chaque parcelle de terre est cultivée : menthe, carottes, choux, poivrons, tomates et, ici et là, oliviers, dattiers. Les hommes transportent l'eau à dos d'âne, les femmes, leur lessive sur la tête. Le train s'arrête le temps d'une photo. Soudainement, une violente détonation brise le silence. On se regarde, surpris et inquiets, d'autant que la frontière de l'Algérie n'est qu'à quelques kilomètres du chemin de fer. Mais ici, pas de quoi s'énerver, on est à la hauteur de la mine de phosphate de Métlaoui où l'on fait du dynamitage. La Tunisie est un endroit sécuritaire : on peut s'y balader seul, sans crainte. N'est-ce pas un ordre du chef de l'État Mohammed Ben Ali de ne toucher à aucun visiteur ? Le tourisme est une activité clé dans ce pays de plus de neuf millions d'habitants. À Tozeur, on nous rappelle ce qu'est l'oasis. Pour faire court, s'il y a une oasis, il y a de l'eau, et s'il y a de l'eau, il y a culture. L'oasis traditionnelle présente une culture étagée en trois strates : palmiers, arbres fruitiers et culture maraîchère. L'oasis de Tozeur couvre plus de 1000 hectares et compte près de 300 000 palmiers-dattiers. Il existe en Tunisie 150 variétés de dattes ; à Tozeur, on en cultive 45, dont la fameuse Deglet Nour destinée à l'exportation. Le palmier protège l'oasis des assauts du soleil et des vents : en été, il peut faire jusqu'à 50 °C. Vu son espérance de vie qui frôle 75 ans, la culture du palmier est rentable, surtout qu'il sert à une infinité de choses : la production de dattes, bien entendu, mais également du jus de palmier qui s'apparente à l'eau de canne à sucre. On utilise les palmes dans la construction des toits de maison, de brise-vent pour se protéger de l'envahissement du sable, pour la fabrication de balais-éventails, de chapeaux, de paniers. Quant au tronc, solide et résistant, on en fait de belles portes décoratives propres à l'architecture traditionnelle de la Tunisie. À Tozeur, il faut aller dans le quartier d'Ouled Hadef, emprunter les rues qui passent sous des voûtes épaisses et débouchent sur des placettes, siroter un thé à la menthe en admirant la disposition géométrique des briques des façades des maisons et des mosquées. Les motifs ornementaux sont inspirés des tapis et de la calligraphie. Road movie tunisien À peine le temps de plonger dans le Sahara et d'en admirer l'immensité que je me retrouve en voiture avec le guide, qui doit me ramener à Tunis. Mais il fallait que je tombe dans le traquenard touristique avant de repartir. Arrive Ahmed sur son cheval blanc. Il nous propose « gentiment » une chevauchée dans le désert. Tentant ! Comme j'adore l'équitation, je mords à l'hameçon, ne me doutant pas qu'il sauterait derrière moi, partirait au galop à travers les dunes, me ramènerait dix minutes plus tard à mon dromadaire toujours agenouillé et me réclamerait après coup... 10 dinars. C'est que le beau Berbère aux yeux bleus et au teint basané, enturbanné d'un foulard noir, sait comment faire du commerce. Un enlèvement romantique coûteux... Du chemin du retour, je garde un excellent souvenir. Ces longs transferts en auto permettent au gré des kilomètres de capter des images fugitives de la vie des gens du pays. Nous filons d'abord vers l'est, en direction de Gabès, puis vers le nord, jusqu'à Tunis. Le désert du Sahara laisse place à un paysage de steppes, aride, rocailleux, parsemé de buissons poussiéreux et de marabouts. Ces mausolées à coupole qui abritent le tombeau d'un saint prolifèrent dans le pays. On y prie mais on s'y réfugie aussi lorsque le soleil tape fort. Jusqu'à la hauteur de Sfax, nous suivrons des camions remplis de dattes. Puis les palmiers dattiers font place aux oliviers à perte de vue, et finalement, à l'approche de Kairouan, ce sont des camions débordants de piments rouges. Ces derniers pendent au soleil, sur les façades des maisons, le temps de sécher. Ils serviront à la préparation du harissa (pâte de piments forts). Il est 17 h, Mohammed n'a encore rien mangé ni bu depuis l'aube. Bien qu'il semble avoir le pied plus lourd sur l'accélérateur, il ne se plaint pas. Encore vingt minutes avant le coucher du soleil. « Le jeûne du mois du ramadan est le quatrième des cinq piliers de l'islam, explique Mohammed. En arabe, "siam" signifie abstinence. Se priver durant 30 jours de certains plaisirs est notre façon de penser à plus pauvre que nous. Mais, plus encore, c'est une purification du comportement, un exercice de patience et d'autodiscipline. Le jeûne exige beaucoup d'effort pour affermir sa volonté, se libérer des habitudes quotidiennes... et expier nos fautes. » À la radio, c'est la lecture du Coran, puis la prière. Du haut des mosquées, la voix des muezzins transmet à travers tout le pays le même message. Le soleil a disparu. Sur le bord de la route, les chauffeurs s'arrêtent pour un café « capucine » (un espresso) et une cigarette. Mohammed suit la tradition du Prophète et rompt le jeûne avec une datte et une gorgée de lait. Restaurants, bistros se remplissent. C'est la fête ! Le ramadan, c'est également l'occasion de se retrouver en famille. Nous arrivons à Tunis. Inch Allah ! En vrac On peut se balader en toute sécurité en Tunisie, en voiture ou en taxi (si le taxi ne possède pas de compteur, négocier le prix avant de partir). Le pays est sécuritaire et le réseau routier, bien développé. Les Tunisiens parlent le français et ils sont très accueillants. - Un dinar équivaut approximativement (mars 2023) à 0,44 $CAN. - Douz est le point de départ des excursions en 4X4 et des méharées (excursions à dos de dromadaire d'un à plusieurs jours) dans le désert du Sahara. - Renseignements :1155 Blvd Robert-Bourassa #1014, Montréal, QC H3B 3A7 - Téléphone: (514) 397-1182.

  • Kirghizistan - Au pays des nomades

    Vallée de Sasyk Bulak — L’été, les bergers kirghizes montent au jaïloo (pâturage) avec leur bête et y établissent leur campement pour quatre mois. Là-haut, le cheval est plus que jamais un compagnon de labeur. Banni sous le régime soviétique, qui n’avait que faire d’un grimpeur économe et, qui plus est, nomade, alors que Moscou prône la sédentarité, le cheval kirghiz renoue avec sa culture. Chevauchée dans les Tian Shan, à la rencontre de ces nomades et de leurs coutumes. Et quel incroyable panorama ! Succession de cimes enneigées et de sommets effilés, belles rivières, lacs turquoise, immenses pâturages tapissés de fleurs, troupeaux de chevaux en liberté, moutons… Plus dur à voir : des loups, des moutons Marco Polo, des léopards des neiges. On ne soupçonne pas l’ampleur des montagnes en Kirghizie. Impressionnant ! La plupart des massifs culminent entre 4000 et 5000 mètres. Certains sommets dépassent 7000 mètres. Blotti entre le Kazakhstan, la Chine, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan, on n'a qu'une idée confuse de ce petit pays d'Asie centrale: des paysages démesurés, un peuple intimement lié au nomadisme et une culture authentique que 70 ans de communisme n'ont pas subjugué. Voilà un pays hospitalier, sans grande ville ou monument, sans artifice ni fla-fla. Un fracas, amplifié par l'écho de la montagne, déchire le silence du matin. Le claquement des fouets résonne, suivi du martèlement des sabots des chevaux qui fait trembler le sol. Les tchabanes lancent des cris à tout rompre, encouragés par les tout-petits qui, fouet à la main et pouce dans la bouche, tentent d'imiter leur père. Ici, on apprend à monter avant de marcher. Un voyage au pays du nomadisme signifie lâcher prise avec ses petites habitudes de vie aisée. Rares sont les endroits sur la planète où l'on peut rencontrer un peuple autant en osmose avec la nature et encore à l'abri du matérialisme occidental. Cela, malgré sept décennies d'une politique de sédentarisation et de modernisation soviétique. La rencontre en montagne avec les nomades n'est pas un cliché. C'est une réalité concrète qui n'a rien d'un roman à l'eau de rose. L'été, ces rudes montagnards montent au jaïloo (pâturage d'été) avec leurs bêtes et y établissent leur campement pour quatre mois. «Les Kirghizes restent des éleveurs et des bergers», explique Jacqueline Ripart. Comme les machines agricoles héritées des kolkhozes ont disparu faute d'entretien et que la voiture, objet de luxe, est encore réservée à une minorité, le cheval est plus que jamais un compagnon de labeur. On le croise d'ailleurs partout, dans les rues, sur les routes et les pistes, attelé à la charrette ou plus souvent monté. Confortablement assis sur une selle recouverte d’une peau de mouton, en aucun moment nous avons souffert de douleurs au dos ou aux jambes. Pourtant, nous passions en moyenne cinq à six heures par jour à cheval. Et tout un montagnard, que ce cheval pas très beau ! Il grimpe agilement dans la moraine, à 4000 mètres d’altitude, sans s’essouffler, traverse les rivières houleuses d’un pas assuré et dévale des sentiers escarpés et boueux avec un aplomb admirable. Un peu à l’image du Kertag, ou cheval de Prjevalski, du nom du naturaliste d’origine polonaise et officier de l’armée impériale russe Nikolaï Mikhaïlovitch Prjevalski, qui a découvert en Djoungarie, à la fin des années 1870, des ossements du petit cheval sauvage. La porte d'un bozu est toujours ouverte au visiteur;, le thé, le koumiss, le pain, la crème, la confiture et le miel n'attendent que lui et l'invitation ne se refuse pas. Le samovar fume en permanence. En montagne, dès qu'on s'approche d'une yourte, on nous invite à enlever nos souliers, à passer à droite si on est une femme et à gauche si on est un homme; on nous offre un piala (petit bol) pour le thé que la maîtresse de maison ne remplira pas nécessairement. C'est bon signe: on tient à vous! Un bol plein aurait été une subtile invitation à prendre congé. Le koumys, est une boisson traditionnelle consommée quotidiennement par les bergers. On dit qu’il a de grandes vertus thérapeutiques. Les Soviétiques croyaient d’ailleurs aux propriétés curatives du lait de jument fermenté. Bien que le pays soit accessible à tous, un voyage au Kirghizistan, ce n'est pas pour tout le monde. Il faut vraiment avoir envie de lâcher prise. Mais tous ceux qui auront la chance d'y mettre les pieds avant que les investisseurs découvrent ce petit joyau en reviendront réellement transformés. On n'y rencontre encore que du vrai. Salam aleykum! Le meilleur moment pour aller au Kirghizistan se situe entre la mi-juin et la mi-septembre. C’est à cette époque, l’été, que les semi-nomades transhument vers les jaïloos. La compagnie kirghize Shepherd’s Way trekking, à Bichkek propose de jolies randonnées dans les Tian Shan et autour du lac Issyk Koul allant d'une journée et plus. Les propriétaires parlent l’anglais et ont l’habitude des visiteurs étrangers. Ils viennent chercher leurs clients à l’aéroport de Bichkek pour les mener au point de départ, à Barskoon (cinq à six heures de voiture).

  • Il était une fois la civilisation maya

    Copan Ruinas — De petits temples, mais des stèles remarquables sculptées au détail et un long escalier hiéroglyphe dont les 64 marches se lisent comme un roman. On est à Copan. Des pyramides colossales perdues dans la jungle ; de grands blocs de calcaire enchevêtrés par des racines d’arbres centenaires. On est à Tikal. À l’orée du 14e Bak’tun, l’histoire de ces sites, qui remonte à entre 250 et 900 de notre ère, continue de s’écrire. Qui a parlé de fin du monde ? L’architecture coloniale et les rues pavées et pentues de Copan Ruinas rappellent tout à fait le Mexique colonial et confèrent à la fameuse petite ville de montagne de l’ouest du Honduras un charme européen indéniable. Les habitants de la place se targuent même de vivre dans l’endroit le plus visité du pays. Pas surprenant étant donné que leur village est situé tout près de la porte d’entrée de l’un des plus beaux sites archéologiques maya de l’Amérique centrale. Des flambeaux plantés de part et d’autre de la scène éclairent le tapis rouge qui conduit au sommet du temple maya dressé pour le spectacle. Du sol s’échappe une fumée blanche qui recouvre le plancher de la scène. Deux haut-parleurs diffusent une musique rappelant le gémissement du vent, le cri rauque de l’ara, le rugissement du jaguar, le sifflement du serpent. C’est en l’honneur de notre petit groupe venu au Honduras dans le cadre de la 9e édition de la foire touristique d’Amérique centrale (CATM), qui se tenait en octobre dernier à San Pedro Sula, que les habitants du village de Copan Ruinas ont monté ce spectacle évoquant l’ère maya. Depuis le mois de janvier, à proximité de sites archéologiques importants de l’Amérique centrale, on célèbre de mille façons la fin du 13e Bak’tun, qui aura lieu le 21 décembre 2012. « Les Mayas étaient d’une étonnante précision, explique Eli Gonzalez, notre guide. Même installé au fin fond d’une jungle impraticable, ce peuple savait observer et réfléchir. Le temps constituait la base de leur religion. Pour eux, le monde était inscrit dans une succession d’univers qui devait chacun être détruit par un cataclysme et remplacé par un autre. C’est pour atteindre encore plus de précision dans l’évaluation du temps qu’ils ont inventé le compte long. » Parmi les unités du calendrier maya, il y a le kin (un jour), l’uinal (20 kin), le tun (18 uinal), le katun (20 tun) et le baktun (20 katun), l’unité la plus longue. « Un baktun équivaut à 144 000 jours, soit 394 ans, treize baktun, à 1 872 000 jours, soit 5125 années solaires du calendrier grégorien. Le 13e baktun représente la fin d’un grand cycle commencé le 11 août 3114 av. J.-C. Le 21 décembre prochain, on remettra le compteur à zéro pour un nouveau cycle de 5125 ans. » Sous le regard curieux des spectateurs rassemblés sur la place centrale du village de Copan Ruinas, surgit de la foule une longue file de guerriers mayas décorés de peinture. Les hommes portent le pagne et une coiffe surmontée de plumes d’aras ; les femmes, le huipil, la robe traditionnelle. La petite troupe à l’allure fière prend place sur les escaliers, face au public. Un narrateur raconte avec une voix sombre le contexte. Nous sommes dans la vallée de Copan, entre 427 et 900 de notre ère, à l’apogée d’un empire influent et prestigieux. Les Mayas, qui se construisent et se hiérarchisent depuis plus de 1000 ans, maîtrisent alors le calendrier, les mathématiques, l’astronomie, l’écriture. Ils cultivent le maïs, les légumes, les fruits, les pierres. Les échanges commerciaux entre cités mayas en Mésoamérique - territoire culturel d’avant la conquête espagnole, qui regroupe les États du Guatemala, Belize, la péninsule mexicaine du Yucatán, une partie du Salvador et du Honduras - vont bon train. Et si les Mayas savent aménager des canaux d’approvisionnement d’eau et construire des temples somptueux, reconnaître les plantes qui nourrissent, guérissent ou permettent d’entrer en contact avec les dieux, ils n’hésitent pas à sacrifier des êtres vivants pour que tombe la pluie ou que brille le soleil. Deux guerriers prennent place dans l’arène au pied des escaliers. Le combat commence. On assiste sous une pleine lune éclatante à une lutte acharnée qui durera une dizaine de minutes. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. Rituel religieux, soif de sang, guerre de clochers ? Pas sûr ! Mais on comprend que le sacrifice et les offrandes occupent une place cruciale dans la vie des Mayas. Copan La cité maya de Copan doit son existence à Kinich Yax Kuk Mo, aristocrate maya de la région de Tikal, au Guatemala. Conquise en 378 par la grande cité mexicaine de Teotihuacán, Tikal étend sa domination sur le Peten central et vers le sud. Élevé à un statut royal en 426, Kuk Mo arrive dans la vallée de Copan en 427 portant avec lui la culture maya des basses terres. Yax Kuk Mo sera le premier roi d’une série de dix-sept à Copan. Il y régnera jusqu’en l’an 437. Le « Museo de Esculptura de Copan » au départ de l’Acropole prépare à la visite des ruines. Le bâtiment lui-même se veut un hommage au symbolisme maya. Les visiteurs entrent par la gueule d’un serpent et se retrouvent dans le musée à l’intérieur du corps tortueux du reptile. La salle d’exposition évolue autour du remontage, grandeur nature, du temple Rosalila Ici, dans ce musée lumineux, le voyageur fait connaissance avec la grande civilisation maya du premier millénaire de notre ère et ses structures monumentales : pyramides, temples, sculptures. « Le site de Copan, avec ses seize temples dont les inscriptions sont quasi intactes, compte plus de hiéroglyphes, de stèles et de marches que tout autre site du Nouveau Monde, précise Ali. Il est le site maya le plus étudié par les archéologues du monde. Non pas pour ses grandes pyramides, mais pour son art et ses sculptures ciselées avec finesse. » Une aire de pique-nique longe un sentier ombragé de 400 mètres qui mène au groupe principal. Derrière de belles pelouses, les ruines portent des numéros pour faciliter leur identification. Un groupe d’aras rouge, bleu et jaune vivant ici en liberté nous accueillent dans une cacophonie de cris à donner des frissons. D’ailleurs, juste le fait de se promener entre temples, stèles et tunnels de ce site classé au patrimoine de l’UNESCO donne la chair de poule. À voir : le jeu de balle, qui est le deuxième sport du monde maya. Ce sport rituel opposait deux équipes et consistait à renvoyer dans le camp adverse, sans qu’elle touche le sol, une balle en caoutchouc - matière sacrée chez les Mayas, qui pouvait peser jusqu’à trois kilogrammes. « On ne pouvait utiliser que les genoux, les coudes, les hanches et les fesses. La trajectoire de la balle correspondait à la course du soleil qui ne devait pas s’arrêter ; les anneaux de pierre, le plus souvent disposés à l’Est [levant] et à l’Ouest [couchant], servaient de cible », explique Ali. À voir aussi : l’Escalier hiéroglyphe, la plus longue inscription maya connue. Chacune de ses soixante-quatre marches couvertes de symboles gravés raconte la belle histoire des rois de Copan. Et le Guatemala Comme à Copan, Tikal, au Guatemala, est à dimension humaine, et tout se joue dans la forêt. En fait, plutôt dans la jungle, la vraie ! Les singes hurleurs se balancent d’arbre en arbre, les coatis se promènent dans les sous-bois, les oiseaux bavardent. C’est sauvage et grandiose. On se croirait parfois sur le site de la cité d’Angkor, au Cambodge. Sûrement à cause des fromagers (ceiba). Ces arbres ont poussé en entrelaçant les pierres de leurs racines. Atmosphère fantastique garantie ! D’ailleurs, pourquoi s’être installé dans une telle jungle ? Est-ce à cause de l’abondance du silex, utilisé dans la confection des pointes de lance, des flèches et des couteaux ? On dit que Tikal, au milieu du IVe siècle, sous le règne de Chak TohI Ich’aak Ier (Grande Patte de Jaguar), adopta les méthodes de guerre brutales des souverains de Teotihuacán, au Mexique voisin. Le silex servait aussi de monnaie d’échange pour d’autres marchandises. Comme les coquillages d’ailleurs. « On sait peu de chose du monde maya, raconte Laura Calderon, notre guide, mais la découverte de fausses fèves de cacao, qui servaient aussi de monnaie d’échange, indique que la magouille existait à Tikal. Pour quatre fèves de cacao on achetait une dinde ; pour dix, un tapir. » « Si Copan était considéré comme l’Athènes de la Mésoamérique, Tikal en était le Wall Street, poursuit Laura. C’était à la fois la cité de la diplomatie, un grand centre religieux et commerçant. On y négociait le jade, la pyrite et l’hématite. Tout le monde voulait être en relation avec Tikal. » Une pause au sommet du temple IV, à 65 mètres, permet d’apprécier l’étendue de la canopée et d’imaginer (avec l’aide d’un guide) la vie au temps des Mayas. À l’horizon pointent les temples de la Gran Plaza et le temple V. Le temple IV est l’édifice maya le plus haut après La Danta à El Mirador. Un escalier raide de 200 marches conduit au pinacle. Outre le plaisir qu’ils nous offrent de dominer des siècles d’histoire, les temples en ruines sont des plateformes parfaites pour observer les 300 espèces d’oiseaux recensées dans cette région du nord du Guatemala. Fin d’un monde ou pas, à quelle catastrophe faut-il attribuer la disparition de la civilisation maya classique ? Guerres, famines, maladies ou… problème environnemental. La déforestation massive et l’érosion qui s’est ensuivie apparaissent comme une explication plausible. C’est à ça qu’il faut réfléchir. Les Mayas n’avaient-ils pas comme théorie que l’histoire se répète ? Collaboratrice *** En vrac Se rendre à Copan. Il faut compter environ trois heures de route à partir de San Pedro Sula. Deux jours ne sont pas de trop pour visiter le village de Copan Ruinas, le site de Copan et le Macaw Mountain Bird Park, réserve privée qui se consacre à la sauvegarde des aras. Se rendre à Tikal. On peut y aller en auto de Guatemala Ciudad (environ 350 km, 10 heures de route si tout va bien), mais l’avion apparaît comme une meilleure solution. On part le matin et l’on revient le soir. Moins fatigant et moins risqué. Puis, observer du ciel la géographie tourmentée du Guatemala ne laisse pas indifférent. En ouvrant les yeux, on peut voir le Pacaya (2552 m). Adoré le beau livre de 216 pages, en papier glacé et abondamment illustré, Éternelle route maya. Au coeur du Yucatan, de Marie-Sophie Chabres et Jean-Paul Naddeo, aux éditions Gründ. L’ouvrage résume 3000 ans d’histoire maya et propose un itinéraire de 1637 kilomètres à la découverte de villes, villages et site archéologiques intéressants du sud du Mexique. Où manger, quoi manger, où dormir… les auteurs proposent ici tout plein d’idées. Acheté le magazine Archaelogy de novembre et décembre 2012. On y explique très bien, dans un article intitulé « The Maya and the End of Time », la fin du monde. D’un monde…

  • Tourisme Guatemala - Sur la route des volcans, d’Antigua au lac Atitlán

    Antigua – L’étonnante variété de paysages et la grande diversité culturelle du Guatemala font de ce petit État d’Amérique centrale, baigné au sud par l’océan Pacifique et au nord-est par la mer des Caraïbes, un pays passionnant à visiter. À l’ombre des volcans, entre la jolie ville coloniale de La Antigua Guatemala et les villages indigènes hauts en couleur du lac Atitlán. Rien à faire, le ciel reste nuageux. Impossible d’entr’apercevoir ne serait-ce que le contour du volcan Agua. Raison de plus pour élire domicile plus d’un jour dans cette jolie ville coloniale. Par beau temps, où que l’on soit dans Antigua, on voit l’Agua, situé à dix kilomètres d’ici. Mais aujourd’hui, le beau dôme, à 3766 mètres, se trouve sous un couvert de nuages. À la différence des autres volcans de la région, comme le Fuego et le Pacaya, l’Agua se présente en situation isolée au milieu des plaines. Son cône parfait à l’allure d’un entonnoir est donc visible de loin. Il est d’ailleurs si beau que le Guatemala a émis des timbres à son effigie. À défaut de pouvoir admirer live l’Agua endormi depuis 100 000 ans, le visiteur peut aller s’émerveiller au couvent Las Capuchinas devant une fresque qui représente le volcan surplombant Antigua. Par la même occasion, il peut aussi visiter le cloître aux grosses colonnes et aux galeries voûtées, son jardin et sa tour aux dix-huit cellules construite autour d’un patio circulaire. Histoire de se faire une idée de la vie menée dans ce beau prieuré par les religieuses madrilènes qui, avant le séisme de 1773, s’occupaient d’un orphelinat et d’un hôpital pour femmes. La grande séductrice Les guides touristiques sont unanimes : la beauté coloniale d’Antigua, avec ses rues pavées, ses ruines (causées par deux tremblements de terre), ses multiples hébergements - plus de 140 hôtels, auberges de jeunesse et« posadas » -,ses restaurants, ses cafés (et son excellent café), ses boutiques d’art, en fait l’une des étapes préférées des voyageurs en visite au pays des couleurs. À l’ombre du Parque central, il faut prendre le temps de déguster un café de chez Café Barista, à l’angle nord-ouest du parc, avant de se lancer dans la visite des ruines de la cathédrale de Santiago détruite par le séisme de 1773. Incroyables, ces énormes fragments de colonnes qui gisent toujours sous les arcades de brique, comme si le tremblement de terre venait d’avoir lieu. À Antigua, pas de bâtiments en hauteur. Donc, pas de grandes tours à appartements ni de grands hôtels qui viennent obstruer la vue sur les volcans Agua, Fuego et Acatanango. Pourquoi ? Les ruines parlent d’elles-mêmes. L’histoire de cette ancienne capitale née en 1543 des conquêtes espagnoles et classée au patrimoine de l’Unesco, en 1979, a été ponctuée de séismes, d’éruptions volcaniques et d’inondations. Qui voudraient vivre aujourd’hui au 17e étage d’un immeuble ? « L’histoire tourmentée de la ville a d’ailleurs commencé sur les flancs du volcan Agua, le 11 septembre 1541 », raconte Laura Calderon, notre guide. « Une coulée de boue provenant de la montagne a pour ainsi dire enseveli la localité [premier emplacement de la capitale] alors située dans l’actuelle Ciudad Vieja, à sept kilomètres d’ici. Ce n’est que deux ans plus tard qu’apparaît sur la carte du monde Santiago de los Caballeros, le nom d’Antigua à l’époque. » Antigua, alias Santiago de Guatemala donc, sera pendant près de deux siècles un important centre politique, économique, religieux et culturel. Mais la capitale située au beau milieu d’une zone sismique active n’est pas au bout de ses peines. La terre gronde à répétition et finit par avoir raison de la belle coloniale en 1773. À bout, les autorités espagnoles décident de s’installer dans la vallée de La Ermita, à 45 kilomètres à l’ouest d’Antigua. En 1775, le roi Charles III signe une charte ordonnant la construction de Guatemala Ciudad, depuis la capitale du Guatemala. L’embarras du choix Plusieurs motivations incitent les touristes à visiter Antigua : la richesse de l’histoire, la joliesse des maisons aux couleurs pastel, le café exquis, l’ivresse de grimper l’un ou l’autre des trois volcans qui dominent la ville, la gentillesse des habitants, les nombreuses écoles d’espagnol. « Elles attirent les étudiants du monde entier, dit Laura Calderon. Le choix est vaste à Antigua et la plupart des écoles offrent tous les niveaux d’apprentissage. Et si un cours dure trois semaines en moyenne, rien n’empêche de s’inscrire à une leçon d’une heure seulement ou alors de s’installer à Antigua pour plusieurs mois, histoire d’explorer les environs de la ville. » Nul besoin d’être un grand marcheur pour grimper le volcan Pacaya (2552 mètres d’altitude) situé à 25 kilomètres d’Antigua. Et il est encore actif ! On atteint le cratère en deux heures de marche max. À l’occasion, il arrive de voir une coulée de magma en ébullition au milieu d’un champ de lave durci. Attention aux petites explosions rocheuses. C’est ça, le danger ! Autre très beau site à visiter au Guatemala : le lac Atitlán à trois heures de route d’Antigua ou de Guatemala City. Le visiteur qui voyage en autobus a tout intérêt à suivre le conseil du guide Lonely Planet sur le Guatemala : se placer du côté droit du véhicule pour ne rien manquer de la vue époustouflante sur le lac couleur indigo et les trois volcans qui le dominent. À Solola, petite ville située sur une falaise, à 2060 mètres d’altitude, un belvédère invite les voyageurs à faire une courte pause contemplative. Le moment est propice, avant la pluie qui risque de tomber, pour capter en images le reflet du volcan San Pedro (3020 m) sur le lac d’une longueur de huit kilomètres du nord au sud et dix-huit d’est en ouest. Très photogénique. Une longue descente en serpentins de huit kilomètres mène à Panajachel, principale localité sur les bords du lac. Les rues piétonnes du centre-ville sont bordées de cybercafés, d’agences de voyage, de vendeurs d’artisanat, d’hôtels, de restaurants, de bars. Première véritable rencontre avec les mayas cakchiquel et « tzutuhil » venus des villages environnants vendre leur artisanat. Partout l’accueil est souriant. Dans les rues, les enfants vous saluent et les commerçantes vous emboîtent le pas, histoire de vous soutirer quelques quetzal, bien sûr, mais aussi de vous initier à leur savoir-faire ancestral. Elles vendent tissus colorés, foulards, tapis, kilim. Lorsqu’elles sont vêtues du huipil traditionnel, un connaisseur saurait dire, par la couleur de leur tunique, duquel des douze villages autour du lac proviennent ces femmes mayas, pour la plupart tisserandes de mère en fille. Du coton au textile C’est en lancha (bateaux-bus), au départ de Panajachel, que l’on rejoint les villages de Santiago Atitlán et San Juan La Laguna. Entre plantations de café, de coton, de bananes et de maïs, les deux localités aux rues pavées et pentues vivent au rythme des humeurs du lac Atitlán. Interrogés sur leur vision de la fin du monde par leurs ancêtres, les Mayas tz’utujil de San Juan La Laguna répondent qu’ils craignent bien plus les dégâts occasionnés par la montée des eaux du lac que tout autre chose. En accostant au quai, on voit les maisons inondées. Désolant ! À San Juan comme à Santiago Atitlán, les femmes portent des jupes à rayures et des huipils brodés de fleurs colorées, d’oiseaux, d’astres… Et elles assurent le maintien des traditions au grand plaisir des touristes. À San Juan, les femmes de l’Association de tisserandes « Telar de Cintura Chinimaya » ouvrent grandes les portes de leur atelier, ce qui permet aux visiteurs de suivre les étapes de travail des fileuses, teinturières et tisserandes du village de 5600 habitants. « Dans les coopératives artisanales, la priorité est donnée aux teintures végétales locales et au coton biologique filé à la main », explique Mercedes, une femme « tzutuhil » qui s’empresse de nous amener dans son jardin pour nous exposer les étapes de la teinture à partir de plantes locales. Avant que ne se lève le « Xocomil », ce fameux vent qui peut déchaîner le lac Atitlán en moins de deux, et que les étoiles s’allument, une visite à Maximon, cette divinité tenue en grand honneur dans les Hautes Terres du Guatemala, complète notre découverte de Santiago Atitlán. Comme le personnage change de maison tous les ans, un enfant du village nous conduit vers la statue de bois drapée de cravates et d’écharpes colorées et fumant un gros cigare. C’est Juan, un villageois qui a la tâche de surveiller le personnage 12 heures par jour, 365 jours par année. C’est aussi lui qui recueille les offrandes (Maximon adore le rhum et les cigarettes). « L’effigie du dieu est installée dans la maison d’un membre de la confrérie maya catholique, lit-on dans le guide Lonely Planet. Selon les anthropologues, Maximon déménage chaque année de façon à équilibrer les pouvoirs locaux. » Quoi qu’il en soit, ni le chemin à travers les ruelles de Santiago Atitlán emprunté pour se rendre au domicile ni la rencontre avec le « personnage » ne laissent indifférent. Pas plus d’ailleurs qu’un voyage au Guatemala. En vrac Où dormir: Le choix d’hébergement est aussi grand à Guatemala City qu’à Antigua. Les voyagistes ont toutefois tendance à préférer amener leurs clients directement à Antigua. Les hébergements de charme Porta Hotel del Lago et la Posada de Don Rodrigo à Antigua sont deux bonnes adresses. Aimé la visite du musée de l’atelier et du magasin La Casa del Jade, à Antigua. Le jade était très apprécié des anciens Mayas. Mangé des plats typiquement maya et du terroir guatémaltèque sous une palata au toit en feuilles de palmier, sur fond de marimba, au restaurant Kakao, situé dans la zone 10 à Guatemala City. À lire : les guides Ulysse ou Lonely Planet sur le Guatemala. Vous y trouverez mille et uns conseils pratiques pour réussir votre voyage dans ce pays assez bien organisé pour les touristes.

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