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  • Une journée dans l'île de Kastelorizo

    À une vingtaine de minutes en bateau de la ville de Kas, au sud de la Turquie, il y a une île grecque d’une extrême fraîcheur, la plus petite des îles du Dodécanèse, qui mérite la croisière ne serait-ce que pour une journée. Un caillou de quelques arpents de rocaille, piqué de broussailles et de jasmins, avec un port en amphithéâtre bordé de maisons néoclassiques aux couleurs vives et d’augustes dômes d’églises qui témoignent d’une prospérité passée. Du sommet de la falaise, vue sur le port en amphithéâtre, les maisons aux toits de tuiles rouges, la mer Méditerranée et la cité de Kas, en face, avec ses maisons blanches posées sur les Taurus qui se jettent dans la mer. Difficile d’imaginer qu’au siècle dernier, Kastelorizo, cette petite île grecque d’à peine neuf kilomètres carrés qui a servi en 1991 de décor au film italien Mediterraneo, du réalisateur Gabriele Salvatores — primé meilleur film étranger aux Oscar —, comptait quelque 15 000 âmes. À présent, il n’en reste que 300, auxquelles s’ajoutent quelques ouvriers, fonctionnaires et enseignants venus du reste de la Grèce, la garnison de l’armée grecque et sa frange de permanents et les appelés qui y font leur service militaire. Des Anglais, des Allemands, des Gréco-Australiens, des Italiens aussi, qui retapent de vielles maisons et y passent l’été. Pourtant, Kastelorizo, plutôt difficile à pointer sur une carte de la Grèce, a déjà connu un passé florissant. Elle fut habitée par les Mycéniens, puis les Doriens, un temps hellénisée par les successeurs d’Alexandre le Grand, puis dominée par les Romains avant d’appartenir à l’Empire byzantin, ensuite aux chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean et aux mamelouks d’Égypte. Mais c’est sous le règne ottoman que l’île a surtout prospéré. La flotte locale entretenait alors des relations commerciales avec plusieurs villes d’Anatolie, ainsi qu’avec d’autres îles grecques. Elle fut longtemps le territoire le plus oriental de l’Europe, jusqu’à l’entrée de Chypre dans l’Union européenne, et une halte commerciale importante entre Beyrouth et Le Pirée. En 1911, Kastelorizo est occupée par le royaume d’Italie, vit une certaine liberté entre 1913 et 1915, avant de changer maintes fois de mains jusqu’en 1945. Tantôt les Français, tantôt les Anglais, longtemps les Italiens. Elle sera bombardée par les Allemands lors de la Seconde Guerre mondiale, reprise en 1945 par les Britanniques et, ultimo, intégrée à la Grèce en 1948. Quant au film Mediterraneo, il raconte l’histoire de huit soldats italiens débarqués en 1941 sur cette île au cadre onirique pour une mission d’observation. Privés de radio et de bateau, ils sont livrés à eux-mêmes. Au fil du temps, ils tissent des rapports d’amitié, voire d’amour avec la population locale, composée exclusivement de femmes, d’enfants, de vieillards et d’un pope italophone. Les hommes en âge de se battre ont tous été déportés lors d’un raid allemand. Kastelorizo n’a plus que 300 âmes, qui y vivent de la construction, de la pêche artisanale et du tourisme. On y retrouve une école primaire, un collège et un lycée, une vingtaine d’églises et de petites chapelles, un minaret et une mosquée devenue musée, des ruines de châteaux… L’île ne produit aucune denrée et il n’y a pas d’eau. Tout est importé de Rhodes ou de Kas, en Turquie. L’île abrite un débarcadère, une station de police, un bureau de poste, la police du port, la garde côtière, une banque, deux épiceries, une boulangerie et une promenade parsemée de terrasses d’où l’on peut observer, en sirotant son ouzo à l’ombre d’une tonnelle, le pêcheur sur son bateau, les enfants jouer au foot, les parties de jacquet entre hommes et les chats ronronner de bonheur. Megisti, Meis, Castelrosso, Kastelorizo Si les Turcs l’appellent Meis, les Arabes Mayas, les Italiens Castelrosso, les Français Kastelorizo et les Grecs Kastellorizo, son nom d’origine, qui date de l’Antiquité, est Megisti. Selon la légende, Megistus, un prince de Crète, aurait été le premier colon à débarquer sur l’île. Sauf que les archéologues ont aussi déniché des traces de peuplement néolithique. L’histoire demeure donc un peu floue, ce qui ajoute encore plus de mystère à cette île lointaine. La baie est gardée par la forteresse des chevaliers de Saint-Jean. Construite sur des rochers rouges, les Italiens la surnommèrent Kastel Rosso, reprise en Kastellorizo par les Grecs. L’unique village de ce rocher aux rives déchiquetées continue, lui, de porter le nom de Megisti. C’est autour du port, le lieu de rendez-vous de tous, que la vie se déroule, pour boire un café, un verre de vin ou un ouzo sous la tonnelle d’un bistro. Et déguster calmars frits, poisson grillé, salade grecque, tomates et feuilles de vigne farcies, baklavas, katoumari, revani et stravos. Une île d’exception, mais difficile d’accès. On est loin ici des foules de Mykonos, Santorino, Corfou, Lesbos, Samos, de la Crète… Kastelorizo se trouve à une demi-journée en bateau d’Athènes, à quatre heures de Rhodes et à vingt minutes de la ville de Kas, sur la Riviera turque. Le hic, c’est qu’une fois à Rhodes, en fonction du prochain vol pour Kastelorizo, il faudra peut-être passer une nuit ou deux dans la capitale, l’occasion de se promener dans les ruelles de la vieille ville, de visiter le palais du Grand Maître et de marcher sur la voie des chevaliers. L’avion reste le moyen de transport le plus rapide, surtout en été, alors que l’offre augmente. Une heure de vol d’Athènes à Rhodes et 25 minutes de Rhodes à Kastelorizo. Le hic, c’est qu’une fois à Rhodes, en fonction du prochain vol pour Kastelorizo, il faudra peut-être passer une nuit ou deux dans la capitale, l’occasion de se promener dans les ruelles de la vieille ville, de visiter le palais du Grand Maître et de marcher sur la voie des chevaliers. À Kastelorizo, ni circulation, ni stress. Un mini-aéroport grand comme un mouchoir de poche et une seule piste d’atterrissage d’à peine 800 mètres de long. Un seul taxi, une seule navette et une seule route asphaltée qui mène au seul village. Pas de voitures, ou si peu, et de très petite taille. Un crochet C’est de Kas, en Turquie, que nous avons pris le bateau pour Megisti. Une décision de dernière minute lors d’un voyage dans le sud de la Turquie. Un crochet le temps d’une journée. « La traversée ne dure que 20 minutes », m’avait dit Fethi Öcel, directeur chez Koptur, une agence réceptive spécialisée dans les voyages sur mesure en Turquie. « Vous allez pouvoir vérifier si le café grec est meilleur que le turc, l’ouzo meilleur que le raki et les baklavas si différents. » Vendu ! La suite fut simple. Il a suffi de laisser son passeport, la veille au soir, à l’agence qui gère le bateau — le visa pour entrer en Turquie permet de sortir du pays et d’y revenir pendant 90 jours. Le traversier accoste au petit port de Kastelorizo vers 10h30 et repart à 15h30. Ce qui laisse cinq heures pour explorer l’île. Le temps d’une randonnée au sommet de la montagne pour admirer la vue sur le port, d’une virée dans les ruelles de l’île et d’un repas. Et d’un repérage des hébergements de charme pour la prochaine fois. Car on rêve de revenir sur cette îlette absolument ravissante avec ses maisons colorées à deux étages, toutes garnies d’un balcon en bois et d’un fronton néoclassique à l’italienne. Et ses petites places pavées et fleuries de bougainvilliers, si apaisantes qu’on voudrait s’y installer à vie pour lire, écrire, peindre, dessiner, discuter de tout, se balader, jouer au backgammon, danser le sirtaki… avec Zorba. Le clou de la place ? La grotte bleue située au sud de l’île, à quelques minutes en caïque. On dit que c’est l’une des plus belles grottes marines de la Méditerranée. D’une longueur de 75 mètres, elle cacherait une jolie palette de couleurs et une décoration en stalactites du feu de Dieu. Du quai, nous marchons à travers d’anarchiques ruelles bordées de maisons en ruine et couvertes de ronces, avant d’emprunter l’escalier de pierre blanche en colimaçon — 400 marches et une mise en jambe assurée, qui mène en une vingtaine de minutes au sommet de la falaise. En haut, la vue sur le port en amphithéâtre, les maisons aux toits de tuiles rouges, les dômes d’églises, les vestiges de châteaux, la mer Méditerranée et la cité de Kas, en face, avec ses maisons blanches posées sur les Taurus qui se jettent dans la mer, est franchement spectaculaire. En vrac S’y rendre. Soit en avion depuis Athènes, via Rhodes, avec Olympic Air, ou en traversier à partir de Rhodes (quatre heures), ou encore de la petite ville de Kas, sur la Riviera turque (20 minutes). Dans ce dernier cas, l’agence de voyage qui offre la traversée en bateau, Meis Express, est une bonne option. Le coût : 35 euros. Assurez-vous d’avoir votre passeport et votre visa en règle pour la Turquie. Vous devrez laisser votre passeport la veille aux autorités, qui vous le rendront au retour de Kastelorizo. Où dormir. Si vous souhaitez loger à Kastelorizo, une adresse qui revient souvent dans les guides est l’hôtel Mediterraneo. L’endroit a été joliment décoré par sa propriétaire, l’architecte française Marie Rivalant. Une maison de vacances raffinée, les pieds dans l’eau. Et il paraît que les confitures servies au petit-déjeuner sont absolument divines. Où manger. Au Lazarakis, sur le quai à Megisti, le poulpe grillé est un délice. Le propriétaire, Yorgos, est le mari de Marie Rivalant. Et il connaît l’île comme le fond de sa poche. Des histoires et son histoire aussi. Vous y apprendrez, en sirotant un Metaxa (cognac grec), que David Guilmour, du groupe Pink Floyd, a composé l’album On an Island, dont son titre phare Castellorizon, après être tombé totalement sous le charme de Kastelorizo lors d’un voyage. À voir. Le château des chevaliers de Saint-Jean, qui date du XIVe siècle. Il n’en subsiste qu’une petite partie, mais qui donne une idée de l’époque. La tombe lycienne taillée au pied du château, à l’entrée du port, qui date du IVe siècle avant J.-C. Le Palaiokastro, le site le plus ancien de l’île. Il y reste quelques vestiges de bâtiments anciens, des citernes d’eau et des outils néolithiques. L’église Agios Konstantinos et Agia Éléni, au-dessus du Mandraki. La basilique à trois nefs et coupoles renferme de riches icônes. Le musée archéologique, près des ruines du château. On y retrouve des objets des périodes paléochrétienne et byzantine. Le monastère abandonné Aï-Yorgis tou Vounou, au sommet des 400 marches de l’escalier qui mène sur le plateau, au-dessus du port de Megisti. L’île se découvre à pied au fil de longues promenades dans les ruelles et sur les collines. Et en mode lenteur, donc cinq heures ne suffisent pas pour tout voir. Il faut y passer quelques jours.

  • Un après-midi zen en foret tropical

    Nous sommes en Martinique, à Cœur Bouliki en forêt tropicale humide. Si joli, qu’un jeune agriculteur bio martiniquais a eu l’idée d’y créer un petit spa nordique pour tantôt contempler la brume s’accrocher aux feuilles géantes de chou de Chine, aux roses de porcelaine et à la cime des Pitons du Carbet, tantôt les rayons de soleil caressés les acajous et baigné de lumière cette foisonnante forêt traversée par la rivière Blanche. Une inspiration venue du Québec alors qu'il était en visite au spa du Polar Bear, en plein coeur de l'hiver. J’ai découvert l’existence de ce petit spa nordique tropical bien par hasard. Par un vendredi soir pluvieux, au marché paysan bio de Schoelcher, non loin de la ville de Fort-de-France. «Nous en faisons très peu la commercialisation, m'avait dit Yves Dondin, le père de David le jeune agriculteur bio qui en plus de cultiver des légumes et des fruits rares, cuisine comme un chef. « Nous ne voulons pas de grandes foules. Nous souhaitons garder le lieu intime et le plus près de la nature possible. Nous favorisons le bon vieux principe du bouche-à-oreille. et ça fonctionne. Ce qui n'empêche pas le spa et la ferme Bio Bouliki d'apparaître sur les médias sociaux (Facebook et Instagram), mais de façon sobre à l'image de ses créateurs. Si Yves Dondin pratiquait déjà depuis 2004 l'agroécologie et l'agriculture bio, la ferme Bouliki Bio a été créée en 2012 par David qui rêvait de liberté plutôt que d'un travail qui le confinerait dans un bureau. Il travaillait alors en tant que conseiller environnement. Ayant toutefois la chance d'avoir une famille qui disposait d'une exploitation agricole bio à Saint-Joseph, le jeune agriculteur avait le site idéal pour développer des produits fermiers uniques et éventuellement... un spa tropical . «Notre terrain se trouvant dans le périmètre protégé de captation d'eau de Coeur Bouliki il n'était pas contaminé par les pesticides. On y cultive, entre autres, du basilic thaï, de la roquette, des épinards gombos et japonais, du pourpier plat, du giraumon, du citron de Cayenne, du ramboutan, plusieurs variétés d'avocats, du jacquier.... On y prépare des confitures de patate douce et maracudja, de papaye et menthe, du caviar d'aubergine blanche et autre recettes gastronomiques concoctées au goût du jour par David. Et quel chef ! Digne de grands restaurants étoilés. eau de montagne et chaudière à bois À notre arrivée, le bain, à l'allure d'une méga tasse de tisane où flotte des pétales de rose de porcelaine, fume. «Il est alimenté par l'eau de la montagne et fonctionne par thermodynamique via une chaudière à bois », explique David. Avant de s'immerger dans l'eau chaude, on se douche. «L'eau qui coule est captée à 600 mètres de hauteur dans la montagne», précise David. «Comme nous sommes au plus bas la pression est forte.» Puis, il y a cette grosse boule noire à l'allure d'un igloo en papier mâché, avec une cheminée d'où sort une divine odeur de cannelle. C'est le saun'hammam. « Tout a été fait mains», explique David. « La boule, c'est du ciment en papier, et la porte est une ancienne tôle qui provient de la brasserie Lorraine. La température à l'intérieur varie entre 50 et 60 degrés. La symphonie des grenouilles Dès l’arrivée, on nous offre un jus d’orange frais – «Un boost pour le système immunitaire», dit David. Les muscles se détendent. D’abord une douche, puis on enjambe le bain et on se plonge dans une eau chaude aux odeurs de fleurs de pétales. Tout roule. La mécanique est bien huilée. On se rafraichit dans la rivière blanche après s'être enduit d'un mélange maison de sable volcanique et d'herbes aux vertues médicinales. Une table à massage est installée non loin de là de façon à bénéficier du bruit de l'eau qui coule. Une expérience à ajouter sur place. Divin! Commence la symphonie des grenouilles. Il doit être 17 h, la nuit va tomber. On voudrait que cet après-midi ne se termine jamais. Que l’expérience se poursuivre encore plus loin dans les limbes de la nuit. La magie de la forêt tropicale. Quelques points forts Le trempage dans le bain d’eau chaude en écoutant le doux crépitement de la pluie.» Un massage en bordure de la rivière blanche reste un grand moment. Se faire nettoyer les pieds par les petits poissons de l'étang à l'entrée du site. Le petit repas servit en après-midi. Non seulement magnifiquement présenté, mais absolument succulent et concocté uniquement avec les produits frais du jour. ********* La rivière blanche prend sa source des Pitons du Carbet. Escarpée et en lacets, la route (D1) pour s’y rendre depuis Fonds Saint-Denis gravit les contreforts des Pitons du Carbet dans une marée de vert, à l’ombre de fougères arborescentes géantes, de bambous qui craquent au vent, de fromagers aux troncs arc-boutés et de mille plantes : philodendrons géants, orchidées et autres épiphytes, balisiers, barbe à papa, lianes torsadées…D'une diversité à couper le souffle et à donner le tournis. https://www.facebook.com/boulikibio

  • De la plaine au Pacifique en train

    De Calgary à Vancouver, le Rocky Mountaineer traverse six chaînes de montagnes, un désert en altitude, une forêt humide tempérée. Le train se faufile entre pics enneigés, glaciers, canyons, lacs et vallées, empruntant tunnels et viaducs, longeant fleuve et rivières. Mille kilomètres d'histoire et de paysages grandioses, que le train parcourt à une vitesse moyenne de 50 km/h. Deux journées de bonheur pour le plaisir des yeux et du palais. Banff — Une ombre a bougé derrière un arbre. Un grizzly? À moins que ce soit mon imagination aiguisée par la lente progression du train entre les escarpements rocheux et les forêts de pins, le long de rivières turquoise, au beau milieu d'une symphonie minérale de pics et de rocs où coulent des chutes fougueuses? En 12 heures, on passe de la plaine à la montagne et au désert. Quel incroyable panorama! À ne plus savoir où donner du regard. Par ici, le mont Castle, à 2730 mètres, dont la forme rappelle celle d'un château avec ses tourelles crénelées. Par là, la petite gare en bois du lac Louise, l'une des 12 gares ferroviaires inscrites au patrimoine culturel canadien. On ne voit pas le lac turquoise mais on aperçoit le sommet du mont Victoria. La ligne de chemin de fer est un musée à ciel ouvert. Mais ici, c'est la nature qui raconte l'histoire. Chaque montagne, chaque lac, chaque chute, chaque glacier porte le nom d'un explorateur, d'un géologue, d'un trappeur, d'un prospecteur qui a contribué au développement de la région. La royauté britannique a aussi eu sa part du gâteau. Par exemple, le lac Louise, jadis le lac Émeraude, a été baptisé en l'honneur d'une des filles de la reine Victoria, Louise Caroline Alberta. On devine que la province lui doit aussi son nom. Quant à la localité de Banff, connue des cheminots sous le nom de Siding 29, Lord Strathcona la renomma en 1880 d'après le comté de Banffshire, en Écosse, d'où il était natif. Entre autres services à bord du Rocky, le vacancier a droit tout au long du parcours à des commentaires instructifs sur la géologie, la faune et la flore. Plus que dix kilomètres avant d'atteindre la petite ville de Stephen, où se situe la ligne de partage des eaux et la frontière entre le parc national de Banff, en Alberta, et celui de Yoho, en Colombie-Britannique. À 1626 mètres d'altitude, Stephen est le point le plus élevé de cet itinéraire de deux jours. Dans une vingtaine de minutes, nous franchirons les tunnels en spirale. C'est ça, le circuit First Passage to the West à bord du Rocky Mountaineer! D'abord, une promenade en train dans l'Ouest canadien, au coeur de paysages à couper le souffle, puis une leçon d'histoire et de génie sur les traces du Canadien Pacifique, légendaire pour avoir réuni la Colombie-Britannique au Canada, il y a 125 ans. Et c'est une expérience gastronomique pour qui voyage en classe Goldleaf. Dans ce cas, on a droit aux repas chauds assis confortablement dans la salle à dîner située à l'étage inférieur du wagon de deux étages, muni d'un dôme de verre et de vitres surdimensionnées qui permettent d'apprécier le paysage en mode panoramique. Le voyageur a aussi le choix de monter à bord à Calgary ou à Banff. Par la suite, le train poursuit son chemin jusqu'à Vancouver avec comme unique arrêt une nuitée à Kamloops, à l'hôtel Thompson. En débutant le voyage à Banff, bien qu'on loupe l'entrée dans les Rocheuses, on a le plaisir de découvrir le fameux village de montagne de 7000 habitants qui accueille chaque année plus de 4,5 millions de touristes, ainsi que son parc national et les sources chaudes du mont Sulphur, à l'origine de la création, en 1885, du premier parc national canadien. «Puisque nous ne pouvons pas exporter les paysages, importons les touristes!» Tel était le but de l'Américain William Cornélius Van Horne, directeur général de la Canadian Pacific Railway, chargée, en 1881, de prolonger jusqu'au Pacifique la ligne de chemin de fer qui se terminait alors à Winnipeg. Relier le Canada d'un océan à l'autre fut une tâche colossale. Remplir le train, une autre. Un défi relevé par Van Horne qui, en plus de diriger la construction de lignes ferroviaires, fit construire des hôtels de luxe à l'allure de châteaux, tel le Banff Springs Hôtel, Château Lake Louise, Château Frontenac... maintenant propriété du groupe Fairmont. Et voilà les tunnels en spirale. Les voyageurs sont sur le qui-vive. On ne sait plus où donner de la tête. Puis, c'est le noir total pendant une vingtaine de minutes. Le temps pour le train de transpercer les mont Odgen et Cathedral, respectivement longs de 912,5 et 933 mètres, de s'entortiller deux fois sur lui-même tel un escargot et de traverser deux fois la rivière Kicking. «On a entrepris la construction des tunnels en 1907, explique l'agent de bord. Le souci: la "grande côte", un tronçon fortement incliné entre Field et Hector. Non seulement reconnue dangereuse, cette pente de 4,5 % d'inclinaison entraînait d'énormes frais d'entretien. La construction a duré vingt mois et fait appel à 1000 hommes. La pente fut réduite à 2,2 %.» Les émotions, ça donne de l'appétit: le personnel a prévu le coup et sert une collation composée de scones, de thé, café et jus. Le bar est ouvert en tout temps et l'ambiance est à la détenete. Il est 14h30 lorsqu'on passe à table, les yeux rivés sur le paysage. «On ne sert que des produits régionaux à bord», explique Frédéric Couton, chef exécutif du train, un Savoyard d'origine venu au pays il y a 28 ans. Au menu: du boeuf de l'Alberta, du poulet et de l'agneau de la vallée de Fraser, du saumon du Pacifique et du vin de la vallée de l'Okanagan. En tout cas, en longeant la rivière Eagle, rouge de saumons, on constate que le gros poisson migrateur abonde vraiment dans le coin. Nous suivons la rivière sur 48 kilomètres entre Sicamous et Three Valley Gap. C'est toutefois sous le pont de l'Eagle et durant les mois de septembre et octobre qu'on peut le mieux observer la fraie du saumon. D'un océan à l'autre Nous voilà à Craigellachie. C'est donc ici que fut enfoncé, le 7 novembre 1885, le dernier crampon de la voie ferrée du CP. Sur la petite plate-forme extérieure prévue pour prendre l'air, se délier les jambes et photographier tout ce qui défile sous nos yeux, on a l'impression d'entendre les cris de joie des spectateurs qui ont assisté à l'achèvement du premier chemin de fer transcanadien. Il aura fallu presque six ans. Un cairn marque l'emplacement de l'événement. À quelques minutes de la gare de Kamloops, un homme assis sur son balcon lève un toast à l'arrivée du train. Les enfants envoient la main. Décidément, ce train est une véritable curiosité. On se croirait maintenant en Arizona. Plus rien à voir avec les paysages de montagnes du début. Il y a belle lurette qu'on a quitté les montagnes Rocheuses, dès Palliser, sur la rivière Columbia. Depuis, nous avons traversé le col de Rogers, dans la chaîne Selkirk, qui reçoit tant de neige en hiver que les ingénieurs ont dû s'échiner à inventer des systèmes sophistiqués pour protéger la voie ferrée des avalanches: paravalanches, digues de déviation, tas freineurs... La neige n'est toutefois pas la raison qui empêche le Rocky Mountaineer de poursuivre ses activités en hiver. La politique du train panoramique est de ne voyager que le jour, de façon à ne rien manquer du paysage. Étant donné qu'en hiver les journées sont courtes, il serait impossible de compléter l'itinéraire de 1000 kilomètres en deux jours seulement. Le train roule en moyenne dix heures quotidiennement. Et en fonction du trafic ferroviaire, surtout près de Vancouver, il peut être considérablement retardé. Le train continue sa route vers Glacier, traverse dix fois la rivière Illecillewaet, passe par Revelstoke, dans la vallée du Columbia, et longe le lac Shuswaa. À Kamloops, tout le monde descend! Les vacanciers au départ de Calgary sont à bord depuis 12 heures. L'escale est appréciée. À l'hôtel Thompson, les bagages, on les retrouve dans la chambre. Après Kamloops, le train poursuit vers l'ouest, le long du fleuve Fraser. Avec ses 1368 kilomètres, le plus long cours d'eau en Colombie-Britannique s'étend sur près d'un quart de la province. Au sud de Quesnel commence le profond canyon creusé par le Fraser jusqu'à Hope, dans les monts Cascade. La petite ville est entourée sur trois côtés par de hautes montagnes. Puissant fleuve, le Fraser occupe une place spéciale dans l'histoire du chemin de fer canadien. C'est à Andrew Oderdonk, un entrepreneur en construction, que revint la tâche de construire le tronçon qui allait traverser le canyon du Fraser, lit-on dans The Rocky Mountaineer Mile Post. «L'homme d'affaires estime à 10 000 le nombre d'hommes nécessaire pour achever cette tâche. La Colombie-Britannique étant peu peuplée à la fin du XIXe siècle, il fait venir des travailleurs chinois de Californie. Ces derniers étaient expérimentés et parlaient l'anglais, puisqu'ils avaient travaillé à la construction de Union Pacific aux États-Unis. On fit aussi venir de Canton des hommes habitués à porter des charges lourdes. Des porteurs de thé, entre autres.» Bien que l'on utilisa foreuses mécaniques à vapeur, racleuses tirées par des chevaux et explosifs durant la construction, la presque totalité du travail se faisait à force de bras. «Les travailleurs chinois étaient payés un dollar par jour, une somme énorme comparativement au salaire quotidien de 0,07 sous en Chine. Mais, malheureusement, beaucoup de ces hommes moururent d'épuisement, de scorbut, de variole ou d'accidents dus à la mauvaise manutention des explosifs. Durant cette période, on a dénombré entre 10 000 et 15 000 travailleurs chinois.» Le Rocky Mountaineer propose quatre itinéraires dont trois sur deux jours qui incluent une nuitée d'hébergement en mi-parcours. «First Passage to the West», celui que nous effectuons entre Calgary et Vancouver; «Journey through the Clouds» entre Vancouver et Jasper via Kamloops, en Alberta avec deux points forts: le mont Robson, le plus haut sommet des Rocheuses canadiennes, et les chutes Pyramid; «Rainforest to Gold Rush» qui, via la forêt tempérée humide de la côte et le désert du canyon du fleuve Fraser, mène aux ranchs du Cariboo Gold Rush; et enfin «Whistler Sea to Sky Climb», un circuit de trois heures seulement au départ de Vancouver vers Whistler, pour qui souhaite découvrir la chaîne des montagnes côtières. En vrac À voir et à faire à Banff... Datant de 1895, le Banff Park Museum est le musée d'histoire naturelle le plus ancien de l'Ouest canadien. On peut voir tout la faune des Rockies empaillée. Un tour de gondole au sommet du mont Sulphur, à 2270 mètres. La vue sur les Rocheuses et la Bow River, couleur émeraude, est grandiose. Un petit sentier mène sur des passerelles de bois à une ancienne station météo. Une virée au lac Moraine pour voir la couleur de l'eau. Plus sauvage que le lac Louise. Ouvrir l'oeil pour le grizzly. Nous l'avons vu de la route, près de Banff, en train de manger des baies. En septembre, c'est la saison des petits fruits. Les chances sont bonnes de l'apercevoir. L'ours mange en moyenne 2000 baies par jour. Le Rocky Mountaineer est la plus grande entreprise ferroviaire privée en Amérique du Nord. Depuis 1990, plus d'un million de passagers provenant de tous les coins du monde ont découvert les Rocheuses et l'Ouest canadien à bord de ce train panoramique. Plus de 50 % des passagers proviennent de l'étranger, en particulier des Australiens, des Britanniques, des Américains et des Japonais. La moyenne d'âge se situe dans la cinquantaine. Deux classes sont offertes à bord du Rocky Mountaineer: Redleaf et Goldleaf. La première offre des repas froids servis aux sièges et la seconde, des repas chauds servis dans la salle à manger. Chaque wagon de cette classe de luxe compte également quatre personnes au service et à l'animation et trois à la cuisine. -Information: 1 877 460-3200, www.rockymountaineer.com/fr.

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  • Tourisme Aventure | Un blogue par Hélène Clément

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