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  • Photo du rédacteurHélène Clément

Kirghizistan - Au pays des nomades

Vallée de Sasyk Bulak — L’été, les bergers kirghizes montent au jaïloo (pâturage) avec leur bête et y établissent leur campement pour quatre mois. Là-haut, le cheval est plus que jamais un compagnon de labeur. Banni sous le régime soviétique, qui n’avait que faire d’un grimpeur économe et, qui plus est, nomade, alors que Moscou prône la sédentarité, le cheval kirghiz renoue avec sa culture. Chevauchée dans les Tian Shan, à la rencontre de ces nomades et de leurs coutumes.


Et quel incroyable panorama ! Succession de cimes enneigées et de sommets effilés, belles rivières, lacs turquoise, immenses pâturages tapissés de fleurs, troupeaux de chevaux en liberté, moutons… Plus dur à voir : des loups, des moutons Marco Polo, des léopards des neiges. On ne soupçonne pas l’ampleur des montagnes en Kirghizie. Impressionnant ! La plupart des massifs culminent entre 4000 et 5000 mètres. Certains sommets dépassent 7000 mètres.

Blotti entre le Kazakhstan, la Chine, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan, on n'a qu'une idée confuse de ce petit pays d'Asie centrale: des paysages démesurés, un peuple intimement lié au nomadisme et une culture authentique que 70 ans de communisme n'ont pas subjugué. Voilà un pays hospitalier, sans grande ville ou monument, sans artifice ni fla-fla.

Un fracas, amplifié par l'écho de la montagne, déchire le silence du matin. Le claquement des fouets résonne, suivi du martèlement des sabots des chevaux qui fait trembler le sol. Les tchabanes lancent des cris à tout rompre, encouragés par les tout-petits qui, fouet à la main et pouce dans la bouche, tentent d'imiter leur père. Ici, on apprend à monter avant de marcher.


Un voyage au pays du nomadisme signifie lâcher prise avec ses petites habitudes de vie aisée. Rares sont les endroits sur la planète où l'on peut rencontrer un peuple autant en osmose avec la nature et encore à l'abri du matérialisme occidental. Cela, malgré sept décennies d'une politique de sédentarisation et de modernisation soviétique.


La rencontre en montagne avec les nomades n'est pas un cliché. C'est une réalité concrète qui n'a rien d'un roman à l'eau de rose. L'été, ces rudes montagnards montent au jaïloo (pâturage d'été) avec leurs bêtes et y établissent leur campement pour quatre mois. «Les Kirghizes restent des éleveurs et des bergers», explique Jacqueline Ripart.


Comme les machines agricoles héritées des kolkhozes ont disparu faute d'entretien et que la voiture, objet de luxe, est encore réservée à une minorité, le cheval est plus que jamais un compagnon de labeur. On le croise d'ailleurs partout, dans les rues, sur les routes et les pistes, attelé à la charrette ou plus souvent monté.

Confortablement assis sur une selle recouverte d’une peau de mouton, en aucun moment nous avons souffert de douleurs au dos ou aux jambes. Pourtant, nous passions en moyenne cinq à six heures par jour à cheval. Et tout un montagnard, que ce cheval pas très beau ! Il grimpe agilement dans la moraine, à 4000 mètres d’altitude, sans s’essouffler, traverse les rivières houleuses d’un pas assuré et dévale des sentiers escarpés et boueux avec un aplomb admirable.


Un peu à l’image du Kertag, ou cheval de Prjevalski, du nom du naturaliste d’origine polonaise et officier de l’armée impériale russe Nikolaï Mikhaïlovitch Prjevalski, qui a découvert en Djoungarie, à la fin des années 1870, des ossements du petit cheval sauvage.

La porte d'un bozu est toujours ouverte au visiteur;, le thé, le koumiss, le pain, la crème, la confiture et le miel n'attendent que lui et l'invitation ne se refuse pas. Le samovar fume en permanence. En montagne, dès qu'on s'approche d'une yourte, on nous invite à enlever nos souliers, à passer à droite si on est une femme et à gauche si on est un homme; on nous offre un piala (petit bol) pour le thé que la maîtresse de maison ne remplira pas nécessairement. C'est bon signe: on tient à vous! Un bol plein aurait été une subtile invitation à prendre congé.


Le koumys, est une boisson traditionnelle consommée quotidiennement par les bergers. On dit qu’il a de grandes vertus thérapeutiques. Les Soviétiques croyaient d’ailleurs aux propriétés curatives du lait de jument fermenté.

Bien que le pays soit accessible à tous, un voyage au Kirghizistan, ce n'est pas pour tout le monde. Il faut vraiment avoir envie de lâcher prise. Mais tous ceux qui auront la chance d'y mettre les pieds avant que les investisseurs découvrent ce petit joyau en reviendront réellement transformés. On n'y rencontre encore que du vrai. Salam aleykum!


Le meilleur moment pour aller au Kirghizistan se situe entre la mi-juin et la mi-septembre. C’est à cette époque, l’été, que les semi-nomades transhument vers les jaïloos.


La compagnie kirghize Shepherd’s Way trekking, à Bichkek propose de jolies randonnées dans les Tian Shan et autour du lac Issyk Koul allant d'une journée et plus. Les propriétaires parlent l’anglais et ont l’habitude des visiteurs étrangers. Ils viennent chercher leurs clients à l’aéroport de Bichkek pour les mener au point de départ, à Barskoon (cinq à six heures de voiture).

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