• Hélène Clément

Version littéraire d'une recette louisianaise de pouding au pain et au chocolat blanc...


Je prends des cours d'écriture littéraire en compagnie d'Éric Emmanuel-Schmitt. Bien sûr j'ai des devoirs. En voici un dans le cadre du cour de l'écrivant (ce que je suis en tant que journaliste) à l'écrivain, du littéral au littéraire: Il s'agissait donc de transformer le texte littéral d' une recette en texte littéraire.

De l'écrivant à l'écrivain...une recette revisitée en mode littéraire


Cuit dans un four à 350 degrés, je répands en 45 minutes dans le gîte une odeur de beurre, de crème épaisse, de sucre, de vanille et de chocolat blanc. Depuis quelques années je suis redevenu si irrésistible que je suis de tous les menus des restaurants en Louisiane.

Je porte plusieurs noms en fonction de ma souche qui remonte à fort loin dans le temps. On dit que Marcus Gavius Apicius, parlait déjà de moi dans son traité gastronomique, le Coelius Apicius, l’un des premiers manuels d’art culinaire de l’histoire de l’humanité.

Je serais aussi un petit cousin éloigné du « Oum Ali » égyptien, du « khumaia» irakien, du « žemlovka » tchèque, du « capirotada » mexicain, du « máglyarakás » hongrois, du

« bread pudding » anglais et j’en passe. Tenez, dans le Nord-Pas-de-Calais, où je nourrissais jadis les familles de mineurs dans une cruelle nécessité, on me nommait

« pain d’chien ». Et oui, j’ai été longtemps dans la tourmente. J’étais destiné aux pauvres, à une époque où le gaspillage était une calamité et mettre du pain au ramas, un péché.

Je suis fricoté avec du pain rassis. Voilà, j’ai trahi le secret. Sept à huit tasses de pain blanc raviront seize personnes. Et c’est à tort que l’on croirait me rendre meilleur en utilisant du pain frais. À défaut de pain sec, taillez le bricheton en cubes que vous ferez sécher la nuit sur une plaque à air libre. À moins de préférer les apposer sur un papier parchemin avant de les loger au four une quinzaine de minutes à 350 degrés, sans leur faire prendre couleur. Renoncer au pain noir, il n’apportera qu’amertume à la douceur.

Au temps pas si lointain où je nourrissais les moins bien nantis de ce monde, le pain rassis ne baignait pas dans trois tasses et demi de crème à fouetter, une tasse de lait, une demi-tasse de sucre, deux cuillérées à café de vanille et dix-huit onces de chocolat blanc grossièrement taillé. Un quintette qui aura bouilloté doucement à feu doux avant d’y plonger sept jaunes d’œuf et deux œufs battus que l’on dilue crescendo dans la chaude mixtion, mais nûment dans du lait, une graisse quelconque, et peut-être un édulcorant.

Une fois sorti du four, on m’accompagne tantôt de crème glacée ou de crème Chantilly surmontée de cannelle ou de muscade, tantôt de chocolat ou de caramel fondu. Quant au bec fin, il m’arrosera de bon cœur de Bourbon. Voilà pour la petite touche Louisianaise!





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Textes et photos par Hélène Clément