• Hélène Clément

Japonica P.Q.



Yuji Yokoyama, Maiko II.

Aujourd'hui débute à la Guilde canadienne des métiers d'art l'exposition Japonica. Quatre artistes d'origine japonaise, deux peintres et deux potiers, y présentent leurs œuvres jusqu'au 19 mars. Nouvelle vie, nouveau pays, nouvelle identité, mais des racines toujours bien ancrées. Japonica raconte à travers une vingtaine de créations les liens que partagent ces artistes qui par amour ont choisi de s'installer au Québec.


Leurs noms: Hisao Matsui, Yuji Yokoyama, Toshiro Tsubokura et Yukari Hazama Iverson. Trois hommes et une femme qu'une passion commune a réunis il y a quatre ans, lors d'une exposition à Montréal. Et rallié par pure coïncidence à une histoire de vie analogue, celle de quatre artistes japonais ayant chacun pris femme ou mari au Canada, à la fin des années 1990.

Fidèle à sa mission de promouvoir les artistes de différentes origines, la Guilde canadienne des métiers d'art est derrière Japonica. «On a voulu témoigner des liens que partagent les quatre Japonais avec l'art, le Japon et leur nouvelle vie au Canada», précise la directrice Diane Labelle. Malgré des expériences culturelles différentes, leurs créations démontrent des racines bien ancrées à leur pays d'origine.

Le style shino

Toshiro Tsubokura donne vie à ses poteries style shino en utilisant une glaise canadienne venue d'Alberta. Un peu à l'instar d'un chef cuisinier qui emprunte des recettes venant d'ailleurs et les adapte en utilisant des produits régionaux: «Je m'efforce de retrouver l'esprit et l'art d'anciens potiers japonais, dont le célèbre Kitaoji Rosanjin (1883-1959).»

Né à Kyoto, Toshiro Tsubobuka s'intéresse jeune à la poterie: «Ma famille fabriquait des tuiles pour les toits des maisons japonaises traditionnelles. Plus tard, j'ai appris la photographie et la lithographie à l'Université Seika de Kyoto. Puis je suis revenu à la poterie en adoptant le style shino. C'est la magie du feu et des éléments naturels, tels la pluie, l'humidité et le froid, qui donne le résultat final à l'émail shino, considéré comme le tout premier émail blanc utilisé au Japon.»

Au Canada, les couleurs du shino varient d'un blanc doux au rose, avec des coulées orangées. «C'est le fer présent dans le sol qui donne cette couleur, dit-il. Les applications d'oxyde de fer sur porcelaine vont cuire dans la glaçure et laisser un dessin marqué.» Le résultat final étonne.

La surglaçure

Yukari Hazama Iverson utilise une autre technique pour réaliser ses poteries: la surglaçure de l'émail. À la différence du style shino, une glaçure obtenue à feu haut et cuite en réduction, la surglaçure exige le contrôle de trois mises à feu et un environnement sans graisse ni poussière aucune. Les peintures composées de cuivre, de cobalt ou de fer seront délicatement appliquées sur l'émail cuit et recuit à basse température.

Parmi les oeuvres de la céramiste, de jolies théières si chères à la vie des Japonais, des bols ornés de petites fleurs et de grandes assiettes représentant une belle fille aux cheveux longs: «C'est Amaterasu, la déesse qui aime les gens, les animaux, la nature, et qui a sauvé la Terre des ténèbres. Elle adore le bonheur.»

Née à Ibara, dans la région d'Okayama, non loin d'Hiroshima, Yukari est arrivée au Canada en 1995 et s'est installée au Nouveau-Brunswick. Elle a fait des études en arts appliqués à Fredericton, se spécialisant en céramique. C'est alors qu'elle rencontre son mari, professeur de poterie. Mais il y a quatre ans, un cancer l'a emporté. «Je tiens le coup grâce à mon art, dit-elle.

Hisao Matsui est né à Mizusawa, ville de la région d'Iwate, au nord du Japon. Il a étudié les arts à l'Université Musashino, à Tokyo, puis travaillé comme directeur artistique et concepteur graphique chez Standard Advertising. Il a rencontré Mary Griffin, alors rédactrice du magazine de la société. Inversement à l'adage disant «Qui prend mari prend pays», Hisao Matsui prendra femme et suivra Mary au Canada. Arrivé à Montréal en 1994, il y amorce une carrière d'illustrateur digital. C'est l'un des meilleurs créateurs d'oeuvres numériques en Amérique du Nord. Ses oeuvres s'inscrivent en page couverture des magazines Time et Business Week.

Hisao Matsui, qui signe sous le nom de Matsu, utilise la peinture à l'huile pour donner vie à ses fleurs. Tulipes, lys, iris, pavots... réchauffent de leurs teintes éclatantes les murs couleur sable de la salle rectangulaire où sont exposées les oeuvres des quatre artistes. Pas de vase ni parure dans ses toiles. Que des fleurs qui éclatent de vie au point de donner l'impression de pousser.

Peintre paysagiste avant tout, Yuji Yokoyama ne se prive pas pour peindre à l'occasion des personnages et objets divers représentant des symboles bien japonais. Comme le Buranku II, une marionnette géante à l'allure d'un samouraï, ou les belles maikos (jeunes geishas qui apprennent leur métier) vêtues d'un kimono en soie surmonté d'un obi: «Pour moi, il est important d'exposer des symboles japonais pour mettre les visiteurs dans l'ambiance.»

Né dans la région de Hyogo, où il a travaillé quelques années comme artisan dans la fabrication de harpes japonaises (kotos), les quelques oeuvres de Yuji Yokoyama exposées à la Guilde représentent surtout des paysages de la région d'Hokkaido, dans le nord du Japon, où l'artiste a bourlingué maintes fois. «La nature y est très belle et le climat très différent de celui du reste du pays. Hokkaido connaît des étés frais et secs et des hivers rigoureux. Comme au Québec. Et les tempêtes de neige en provenance de Sibérie ne sont pas rares à Hokkaido.»


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Textes et photos par Hélène Clément