• Hélène Clément

Tourisme Suisse - Soleure la magnifique

De la Suisse, on connaît Zurich, Genève, Bâle, Lausanne, Berne, Bellinzona… mais pas beaucoup Soleure — Solothurn en suisse-allemand. Pourtant, cette jolie ville baroque, située en Suisse alémanique, au pied du Jura et en bordure de l’Aar, n’est pas sans attraits, sans histoires et sans légendes. À commencer par l’énigmatique chiffre 11 et son lien avec cette cité du Nord.


Publié dans le Devoir du 12 novembre 2016



Onze. Un chiffre dont on se souvient longtemps après avoir séjourné dans cette charmante petite ville baroque (et au-delà de son architecture), de Suisse, située à 90 kilomètres de Zurich, à 30 km de Bienne — siège du groupe horloger Swatch et de la marque horlogère Rolex — et à 80 km de Luzerne. Ici, à Soleure, on s’amuse avec le fameux chiffre.


Il ne faut donc pas s’étonner d’apprendre d’entrée de jeu que, dans cette cité qui fut le siège des ambassadeurs français de 1530 à 1792 — l’architecture baroque de Soleure date de cette époque —, on retrouve 11 musées, 11 églises, 11 chapelles, 11 tours, 11 fontaines, une horloge qui indique en tout temps 11 h, et que la bière soleuroise porte le nom d’Öufi, ou 11.



« Mais c’est la cathédrale Saint-Ours qui incarne le mieux, à Soleure, la symbolique de ce chiffre sacré, précise notre guide Suzanne Im Hof. Sa reconstruction, au XVIIIe siècle, a duré 11 ans, l’escalier qui mène au parvis est composé de trois fois 11 marches, le clocher à bulbe cuivré a une hauteur de six fois 11 mètres et abrite 11 cloches, les bancs sont disposés par rangs de 11, les tuyaux de l’orgue se divisent par groupes de 11 et on y retrouve 11 autels. »


C’est en l’honneur des saints patrons de la ville, Ours et Victor, morts à Soleure, que cette cathédrale, reconstruite sur le site de la vieille basilique selon les plans de l’architecte tessinois Gaetano Matteo Pisoni, fut nommée Saint-Ours.


« La légende raconte que les deux martyrs romains, qui faisaient partie de la 11e légion thébaine, auraient été décapités sur un pont de la cité pour avoir professé haut et fort leur foi chrétienne, explique Suzanne Im Hof. À la gloire des miracles qui leur furent associés, ces deux légionnaires envoyés au nord pour élargir l’Empire romain devinrent les saints de la ville.»


Décidément, cette cité est indissociable du chiffre 11. Jusqu’au canton de Soleure qui, par un curieux hasard, aurait été le 11e à rejoindre la Confédération suisse, en 1481.


Et si tous les Suisses ne peuvent en un tournemain montrer du doigt Soleure sur une carte géographique, beaucoup d’entre eux connaissent l’expression « être sur Soleure ». Il suffit de mentionner à un Suisse d’origine le nom de cette ville qualifiée de « la plus baroque de la Suisse » par les guides touristiques, et la probabilité qu’il connaisse l’expression est grande.


« Cette phrase remonte au XVIe siècle, au temps où l’on transportait par bateau les tonneaux de vin en provenance de Bienne, raconte Olivier Schlegel, propriétaire du restaurant Le Léman à Montréal. Le voyage était long et les convoyeurs qui avaient tendance à abuser du contenu des tonneaux arrivaient ivres. Les Soleurois entendaient résonner leurs voix sur l’Aar et disaient : “ Ça y est, ils sont sur Soleure. ” L’expression, qui signifie être saoul, est demeurée. »


Mais Soleure n’est pas qu’une ville charmante qui fut jadis l’établissement des légats français (1530-1792), où moururent en martyrs deux légionnaires thébains, où Napoléon passa en trombe, où Casanova aurait chanté la pomme à une jolie Soleuroise à l’historique (et bel) hôtel de la Couronne et où le chiffre 11 et ses multiples semblent inscrits dans son ADN.



La ville en onze étapes


Afin de respecter le symbolisme du chiffre 11, voici donc le résumé en 11 étapes d’un séjour de 24 heures à Soleure — par temps pluvieux, en chemin vers Crans-Montana, dans le Valais. Et sachez que ces 11 suggestions ne sont qu’un très petit échantillonnage des attractions de la ville et de ses environs. En fait, multipliez par au moins 11 les choses à faire ici et aux alentours.


La ville basse. S’y trouve la gare de train où se côtoyaient jadis artisans et sans-le-sou ni maille. Pour arriver à la ville haute à pied, il faut 11 minutes, le temps de traverser l’Aar en imaginant les convoyeurs saouls sur cette rivière où l’eau, couleur émeraude par très beau temps, passait au rouge sang le jour de la semaine où l’on égorgeait les animaux à l’abattoir, juste à droite du pont.


Le Solheure. C’est dans ce vieux bâtiment brun sur les berges de l’Aar, construit par deux familles nobles de la cité pour s’exercer au jeu de paume, puis plus tard transformé en abattoir, qu’il faut aller prendre un verre. Cet édifice historique est devenu un restaurant branché


Le pont de Kreuzacker. De ce pont qui enjambe l’Aar, on bénéficie d’un beau panorama sur la ville haute. Au-dessus des toits, on aperçoit la tourelle de l’église des Jésuites, la tour de l’Horloge et le clocher de la cathédrale Saint-Ours. À droite, l’abattoir et à gauche, le palais des Besenval.


Le palais des Besenval. Cette résidence a été construite par Jean Victor de Besenval de Brünstatt, né à Soleure en 1671. Diplomate au service de la France, cet officier a servi le roi de France Louis XIV dans de nombreuses missions diplomatiques. Le palais abrite un restaurant de renom.


Les ruelles pavées de la ville haute. La vieille ville piétonne foisonne de bâtiments fortifiés, de musées, d’hôtels particuliers, de boutiques et d’épiceries fines, de jolies fontaines — chacune ayant son histoire —, de bons restaurants, de pâtisseries gourmandes et de bars où il fait bon flâner.


Tour de l’Horloge. « C’est le plus vieux bâtiment de la ville, construit au XIIe siècle, explique Suzanne Im Hof. Dans la tour, un jacquemart frappe sur la cloche avec un marteau. Sous le cadran, on distingue trois symboles : le chevalier, le roi et la mort, qui indiquent à chaque heure le sens de la vie. L’horloge astronomique, réalisée en 1545, sonne les jours, les mois et les années. »


Cathédrale Saint-Ours. De l’extérieur, elle est très imposante, mais il faut y entrer pour voir en son choeur, entre autres, le colossal maître-autel en forme de sarcophage de Carlo Luca Pozzi. Et si possible avec un guide qui vous expliquera la symbolique du chiffre 11 associée à cette cathédrale du néoclassicisme suisse en marbre de Soleure. Il doit bien y avoir un Quasimodo qui se cache entre les 11 cloches (neuf d’origine) du clocher à bulbe cuivré haut de 6 fois 11 mètres.




L’église des Jésuites. On ne peut être que d’accord avec Patrick Oberson, directeur général pour le Canada de Swiss International Air Lines (SWISS), natif de Soleure, selon qui « cette église baroque construite entre 1680 et 1689 — bien que moins impressionnante que Saint-Ours — est charmante. Et les ouvrages en stuc de style italien, ornés de motifs végétaux, sont très photogéniques. »


Le restaurant Zunfthaus zu Wirthen. Cette ancienne maison de corporation d’environ 500 ans d’histoire abrite un petit hôtel et un restaurant tout en boiseries patinées et fenêtres à vitraux. On y vient pour son atmosphère, mais aussi pour sa tarte flambée à la soleuroise et sa soupe au vin.


La maison Suteria. Cette confiserie est une institution à Soleure. On y concocte depuis plus de 100 ans un gâteau si bon qu’on en dévorerait au moins… 11 pointes. Inventée il y a 100 ans par Albert Studer, la recette de cette tourte meringuée aux noisettes et à la crème a été inscrite, en 1928, à l’Institut de la protection intellectuelle. Déguster ce gâteau au Suteria prend tout son sens.


La Fée verte. Dehors, c’est la grisaille. Et après ? N’est-ce pas le moment idéal pour se réchauffer le coeur à l’absinthe ? Tenez, ça vous dirait, une Fée verte de Val-de-Travers — petite commune située à environ 90 kilomètres à l’ouest d’ici — au bar La Fée verte, à deux pas de la cathédrale ?


Et puis, ça aidera à digérer tourte, soupe au vin et brochette flambée au cognac. Cette liqueur n’est-elle pas utilisée depuis l’Antiquité comme remède pour la fièvre, la dysenterie et les maux d’estomac ? Et hop ! Un peu de sucre dans une cuillère, de l’absinthe, et adieu mal de gorge !


D’accord, l’absinthe ne fait pas l’unanimité. On dit qu’elle rend fou, aveugle et qu’elle provoque des convulsions. À cause de la thuyone, une molécule qu’on retrouve dans la plante d’absinthe.


L’absinthe du Val-de-Travers, berceau de cette liqueur, fut interdite en 1910, mais on continua de la fabriquer sous le manteau. Ce n’est qu’en 2005 qu’elle est redevenue légale en Suisse.

Et si vous entendez la cloche de minuit sonner 11 coups, ne mettez pas ça illico sur la faute de la fameuse liqueur. Vous êtes à Soleure. Et ici, « onze délecte » avec ce « chiffre sacré ».


EN VRAC


S’y rendre. La compagnie Swiss offre un vol direct Montréal-Zurich. De là, on prend le train à destination de Soleure (une heure). Les trains sont un bon choix pour se déplacer en Suisse. Ils sont nombreux et vont partout. Mieux vaut voyager léger, avec un sac à dos ou une valise à roulettes de qualité, surtout sur des chemins pavés comme en haute ville. Pour qui partira en voyage de ski prochainement, et jusqu’au 30 avril, Swiss (partenaire d’Air Canada) ne demande aucun supplément pour le transport des skis, bottes et planches à neige. swiss.com.

La Swiss Travel Pass permet de sillonner le pays dans tous ses recoins. La passe donne droit aux itinéraires panoramiques, aux trajets urbains en tram et en autobus dans 75 villes, à un accès gratuit dans plus de 480 musées et à une réduction de 50 % sur la plupart des chemins de fer de montagne et téléphériques. Du train au bateau, au funiculaire, aux remontées mécaniques, tout est possible. Pour les formules qui vous conviennent le mieux : swiss-pass.ch.

Dormir. Le Baseltor, dans la vieille ville, est un très bon choix. C’est un hôtel-boutique historique de 15 chambres dans une ancienne maison des chanoines du XVIIe siècle, joliment décoré, où la coopérative a su bien amalgamer l’ancien et le nouveau. Les chambres sont petites, mais confortables et bien équipées : myswitzerland.com.

Visites guidées. Vieille ville, visite pour les personnes malvoyantes ou les gourmets ; le 11, chiffre magique ; Tours ; portes et murs ; baroque ; églises ; les saintes ; les dames ; les filles de Soleure ; les saints, sorcières et bourreaux ; Moyen-Âge ; les Romains ; les ruelles et leur nom ; bateau Öufi, E-bike… solothurn-city.ch.

Les villes de Soleure et Bienne sont reliées par des chemins réservés aux vélos, patins à roulettes, marcheurs… mais il y a aussi l’Aar, où l’on peut se baigner et voyager en bateau. La croisière pour Altreu, un village de cigognes unique en Europe, est fortement conseillée.

Quelques événements d’envergure à Soleure. Le marché du Chlausemäret (de la Saint-Nicolas), les 7 et 8 décembre, et le Soledurner Weihnachtsmarkt (de Noël) du 14 au 18 décembre. La crèche de Soleure, une réalisation du couvent Saint-Joseph-de-Soleure, fondé au milieu du XVIIIe siècle. L’Avent au monastère. Les Journées cinéma suisse du 19 au 26 janvier. Le Carnaval de Soleure du 22 février au 1er mars.



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Textes et photos par Hélène Clément