• Hélène Clément

Honduras - Un petit pays, trois mondes




Trois mondes: lesquels? La civilisation précolombienne qu'on découvre à travers les ruines mayas de la cité antique de Copan, une culture hispano-américaine agrémentée d'une joie de vivre latine et une nature tropicale abritant une faune et une flore riches. Une destination soleil moins connue que le trio classique Mexique-Cuba-République dominicaine mais qui, parions-le, sera plus fréquentée et appréciée à sa juste valeur dans quelques années.


Profitons-en pour prendre une longueur d'avance sur les touristes qui bientôt envahiront le Honduras. Du moins, c'est ce que recommande Pierre Couture, propriétaire de l'hôtel Maya Vista à Tela, une petite ville portuaire située au nord-ouest du pays, sur la côte caraïbe: «Les plages sont belles, les îles de la baie sont entourées d'une superbe barrière de corail, la deuxième plus grande au monde, le site archéologique de Copan est spectaculaire, les gens sont sympathiques, on mange bien, les prix sont accessibles et il y a peu de touristes.» Mais ça risque de changer. Car, depuis une dizaine d'années, on voit pousser de plus en plus d'hôtels dans le pays.

Et avec raison. Après tout, ce petit pays d'Amérique centrale au tourisme balbutiant, baigné par la mer des Caraïbes au nord et à l'est, le Nicaragua au sud, l'océan Pacifique et le Salvador au sud-ouest et le Guatemala à l'ouest recèle mille et un trésors dont certains ont jusqu'à 10 000 ans d'histoire. Pas étonnant que les Honduriens, frappés à leur tour par la fièvre du tourisme après des années de vaches maigres, aient envie de présenter leurs joyaux.

Tela est une ville tropicale entourée de plages et de réserves naturelles. L'ancien port de bananes est encore loin de faire partie des grandes stations balnéaires du monde mais développe tout de même son potentiel touristique avec un enthousiasme décapant. Et communicatif aussi!

«Nous avons vite été séduits par le rythme latin et la gentillesse des gens d'ici», expliquent Pierre et Suzanne Couture, qui gèrent depuis 1995 un petit hôtel rouge perché au sommet d'une colline, face à la mer. «Nous sommes arrivés à Tela en décembre 1992 avec nos deux enfants, alors âgés de 9 et 12 ans. Coup de foudre. Un an plus tard, on ouvrait un petit restaurant dans notre maison puis, comme l'expérience avec les gens nous plaisait, on a décidé d'acheter un terrain et de construire l'hôtel. Aujourd'hui, on gère en famille le complexe hôtelier. Les enfants ont tenté un retour au Québec mais ils ont déchanté. Le Honduras est leur pays d'adoption.»

À l'ouest de la ville, l'hôtel Villas Telamare attire d'abord les fervents de la formule tout-compris mais aussi... notre attention. Cette «ville dans la ville», comme la décrit le guide Ulysse, propose 17 appartements, 42 villas et 40 chambres dispersées sur un vaste terrain bordé d'une longue plage. Autrefois, on logeait ici les directeurs de la United Fruit Company et leur famille.

Vers les années 1890, les magnats américains de la banane ont fait du Honduras le plus grand exportateur mondial de ce fruit. L'United Fruit Company et la Standard Fruit Company gouvernaient alors certaines portions du pays comme de véritables fiefs.

On imagine le pouvoir économique et politique que ces entreprises exerçaient sur l'ensemble du Honduras. Bien que la société ait depuis longtemps rompu ses liens avec le chemin de fer en question, la principale filiale active de Chiquita Bands au Honduras s'appelle encore la Tela Railroad Company.

Il aurait fallu quelques jours de plus à Tela pour découvrir les villages garifunas de San Juan, Tornabé, Miami et Triunfo de la Cruz. Celui de Corozol, à l'est de la Ceiba, sera ma dernière chance de rencontrer les uniques descendants des Arawaks caribéens à ne pas avoir vécu l'esclavage. Huit mille âmes, la plus grande concentration garifuna du pays, y vivent de pêche.

C'est à Finca Santa Isabel, dans une plantation de café nichée à flanc de montagne près de Copan, que j'ai bu l'un des meilleurs cafés de ma vie. Le propriétaire et concepteur Don Raul Welchez gère l'entreprise de 80 hectares depuis 1963. La visite, qui dure un peu plus d'une heure, se déroule dans la vieille partie de la plantation, à l'ombre de vieux pins et de vénérables acajous, domiciles rêvés d'une grande variété d'oiseaux.

Le moment est peut-être opportun d'apercevoir le quetzal ou le guacamaya, ce magnifique perroquet rouge aux ailes jaunes et bleues.

C'est aussi dans cette plantation de café qu'on découvre le caco, un arbre énorme dont le tronc répand une odeur de merde si forte qu'aucun insecte n'ose s'en approcher. Une façon certes naturelle d'éloigner les belligérants à six pattes sans tout l'arsenal classique d'insecticides. D'ailleurs, la plantation de café de Don Raul a pris pour objectif la certification Rainforest.

L'architecture et les rues pavées et pentues de Copan Ruinas rappellent tout à fait le Mexique colonial et confèrent à la fameuse petite ville de montagne un charme européen indéniable. Les habitants de la place se targuent même d'occuper l'endroit le plus visité du Honduras.

Copan, situé à 13 kilomètres du Guatemala, dans la province de Santa-Barbara — le Honduras est divisé en 18 provinces — , est aussi un des derniers villages à l'ouest du pays à avoir de l'électricité. «À vingt minutes d'ici, c'est à la bougie qu'on s'éclaire», raconte Roger, notre guide.

Par bonheur, le Museo de Esculptura de Copan, au départ de l'Acropole, prépare à la visite des ruines. Le bâtiment lui-même se veut un hommage au symbolisme maya. Les visiteurs entrent par la bouche d'un serpent et se retrouvent dans le musée à l'intérieur du corps tortueux du reptile. La salle d'exposition évolue autour du remontage, grandeur nature, du temple Rosalila.

Ce musée permet au voyageur de mieux faire connaissance avec cette grande civilisation du premier millénaire de notre ère et ses structures monumentales: pyramides, temples, sculptures. Le genre de visite qui reste à jamais gravée dans la mémoire! D'autant que le site de Copan compte plus de hiéroglyphes, de stèles et de marches que tout autre site du Nouveau Monde. Il est également le plus étudié du monde maya, ajoute Roger.

On comprend le redoutable flibustier Henry Morgan d'avoir établi, un certain temps du moins, ses pénates sur l'île de Roitan, à quelques kilomètres de la côte du Honduras. Et on comprend aussi Piero Dibattista, président du Henry Morgan Resort, d'avoir quitté son Italie natale pour cette île charmante baignée par les eaux turquoise de la mer des Caraïbes et entourée d'une barrière de corail à donner des frissons aux mordus de plongée sous-marine.

Apportez vos maillots de bain et vos souliers de course, c'est la seule consigne. On monte dans la voiture, et en route pour un tour de l'île. «Il y a 17 ans, il n'y avait pas de route à Roatan, la vie se jouait au bord de l'eau, voilà pourquoi les maisons sont sur pilotis», raconte Piero. Coxen Hole est le principal centre économique de l'île où l'on peut échanger de l'argent et acheter ses billets de traversier ou d'avion.

C'est aussi là que se trouve l'orphelinat où Piero investit un peu de son temps. Il fournit de la nourriture et une fois par semaine invite les enfants à venir se baigner à l'hôtel. C'est que notre propriétaire de resort fait dans le tourisme équitable.

Puis, vers midi, le véhicule s'arrête au coeur d'un chantier de construction en pleine forêt tropicale. Nous descendons. On emprunte un sentier pédestre jusqu'à une petite anse sauvage. «C'est ici», lance Piero.

Dans la baie à 100 mètres de la plage, un magnifique catamaran est ancré. C'est là que nous déjeunerons. On s'y rend à la nage. Jamais n'ai-je vu une eau aussi claire!

Brochettes de crevettes grillées et salade de pieuvre composent le menu. «La plus grande des Islas de la Bahia regorge de fruits de mer, tous les homards de chez Red Lobster viennent de Roitan, poursuit Piero. Pour éviter des problèmes d'insalubrité, je ne sers que des produits frais à l'hôtel. Même la glace est faite maison.» On entrevoit ici le petit côté raffiné italien...

Et le chantier de construction? Eh bien, c'est le sien! D'ici l'année prochaine, l'espace vierge et sauvage que l'on contemple du bateau depuis une bonne heure sera transformé en un tout-compris. «Mais pas n'importe lequel», rassure Piero. Un hôtel écologique, tout en bois de la région, où les arbres continueront de pousser à travers terrasses et balcons.

Il y aura 120 bungalows et six suites avec vue sur la mer, trois cafés avec jacuzzi et un restaurant végétarien. De toute façon, la terre était à vendre, aussi bien qu'elle tombe entre les mains de cet Italien raffiné.

Voilà, c'est ça, un voyage au Honduras: un cocktail caraïbe d'étrangeté tropicale et d'urbanité européenne, une terre peuplée de 6,5 millions d'habitants coincée entre trois pays dont les noms demeurent dans notre imaginaire synonymes d'agitation politique et le souvenir d'un ouragan dévastateur. Mais, en prime, de belles plages, quelques beaux sites, un peuple sympathique et une nature magnifique.

En vrac

- Lecture: le guide Ulysse Honduras.

- Le Honduras se visite à l'année. La saison des pluies se limite aux mois de novembre à décembre. L'été, il est fait beau et chaud. On peut facilement organiser son voyage à la carte ou choisir l'un ou l'autre des nombreux tout-compris. «Les transports en commun sont très bien organisés (et dès l'arrivée à l'aéroport) dans le pays, mieux qu'au Costa Rica, affirme Pierre Couture, propriétaire de l'hôtel Maya Vista à Tela.

- La location de voiture est possible mais on recommande plutôt de prendre autobus et taxi afin d'éviter les désagréments causés par un bris de véhicule. Un taxi coûte environ 60 $CAN pour la journée. À quatre, c'est intéressant.

- Parmi les agences réceptives fiables au Honduras, mentionnons Garifuna Tours. www.garifunatours.com.

- Hébergement. Tela: hôtel Maya Vista, www.mayavista.com (service de bus attitré); hôtel Villas Telamar, www2.hotelvillastelamar.com. Roitan: Henry Morgan Resort. www.henrymorganroatan.info. La Ceiba: The Lodge at Pico Bonito. www.picobonito.com.

- Il y a trois heures de décalage entre le Honduras et le Québec. Lorsqu'il est 21h ici, il est 18h à Tegucigalpa, la capitale du pays.

- La devise est le lempira: environ 16 lempiras pour 1 $CAN. Publié dans le Devoir du 31 mars 2007


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Textes et photos par Hélène Clément