• Hélène Clément

Allemagne Tradition, romance et modernisme




Doux mélange de modernité à l'américaine et d'urbanité façon vieille Europe, inventive, perfectionniste, articulée, l'Allemagne carbure — comme sur les autoroutes! — à la vitesse d'une comète. Technologie et architecture de pointe, plaisir de vivre et romantisme, le pays tout entier fonce et cultive sa différence. De Francfort à Heidelberg, de Maulbronn à Stuttgart, de Munich à Nuremberg: aperçu d'un mode de vie made in Germany.


Le long de l'autoroute, entre Francfort-sur-le-Main et Heidelberg, les champs d'asperges blanches alternent avec ceux de colza, d'un jaune éclatant. Dans les aspergeraies, des cueilleurs venus de Pologne s'affairent autour des buttes sablonneuses recouvertes de plastique.

Ici, plus au sud, la saison bat son plein depuis la mi-avril. Le noble légume blanc, dodu et ferme, est sur tous les étals. Et pas de gaspillage! Entiers, cassés ou les têtes seulement, on en vend toutes les parties.

Récoltées le matin, les asperges sont servies bien fraîches le midi, recouvertes de beurre chaud ou de sauce hollandaise et accompagnées de pommes de terre bouillies, de jambon, d'une salade verte et d'un verre de vin blanc de Franconie. L'Allemagne détiendrait la tête du palmarès des mangeurs d'asperges. Jusqu'au 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, patron de la récolte des asperges, on les retrouvera au menu de tous les restaurants du pays, quasiment sans exception.

Bien que nous roulions à 140 km/h, la plupart des autos nous dépassent. So! Ce n'est pas le moment de rivaliser avec une Roadster SLR McLaren aux allures de Formule 1. Autrement, la conduite automobile en sol germanique est relativement simple; le réseau routier ressemble au nôtre, sauf qu'il est beaucoup mieux entretenu: important sur des routes sans limite de vitesse. Dans la voie du centre, on carbure facilement à 160 km/h et dans celle de gauche... à plus de 200 km/h. L'Allemagne est sans contredit le royaume de la voiture performante.

C'est en parcourant le land du Bade-Wurtemberg, troisième au pays en importance démographique et économique, qui détient le plus grand nombre de brevets d'invention, et celui de la Bavière, le plus méridional des 16 länder allemands, tout aussi prospère, que notre groupe sera initié aux us et coutumes allemands.

L'expérience aurait pu être vécue ailleurs en Allemagne car tout le pays jouit d'un franc plaisir de vivre, de traditions fortes et d'une histoire riche qu'on découvre au fil des visites dans les musées, glyptothèques, pinacothèques, châteaux, monastères, cafés... Une longue et captivante histoire ponctuée d'époques glorieuses mais aussi de moments très sombres que les Allemands ne sont pas près d'oublier.



Oui, l'Allemagne a choisi de vivre avec son passé. Le vitrail de la cathédrale d'Ulm consacré aux juifs, montrant tout en bas les déportés destinés à être assassinés, en est un exemple; le Centre de documentation sur l'ex-site des congrès du parti nazi à Nuremberg, un autre.

«Si Adolf Hitler a arrêté son choix sur Nuremberg pour y tenir chaque année les congrès de son parti, c'est en partie pour sa situation géographique au centre de l'Allemagne et en partie pour son excellent réseau de chemins de fer, raconte Thomas Schmechtig, notre guide. Nuremberg, la plus allemande des villes allemandes, comme le dictateur aimait la surnommer, avec ses églises gothiques, ses maisons à colombage et son château fort, offrait un décor idéal. Le Führer y voyait un lien symbolique entre le Saint Empire romain germanique et le IIIe Reich.»

Les congrès du Parti nazi attiraient à Nuremberg jusqu'à un million de personnes durant une semaine, chaque jour étant consacré à une organisation nazie. «À partir de 1934, on entreprit de gigantesques travaux pour créer le cadre nécessaire à la mise en scène des défilés et manifestations de masse, poursuit le guide. D'une superficie de 11 kilomètres carrés, l'emplacement prévu pour les six bâtiments devait être quatre fois plus étendu que la vieille ville.»

Les vestiges du podium sur lequel se tenait Hitler s'y dressent toujours, ainsi que le palais des congrès inspiré du Colisée de Rome. L'oeuvre magistrale, inachevée, sert encore d'entrepôts pour la ville ainsi que de studio d'enregistrement pour l'Orchestre symphonique de Nuremberg. L'affectation de ces bâtiments, comme celle d'autres vestiges du IIIe Reich, fait toujours l'objet de discussions, certains considérant qu'un usage commercial n'est pas une bonne façon d'assumer l'histoire. On ne sait donc pas encore que faire de ce site hanté par le spectre nazi.

Par contre, un centre de documentation créé dans l'aile nord du palais et inauguré le 4 novembre 2001 explique aux visiteurs le rôle clé de Nuremberg dans l'Allemagne nazie.

Esprit grégaire

Parmi les clichés tenaces sur le pays, celui d'une société travaillante, organisée et perfectionniste, qui digère mal l'erreur, n'est certes pas infondé. Comme celui qui prétend qu'à la moindre occasion, ce peuple fêtard, en culotte de cuir, avale chopes de bière et jarrets de porc autour de grandes tables, dans les Stube où aux terrasses des auberges, en chantant à tue-tête. Ce qui n'est pas faux! Il suffit de penser à l'Oktoberfest de Munich, cette fameuse fête de la bière à laquelle participent bon nombre d'Allemands et qui attire chaque année plus de sept millions de visiteurs. On parle de la plus grande fête populaire au monde, célébrée sur le pré de Thérèse (Theresienwiese) depuis le 12 octobre 1810, jour des noces du futur prince héritier Louis Ier de Bavière et de la princesse Thérèse von Sachsen-Hildburghausen.

Hormis la bière, les Allemands sont également très friands de café, de gâteaux, de tartes aux fruits et de glaces. Ils se réunissent volontiers en fin d'après-midi pour le Caféklatsch (Klatsch signifiant potins, cancans) dans un salon de thé ou un chic café, nombreux au pays. On y déguste alors de délicieux gâteaux accompagnés de crème fouettée, de crème vanillée et petits fruits rouges.

À la maison, ces rencontres amicales se poursuivent jusqu'en soirée. On sort alors mousseux, charcuteries, fromage et pain (incroyablement bon au pays de Goethe) sous toutes ses formes: blanc, brun, beige, noir, triangulaire, carré, rond, rectangulaire, avec ou sans graines...

Notre itinéraire nous conduit d'Heidelberg à l'abbaye cistercienne de Maulbronn, une construction du XIIe siècle classée au patrimoine mondial de l'UNESCO; à Stuttgart, capitale du Bade-Wurtemberg et patrie de Gottlieb Daimler, pionnier de l'automobile, inventeur de la moto et fondateur de la marque Daimler devenue Daimler-Benz AG, puis Mercedes-Benz à l'arrivée d'Émil Jellinek et de Carl Benz; à Ulm où Einstein a vu le jour; puis à Munich et Nuremberg.



Au-delà des clichés qui collent à ce pays de plus de 82 millions d'habitants, quatre fois plus petit que le Québec, où, le matin, on peut acheter ses oeufs à la ferme pas trop loin et le soir aller à l'opéra à vélo, on y fait à tout moment des découvertes surprenantes.

En exclusivité, à deux pas de l'usine mère où fut développé le premier moteur à essence en 1903, le Musée Mercedes Benz à Stuttgart retrace 120 ans d'histoire automobile. On retrouve, sur neuf niveaux, 160 voitures de marque. Le visiteur traverse sept époques: l'invention de l'automobile (1886-1900), Mercedes (1900-1914); diesel et turbo (1914-1945); le miracle de l'après-guerre (1945-1960); sécurité et environnement (1960-1982); et les Flèches d'argent, courses et records. Les enfants peuvent bénéficier d'une visite ludique.

Sur la colline Killesberg, également à Stuttgart, le Musée Weissenhof, installé dans La Maison Le Corbusier, raconte l'histoire de la construction de la cité à l'occasion de la Confédération du travail «Le logement», en 1927. Dix-sept architectes de cinq pays européens participent à cette construction moderne et fonctionnelle empreinte de rigueur, de sobriété et de logique. Parmi ces génies de la construction, deux retiennent l'attention: Walter Gropius, le père du Bauhaus, et Le Corbusier.

Onze modèles de l'exposition sont toujours intacts et habités. Le site est aujourd'hui considéré comme l'un des monuments architecturaux les plus importants de l'art moderne. Le musée fut érigé en tant que maison double par les architectes Le Corbusier et Pierre Jeanneret. La demeure compte parmi les constructions les plus renommées de la cité de la Weissenhof. L'intérieur plutôt original est reproduit selon les esquisses et le plan de couleur projeté par Le Corbusier. Le mobilier de l'époque est dans le style de la tradition de l'art Bauhaus.

La cathédrale d'Ulm

Ouf! Il ne reste que quelques marches à grimper sur les 768 avant d'atteindre le sommet du clocher de la cathédrale d'Ulm, le plus haut du monde, à 161 mètres. L'effort est récompensé: au pinacle, on a tout le plaisir d'admirer en détail les sculptures gothiques ajourées de la flèche tout en bénéficiant par beau temps d'une vue sur les Alpes.

La plus grande église protestante du monde loge jusqu'à 2000 personnes assises. Au Moyen Âge, elle en accueillait jusqu'à 20 000! C'est qu'à l'époque, il était dans les moeurs de rester debout pendant les messes. L'intérieur renferme une mine d'oeuvres d'art à couper le souffle une seconde fois, comme les stalles du choeur, sculptées au XVe siècle et ornées de bustes de personnages bibliques, un ensemble de vitraux médiévaux et un tabernacle de 26 mètres de haut.

Un spot de surf à Munich? C'est une blague? Pas du tout. L'Eisbach, l'une des rivières qui sillonne l'Englisher Garten (le Jardin des Anglais), forme un rouleau au niveau de la Prinzregentenstrasse. Et les surfers se succèdent dans l'ordre sur cette vague redoutable. Qui a dit qu'on ne buvait que de la bière à Munich? On cultive aussi muscles et intellect. Et ici, on apprécie le fait que palais et musées côtoient avec bonheur tavernes enfumées et Biergarten.

N'empêche que la plupart des guides de voyage attribuent une grande place à l'élixir doré qui coule à flot durant l'Oktoberfest. On apprend donc dans Le Guide de voyage - Allemagne de National Geographic que l'on consomme durant les 15 jours de festivité environ 700 000 poulets rôtis, 250 000 saucisses, 14 tonnes de poisson, une centaine de boeufs et un nombre incalculable de pretzels. Fêtards, les Allemands ? Non, juste un peu grégaires... En vrac

- La location de voiture coûte cher en Allemagne. Il est souvent plus intéressant de louer un véhicule par l'entremise d'une agence de voyages avant de partir.

- L'Allemagne dispose actuellement d'un réseau ferroviaire de 42 000 kilomètres, exploité par la Deutsche Bahn (DB). Les Inter City Express (ICE), Inter City (IC) et Euro City (EC) relient les principales villes. Les grandes gares disposent d'un réseau de réservation (Reisezentrum). Les voyageurs étrangers peuvent acheter une passe «Special vacances» avant le départ. tél: 018 03 19 41 95.

- Un réseau régional étendu de cars, de tramways, de métros (U-Bahn) et de trains (S-Bahn) sillonne le pays. Les autobus desservent les villages et les petites villes qui ne sont pas reliés au réseau ferré.

- Musée Mercedes-Benz Museum: Mercedesstrasse 100, 70372 Stuttgart, tél: +49 (0) 711 - 17 30 000, www.stuttgart-tourist.de/FRA/loisirs/mercedesbenzmuseum.htm.

- Musée Weissenhof, Rathenaustr: 1, Stutgart, tél: +49 (0) 711. 25 79 187.

Publié dans le Devoir du 26 mai 2007


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Textes et photos par Hélène Clément 

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