• Hélène Clément

Province de Québec - Les attraits méconnus du Pontiac


C’est sur le site des chutes Coulonge que débute la carrière fulgurante de l’entrepreneur et baron du bois George Bryson, à la fin des années 1830.

Publié dans le Devoir du 2 août 2014


La MRC la moins touristique du Québec réserve pourtant bien des surprises. On les découvre en parcourant la route 148 Ouest, entre Quyon et Sheenboro, via Fort-Coulonge. En se perdant aussi sur les chemins de traverse où le passant non initié farfinera, mais sans regret, pour trouver une église, une ferme, un gîte, un village, les meilleures ailes de poulet au monde ou le fantôme d’Al Capone. Un comté mystérieux au tourisme balbutiant, mais prometteur.


On se rappelle peut-être avoir ouï le nom durant un bulletin météo ou lors d’une soirée d’élection, mais sans plus. Qui pourrait en un tournemain pointer sur une carte du Québec cette région située à 40 minutes à l’ouest de Gatineau ? Ou nommer une petite localité parmi les 18 qui composent cette municipalité régionale de comté (MRC) ?


Le Pontiac ? Dépaysant, calme et insolite. Le Far West québécois, mais sans Lucky Luke. Les paysages du Bouclier canadien y sont ravissants. On y parle français mais l’anglais domine. Le Pontissois fait ses courses tantôt en Ontario, tantôt au Québec, en fonction du prix de l’essence ou de la proximité de son village d’avec le centre commercial.




Puis, la plupart des petites villes de ce comté agricole et forestier d’une superficie de 14 170 kilomètres carrés longent la rivière des Outaouais, qui elle-même sépare l’Ontario du Québec. Donc, pour des raisons d’histoire, de géographie et d’économie, le Pontiac a longtemps vécu tourné vers l’Ontario. Pas étonnant que la langue de Shakespeare règne sur l’ensemble du territoire.


Ce Pontiac presque absent du radar québécois n’a pas subi les ravages habituels du tourisme de masse. Les infrastructures touristiques restent discrètes et en (trop) petit nombre et quasi aucun panneau publicitaire n’obstrue la vue sur l’horizon le long des routes. Si bien que, sans carte routière précise du coin, il est certain que le visiteur se trompera plus d’une fois.


Et il est patent aussi que ce même visiteur tombera sur une jolie ferme en bois équarri, une maison géorgienne, un hôtel digne d’un village fantôme du Nevada, une coquette auberge au toit rouge vif, une plage de sable, une église à la façade parsemée d’oeils-de-boeuf, une houblonnière, un cimetière allemand ou un bar d’où résonne une mélodie irlandaise.



« Vous aurez l’impression de venir là où personne ne vient jamais et vous n’aurez pas tort », note Manon Leroux, auteure du guide de découverte du patrimoine L’autre Outaouais. Et on ne peut que donner raison à l’historienne : une seule visite ne suffit pas pour saisir le Pontiac.


D’ailleurs, comme les guides touristiques sur le Québec n’abordent à peu près pas la région, le voyageur qui s’intéresse à l’identité et au patrimoine de ce canton agricole devrait se procurer cet excellent ouvrage. Le livre de 400 pages, qui fournit aussi quelques pistes pour l’hébergement, la restauration et les activités, s’avère vite un compagnon de route précieux.


Un texte historique porte sur chaque municipalité et fournit quantité de données sur les éléments du patrimoine bâti toujours existants. Un passé qui remonte aux Algonquins, à Champlain, à la traite des fourrures, aux colons britanniques et américains, à la drave, au commerce du bois équarri, à l’arrivée des francophones, des Écossais, des Allemands, des Irlandais, des Polonais.


Mode d’emploi


Dans le Pontiac, voyager en mode slow travel — une méthode qui suppose de prendre le temps de découvrir en profondeur une destination et de s’ouvrir à l’environnement local — prend tout son sens. Comme les attractions touristiques et culturelles ne sautent pas aux yeux ici, c’est en parlant aux gens que l’on découvre davantage ce comté qui débute historiquement à Quyon, là où le dernier traversier en service sur l’Outaouais supérieur mène à Fitzroy Harbour, en Ontario.



Mais l’itinéraire historique de 113 kilomètres proposé par Pontiac en Outaouais débute, lui, à Bristol, à la croisée de la 148 — la seule route qui traverse d’un bout à l’autre le Pontiac d’est en ouest — et du chemin Wyman. Le prenant circuit mène jusqu’à Isle-aux-Allumettes, terminus de la 148.


Nous posons nos valises au Spruceholme Inn, propriété de Jane Toller, l’arrière-petite-fille de l’ancien propriétaire des lieux, George Bryson Jr. De là, nous badauderons quatre jours à la recherche des dix panneaux historiques qui jalonnent le fameux circuit le long de l’Outaouais.




La situation géographique de Fort-Coulonge, à mi-chemin entre Bristol et l’Îsle-aux-Allumettes, fait de ce village associé à une grande famille de marchands au milieu du XIXe siècle, les Bryson, un hubidéal. Si le nom n’évoque encore rien pour le profane, Jane Toller se chargera de l’initier. Chaque pièce de sa jolie demeure de pierre, jadis fréquentée par Sir Wilfrid Laurier, est un musée. Photos d’époque, meubles anciens, vaisselle… Tout raconte ici l’époque des Bryson.


« Le parcours de George Bryson est un parfait exemple du petit commerçant de bois indépendant se taillant une place de choix dans ce commerce. Il consacre d’abord dix ans à établir sa domination sur la Coulonge. Il établit son contrôle sur la circulation du bois en construisant sur cette rivière un glissoir : tout commerçant coupant du bois sur l’un des affluents doit payer un droit de passage par bille », explique Manon Leroux dans L’autre Outaouais.




Passage obligé pour qui s’intéresse au passé de la vallée de l’Outaouais, le site des chutes Coulonge met très bien en valeur glissoir et estacades. Un sentier d’interprétation ponctué d’outils de drave et de bateaux raconte l’histoire du flottage du bois, de la construction du glissoir, du mode de vie des bûcherons, des débuts de l’exploitation forestière dans le Pontiac et des compagnies impliquées. Une via ferrata de 600 mètres, épicée de passerelles, de poutres et de longues tyroliennes, permet de photographier le beau canyon du haut d’un mur rocheux. Ouf !


La belle époque


Mais avant de pousser l’exploration plus loin vers l’ouest, un retour sur Bristol s’impose. La municipalité héberge le plus ancien centre de villégiature de l’Outaouais, Norway Bay. Fait unique : l’endroit a été créé par des vacanciers et non par un noyau villageois ou d’un autre lieu.



« Cette colonie de vacanciers est née une cinquantaine d’années avant la grande vague post-1945 qui a permis à des milliers de Québécois de se bâtir ou d’acheter un petit chalet pour la famille », précise Manon Leroux. L’architecture de certains chalets remonte aux années 1910.


L’hôtel Pine Lodge, un imposant bâtiment de billes construit par Charlie Russel, propriétaire d’une scierie, mérite le détour. La décoration intérieure rappelle les années 1930. Bien que moins à la mode, le lieu est toujours prisé des amateurs de golf, de motoneige et de ski de fond. Dommage que personne ne songe à revitaliser ce lieu historique


Un peu au nord de l’hôtel se trouve l’ancienne salle de danse Coronation Hall où les vacanciers de Norway Bay et du Pine Lodge ont dansé au son d’un orchestre jusqu’en 1963. « Aujourd’hui, on y présente concerts et pièces de théâtre et on y célèbre des mariages », explique le propriétaire Greg Graham. Tout à côté se trouve la cidrerie Coronation Hall où la famille fabrique cidre artisanal, tartes et confitures avec les pommiers de son verger.





L’expression « mérite le détour » n’a jamais été aussi pertinente que dans le Pontiac. Ladysmith est une bourgade allemande, dans la municipalité de Thorne, à 20 kilomètres de Shawville. S’y trouvent la plus vieille église luthérienne du Québec, Saint John et son cimetière allemand, une vingtaine de lacs, une forte concentration de bâtiments de ferme traditionnels bien conservés et l’hôtel Ladysmith qui sert les meilleures ailes de poulet de la région.


Il était une fois dans l’ouest


L’originalité niche aussi à l’Isle-aux-Allumettes. « Autrefois partie intégrante du Pontiac, arrêt parmi d’autres dans la route vers les forts, les chantiers ou les terres du Témiscamingue ou de la Madawaska, l’extrême ouest du Pontiac est depuis la fin du XIXe siècle « le bout du monde », là où le train s’arrête, où la grand-route devient simple chemin », écrit Manon Leroux.


C’est aussi la petite Irlande et la fin des terres cultivables. Malgré l’absence de balises touristiques, l’endroit demeure une terre de symboles, celle du vieux fort des Allumettes, du Rocher à l’oiseau, des mélodies irlandaises et du fantôme d’Al Capone. Oui, Al Capone !



« Un matin de 1930, une Oldsmobile noire fait irruption chez l’artiste Albert Demers à Desjardinsville, raconte Manon Leroux. Deux « armoires à glace » en sortent, arme sous le manteau, et l’informent que quelqu’un veut le rencontrer. Yeux bandés, on l’emmène chez le patron, le grand bandit Al Capone, qui possède un pavillon de chasse au nord des Rapides-de-Joachims. Capone a entendu louanger le travail du peintre. L’homme recherché dans toute l’Amérique annonce à Albert qu’il ira peindre des scènes sur les murs de son manoir à Chicago. Le jeune artiste lui demande en tremblant une rétribution de 100$ ; Capone rétorque en lui offrant… 10 000$. À Chicago, Albert décore deux salles sous la garde d’hommes armés… »



En vrac


Dormir. Au Spruceholme Inn de Fort-Coulonge. Une occasion en or de loger dans une des maisons de la famille Bryson et de jaser avec Jane Toller, l’arrière-petite-fille de George Bryson Jr et propriétaire du gîte. La sympathique Torontoise est une encyclopédie ouverte et fait de l’histoire de sa famille la thématique principale de son hébergement.

Aussi, à la coquette auberge Northfolk, une halte de quiétude inattendue dans l’arrière-pays de Chichester. On dort dans une vieille maison de ferme qui surplombe l’immensité du paysage et qui est tenue impeccablement par la famille Fleming. La propriétaire, l’artiste Frances, a transformé la vieille grange à toit rouge en salle de spectacle. L’auberge se trouve à proximité de Fort William, de Chapeau et de l’Isle-aux-Allumettes.


Manger. Au Café 349 de Shawville. Comme le souligne l’auteure Manon Leroux, ce restaurant est « un petit miracle culinaire et une bouée de sauvetage pour le voyageur dans le Pontiac ». Car il faut admettre que la gastronomie n’est pas encore le point fort de la région. Mais Ruth Smiley-Hahn, chef propriétaire du lieu, tente de remédier à la situation en cuisinant avec des produits locaux et les légumes de son jardin. La gazpacho y est excellente.

Aussi, à la ferme cynégétique Livamia, où la chef copropriétaire Vanessa Zhivkov propose un service de traiteur. Super pour les campeurs ou les amateurs de pique-niques. Elle et son mari Stéphane Labine concoctent les meilleurs méchouis du Pontiac : sanglier, porc, boeuf et agneau. Également aux tables d’hôte fort honnête du Spruceholme Inn Restaurant à Fort-Coulonge et de l’auberge Northfolk à Chichester.

Enfin, au restaurant Bateau Royal de Portage-du-Fort, le décor maritime donne l’impression d’être carrément au bord de la mer. On y mange entre autres de très bons sish chips.


Se ravitailler. En légumes, fruits, gelées et confitures, marinades et sauces à spaghetti, à la ferme bio El Camino de Chichester. Pour les mitaines, tuques, foulards : à la ferme d’alpagas Willow Lane de Bristol.


Prendre un verre. Au bar George’s Regal Beagle de Chichester. C’est le lieu de rencontre des musiciens irlandais de la région. Soirée des violoneux le mercredi.


Prendre le thé. À la maison culturelle George Bryson, qui propose des visites guidées du musée, des recherches en généalogie et un salon de thé.


Le Pontiac à vélo est une piste cyclable aménagée sur l’ancienne voie ferrée de la Pontiac Pacific Junction (Cycloparc PPJ) et qui serpente le comté sur 92 kilomètres entre Bristol et l’Isle-aux-Allumettes. Huit circuits thématiques, à partir de la PPJ, mènent vers des attraits touristiques tels que le musée du Pontiac à Shawville, le site des chutes Coulonge, son sentier d’interprétation et sa via ferrata, la maison culturelle George-Bryson, le pont couvert Félix-Gabriel-Marchand, Chapeau et son église, Fort William et sa plage…


Randonnée pédestre. Le sentier de huit kilomètres (aller-retour) du Rocher-à-l’Oiseau, dans la municipalité de Sheenboro. Des panneaux d’interprétation jalonnent ce sentier situé en territoire algonquin. Il donne accès à une jolie plage de sable. Mais pour voir les pictogrammes peints en ocre-rouge sur les rochers par les Premières Nations, il faut y aller en bateau ou en kayak. Le sentier d’interprétation du site des chutes Coulonge et sa via ferrata permettent d’apprécier le site d’un autre point de vue.


Rafting. L’entreprise de kayak et rafting Horizon X propose les soirs de pleine lune une expédition dans les eaux blanches de la rivière des Outaouais. Un moment idéal pour percer le secret des loups-garous et de la légende à Cadieux. La prochaine pleine lune : le 10 août. Mais Horizon X sort jusqu’à cinq jours avant et après. L’entreprise située à l’Ile-du-Grand-Calumet offre toute une panoplie d’activités.


À ne pas manquer. La 158e Foire agricole de Shawville, du 28 août au 1er septembre. L’Oktoberfest de Ladysmith, du 3 au 5 octobre. Ainsi que les ailes de poulet de l’hôtel Ladysmith, le 5e Championnat canadien de course de chiens Bristol Dryland, sur terre battue, organisé par Tour Timberland (également spécialisé dans les tours de traîneaux à chiens pour toute la famille, été comme hiver), les 1er et 2 novembre, à Bristol. Catégories de courses : scooter, canicross, bikejoring, chariot à quatre, six ou huit chiens.


Lire. Le précieux ouvrage de Manon Leroux, L’autre Outaouais. Pour se procurer le livre : piecesurpiece.ca/publications.html.

Renseignements sur l’Outaouais en général : tourismeoutaouais.com ; sur le Pontiac en particulier : tourisme-pontiac.com/index.htm.


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Textes et photos par Hélène Clément