• Hélène Clément

Saguenay-Lac-Saint-Jean, Québec - Au fil du fjord en automne


Via ferrata au-dessus du fjord


Publié dans le Devoir du 20 septembre 2003


Le Saguenay-Lac-Saint-Jean joue la carte du tourisme hors saison. Petite virée automnale dans le fjord, en auto, en bateau, à pied et à cheval. Dans un coin de pays ou la convivialité est un art de vivre...


Depuis le zodiac, le panorama est spectaculaire. À mi-chemin entre Tadoussac et Chicoutimi, à la hauteur de Rivière-Éternité, le fjord rappelle vaguement la vallée du Rhin, en Allemagne : un cours d'eau sinueux, inséré entre des falaises abruptes, jalonné de charmants petits villages. Si l'ancienne vallée glaciaire ne réunit pas 31 forteresses sur ses abords et ne cultive pas le raisin, elle a sa Lorelei : Notre-Dame-du-Saguenay.

«Vous connaissez son histoire ? », demande Patrick, guide dans le Parc national du Saguenay. Non, mais ça ne tardera pas. Car dans la région, on aime raconter. À l'instar de la vallée du Rhin, le fjord respire l'histoire et regorge d'histoires.

« En 1881, un marin de Québec, Charles-Napoléon Robitaille, remonte le fjord en traîneau. À Cap Trinité, la glace cède, le traîneau s'enlise. Charles-Napoléon prie la Vierge et lui promet un geste d'envergure s'il se sort du pétrin. Il est sauf ! Le marin rencontre l'évêque de Chicoutimi, qui lui suggère d'ériger une vierge au sommet du cap Trinité. La statue de neuf mètres, sculptée par Louis Jobin, un artiste de Québec, sera transportée en bateau de Québec via Tadoussac. Manque de chance, à L'Anse-Saint-Jean, la vierge de bois tombe à l'eau. Impossible de la remonter à bord, on la remorquera sur une distance de quinze kilomètres. Imbibée d'eau, trop lourde, elle est découpée en quatorze morceaux. Il faudra dix jours pour transporter les pièces sur la mezzanine de l'immense muraille de roc, le sommet n'ayant pu être atteint ! »

La vierge du Fjord est vénérée depuis 123 ans par les sirènes des bateliers de passage. On peut lui rendre hommage à pied, en zodiac, en avion, en kayak ou en bateau de croisière. Envoûtement garanti lorsque ce dernier éteint son moteur face à la madone et que les haut-parleurs diffusent dans cette immensité l'Ave Maria.

La route du fjord

Sur la route 170, longeant la côte sud vers L'Anse-Saint-Jean, la forêt a la couleur du feu. Symphonie de rouge, de vert, de jaune. Ce sont ces mêmes couleurs, le gris en sus, qui composent le drapeau saguenéen, représenté par une croix centrale, symbole de la foi religieuse : le vert de la forêt, le jaune de l'agriculture, le gris de l'aluminium, le rouge de la passion et de la foi des bâtisseurs.

Le Saguenay a son drapeau depuis 1938. Son hymne aussi. L'identité régionale est une réalité que le voyageur découvre au fil du fjord : fierté, cordialité, créativité. Toute la région déborde d'une contagieuse énergie.

Une vitalité toutefois freinée par des saisons touristiques trop courtes. La solution ? Jeannois et Saguenéens y travaillent de concert avec les institutions touristiques. Et fort ! Depuis l'année dernière, la région bénéficie du Programme d'allongement des saisons touristiques (PAS), un plan financé par Développement des Ressources humaines Canada et Emploi-Québec. « Ce programme permet aux intervenants du milieu de poursuivre leurs activités plus longtemps, d'acquérir une certaine expertise et d'accumuler des semaines de travail supplémentaires », explique Ruth Vandal, responsable du PAS.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, plus d'une trentaine d'entreprises investissent globalement 650 000 $ dans ce plan triennal. L'organisation commence à prendre forme. Sauf que trois ans, c'est une bien courte période pour diffuser la bonne nouvelle ! La région souhaite que l'initiative soit prolongée de deux ans. Question de roder le tout. En attendant, officiellement jusqu'au 31 octobre, les visiteurs peuvent compter sur un produit touristique de qualité analogue à celui offert en été. Les moustiques en moins !

Les activités culturelles et sportives sont nombreuses dans la région. Il y a les musées, les sites historiques, les randonnées d'une heure à plus d'une semaine dans le Parc national du Saguenay, le kayak de mer, l'observation des baleines, le vélo de montagne, la voile, l'escalade, le flânage sur les quais et les points de vue.

«Le fjord du Saguenay est la plus belle base de plein air non organisée à l'est des Rocheuses », lance Michel Ouellet, vice-président de la Corporation de gestion de la rivière Saint-Jean-Saguenay, alors que l'on s'amuse à taquiner le saumon, les deux pieds dans la rivière Saint-Jean. Je suis étonnée de constater que cette pêche « sérieuse », que je croyais réservée à la dynastie des Price, soit accessible aux néophytes de mon rang. Moyennant, bien sûr, un permis de la ZEC et le respect du protocole sportif.

De Chicoutimi, côté nord, Saint-Fulgence est le premier village que l'on croise sur la route du fjord. Ce chemin, sinueux et vallonné, joue avec le Saguenay, le cerne, s'en éloigne, traverse les villages de Sainte-Rose et de L'Anse-Saint-Jean, membres de l'Association des plus beaux villages du Québec. Mais aussi Tadoussac, Baie-Sainte-Catherine, Petit-Saguenay, Rivière-Éternité, Saint-Félix-d'Otis, La Baie. Partout, de la randonnée, du kayak de mer, du vélo, de la pêche, des musées, des sites historiques...

Entre plateau et fjord à cheval

Que dire d'une promenade à cheval pour décrocher du quotidien ? Après tout, l'automne appartient aussi aux cow-boys. Le Centre équestre des Plateaux, au-dessus de L'Anse-Saint-Jean, constitue le point de départ de cette randonnée équestre de trois heures entre plateau et fjord.

D'abord, une petite initiation à l'art de tourner et de freiner. Et c'est parti ! Summer, ma jument, excitée par l'imminence du départ, prend vite place derrière le cheval de Vanessa, notre guide. Une jeune Française établie depuis cinq ans dans le village et dont l'amour pour le Québec transparaît jusque dans sa chemise à carreaux rouge et noir. Débutants ou chevronnés, l'activité est ouverte à tous les amateurs.

La petite caravane ahane sur le chemin pentu. C'est la descente vers le village. Le sentier est bordé de cerisiers sauvages. Vanessa nous arrête pour nous faire observer des traces. C'est tout ce que nous verrons de l'ours. Il se nourrit de baies, en abondance à cette époque de l'année. Mais ne vous en faites pas, il a peur ! Ouf ! Dans l'ombre de cette forêt, une vie discrète se déroule. Celle de l'ours, on en a la preuve, mais aussi celles de l'orignal, du lynx du Canada, du castor, du renard, du loup...

Galop le long de la rivière, petit trot sur une route de terre jalonnée de maisons centenaires et de fermes... plus que centenaires. Au loin, la montagne Blanche. Je n'ai pas le temps de l'escalader, mais apparemment, c'est un must. Comme le détour sur le belvédère de L'Anse-de-Tabatière, d'où le point de vue sur le fjord est imprenable !

Nous arrivons enfin sur les battures dans la baie de L'Anse-Saint-Jean, point fort de ce circuit d'une quinzaine de kilomètres. Une halte a été aménagée pour qu'on puisse attacher nos chevaux, comme dans le Far West ! La vaste étendue de sable, constellée de mares laissées par la marée descendante, invite au galop. Et dire que dans deux semaines, ces mêmes chevaux feront fuir les bernaches du Canada, de passage dans la baie.

Pour l'instant, le pas tranquille des chevaux nous emmène vers la partie historique du village de L'Anse-Saint-Jean, le premier de la colonisation. Les sabots des chevaux résonnent sous le pont du Faubourg, ce pont couvert qui, à partir de 1954 jusqu'à tout récemment, apparaissait sur les billets de 1000 $ canadiens. Dans le village, les gens racontent que William Price sortait toujours de sa poche l'un de ces billets pour montrer la photo de sa maison en arrière-plan. On ne se lasse pas d'écouter les histoires de village. La caravane emprunte ensuite la rue du Faubourg, bordée de belles maisons d'époque. Et on reprend le sentier pentu qui conduit au plateau. La boucle est bouclée.


Ce soir, dans la baie des Ha ! Ha !, la lumière s'écorche sur le relief des falaises. De minces rubans de brume se déchirent sur le fjord. Au gîte Les Treize Lunes, Camille, Christiane et Noémie nous concoctent un festin de roi. C'est vrai que nous partagerons ce repas avec un couple de Monégasques en vacances dans le pays. La conversation se poursuivra tard autour de la table d'hôte ou se succèdent gravlax de saumon, sauce à l'aneth, crème de gourganes, croustillant de porc au romarin avec minilégumes, salade verte, fromage et tarte aux bleuets. Le plaisir de la table complète celui des yeux.

C'est ça, un voyage dans le fjord !

En vrac

- Association touristique régionale du Saguenay—Lac-Saint-Jean : 455, rue Racine Est, bureau 101, Chicoutimi G7H 1T5. 1 877 BLEUETS. www.tourismesaguenaylacsaintjean.qc.ca.

- Le survol du fjord en avion. Aéroplus La Baie, opération annuelle au terminal civil, voisin de l'aéroport de Bagotville. 1 877 677-1717.

- La verrerie d'art Touverre. Démonstration en atelier de la technique du soufflage de verre. Oeuvres réalisées par l'artiste Giuseppe Benedetto. 1 877 544-1660.

Rivière-Éternité - Le Parc national du Saguenay. Dans le village de Rivière-Éternité, quittez la route 170, face à l'église, et empruntez la rue Notre-Dame. Autorisation d'accès obligatoire. 1 877 272-5229, (418) 272-3438 (télécopieur). parc.saguenay@sepaq.com, www.parcsquebec.com.

- Croisières du Cap Trinité : (418) 272-2591, 272-2486.

- Zodiac Explo-Fjord. Excursions-découvertes en bateau pneumatique. Géomorphologie, biologie, histoire, phoques et grottes. 1 877 272-5229.

- Bistro de l'Anse. Restaurant aménagé dans l'ancien camp de pêche de William Price, 335 chemin Périgny. (418) 272-2743.

- Le Centre équestre les Plateaux. Promenades équestres d'une demi-journée à quatre jours avec repas champêtre. (418) 272-3231.

- La ZEC de la rivière Saint-Jean-Saguenay offre 10,5 km d'accessibilité à la truite de mer jusqu'au 15 octobre. Cours d'initiation et service de guide. 1 888 SAUMONS.

- Le sentier des Chutes, qui mène au sommet de la montagne Blanche (600 m d'altitude, 8,5 km à l'aller). Ce sentier exige une bonne forme et nécessite la journée, les premiers 2,5 kilomètres mènent à une belle chute avec vue sur le village et le fjord.

- Le sentier les Caps de L'Anse-Saint-Jean vers Baie-Éternité (25 km) et du quai de L'Anse-Saint-Jean au quai de Petit-Saguenay (10 km). Autorisation d'accès obligatoire. 1 877 272-5229.


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Textes et photos par Hélène Clément 

Fait avec ❤ par Steph Rowan