• Hélène Clément

Martinique - À travers les mornes et les cascades


Au sommet de la montagne Pelée par temps de brouillard


Déterminée à remettre son pays sur la carte touristique du monde et à refaire d’Haïti une des destinations favorites dans la Caraïbe, la ministre haïtienne du Tourisme, Stéphanie Balmir Villedrouin, se donne deux ans pour ramener les touristes dans la partie ouest de l’île d’Hispaniola.


Article publié dans le Devoir du 18 août 2012

On ne pense pas à aller en Martinique pour faire de la randonnée pédestre. Pourtant, à l’image de la France, l’île dispose d’un très beau réseau de sentiers pédestres : 180 kilomètres de pistes réparties sur une trentaine d’itinéraires qui conduisent en montagne, en forêt tropicale, le long du littoral. Un moyen dynamique d’entrer en relation avec la population.


De Saint-Pierre, plus que vingt kilomètres avant d’atteindre le village du Prêcheur. D’un côté, la mer des Caraïbes, de l’autre, la montagne Pelée. À l’anse Céron, la voiture emprunte une route escarpée et sinueuse de trois kilomètres qui monte et descend pour s’enfoncer dans la forêt touffue. Anse Couleuvre. Terminus de la route D10. Ici commence le sentier pédestre de 17 km « Prêcheur-Grand-Rivière » menant à Grand-Rivière, le village le plus septentrional de l’île.


Aux abords de la rivière Couleuvre, un stationnement ombragé permet de garer son auto pour la journée. Un immense panneau sur lequel est dessinée une carte du sentier indique le niveau de la randonnée, le nombre de kilomètres, le temps approximatif pour se rendre à destination (six heures), les difficultés en cours de route, les curiosités, les panoramas, les lieux pour se baigner. Entretenu et protégé par l’Office national des forêts avec le soutien du Conseil général de la Martinique, chaque itinéraire pédestre dispose en début de parcours d’un large plan détaillé du terrain avec des conseils.


« La marche est une pratique ancienne en Martinique, explique Jacques Bellanger, guide de montagne en Martinique. On nomme ces sentiers des “ traces ”. Elles sont d’abord l’oeuvre des Amérindiens, puis des Nègres marrons qui fuyaient les plantations et des habitants de l’île qui parcouraient à pied ces petits chemins pour aller vendre leur marchandise à Saint-Pierre, capitale économique et culturelle de la Martinique avant l’éruption de la montagne Pelée en 1902. »


Le sentier Prêcheur-Grand-Rivière évolue de col en col en jouant à cache-cache avec la mer. En début de parcours, le randonneur peut accéder par des traces secondaires à de jolies criques sauvages entaillées à flanc de montagne. La baignade y est délicieuse. Le chemin monte longuement en forêt, jalonne des ravins, descend, traverse un ruisseau, puis remonte en dessinant de longs serpentins à travers une jungle peuplée de fleurs, de bambous, de fougères géantes…


La Martinique propose une trentaine de sentiers balisés qui respectent les normes nationales et internationales de la marche. La couleur du marquage représente la longueur et non la difficulté : le jaune équivaut à une randonnée d’un à trois kilomètres ; le bleu, de trois à douze kilomètres et le rouge, de plus de 12 km. On ne conçoit pas encore sur l’île l’organisation de randonnées de plusieurs jours, à l’image des grandes randonnées (GR) en France métropole.


Mais il en est fortement question. On parle d’un sentier qui traverserait l’île du nord au sud, depuis plusieurs années. « Peut-être en 2014 », souligne M. Bellanger qui, amoureux de la Martinique, souhaite voir le projet aboutir prochainement. « La nature ici est d’une grande beauté et la randonnée, une façon exceptionnelle de découvrir la faune, la flore, l’histoire et les gens. »


Les grands classiques


Au nord, le sentier Prêcheur-Grand-Rivière, bien sûr, mais aussi « Les Gorges de la falaise », dans la commune d’Ajoupa-Bouillon. Cette randonnée de 90 minutes, « pied dans l’eau », consiste à remonter un torrent jusqu’à une cascade. Des falaises tapissées de mousse surplombent la gorge de 100 mètres. Dans la forêt, tout est gigantesque. Les fougères sont colossales, les bambous géants et les arbres, qui soutiennent une végétation abondante d’épiphytes, dépassent parfois 40 mètres.


Les inconditionnels de la marche en montagne grimperont la montagne Pelée (1397 mètres) jusqu’au cratère. Battus par les vents, les flancs sont bordés d’arbres tourmentés et rabougris, de palmistes et de fougères arborescentes. Courte en distance, cette randonnée requiert de la résistance : c’est une marche pas trop longue, d’environ huit kilomètres, mais au dénivelé brutal.


Les plus endurants pourront aussi choisir les sentiers raides des pitons du Carbet qui mènent au sommet du morne Chapeau-Nègre (911 m) et du piton Lacroix (1197 m). Le parcours offre des vues vertigineuses sur le piton Dumauzet, la baie de Fort-de-France et la côte caraïbe. En quatre heures de marche, on évolue d’un sommet à l’autre, au beau milieu d’une végétation hygrophile. Au sommet du piton Lacroix émerge une succession de pics verts aux allures de montagnes russes. On se croirait en Suisse.


Canal et mangrove


Plus facile ? Le canal de Beauregard (aussi appelé canal des Esclaves) à Fonds-Saint-Denis, une promenade historique de sept kilomètres le long d’un ancien canal d’irrigation construit sur le flanc du morne des Cadets, en 1777, par des esclaves. La réserve naturelle de la Caravelle aussi, sur la route de Trinité. Quatre curiosités majeures sur cette presqu’île : la forêt sèche, la mangrove, la géologie et l’histoire à travers l’intrigante et mythique Habitation Dubuc.


Au sud se trouve le fameux « sentier des Caps ». L’itinéraire exceptionnel traverse quelques-unes des plus belles plages de la Martinique, dont celle des Salines. De l’anse Trabaud, à quatre kilomètres de Sainte-Anne, on suit les balises bleues au terme d’une randonnée de 28 kilomètres. Le sentier alterne entre mangrove, falaises et paysage aride comme la Savane, des pétrifications, un ancien marais salant. L’érosion des sols combinée à la sécheresse a transformé ce biotope en un paysage désertique et aride. Les longs cactus plantés dans le sable rappellent parfois l’Arizona.


Sur ce petit territoire — 80 km de long par 35 km de large —, la biodiversité des paysages est frappante. On peut passer un mois en Martinique sans jamais mettre les pieds à la plage.


En vrac


Se procurer: auprès du Comité martiniquais du tourisme (514 844-8566), à l’aéroport Aimé Césaire ou dans les hôtels, la carte IGN « Martinique terre de randonnée », publiée par la société Pub et Map pour la description des randonnées.

Tenir bon: pour les amateurs de cross-country, chaque année, en mai, est organisé un raid, le «Tchimbé Raid», qui parcourt les plus beaux sentiers de randonnée du nord de la Martinique. La course traverse l’île d’est en ouest sur 80 kilomètres, avec un dénivelé positif de 4600 mètres.

Se renseigner: Bureau de la randonnée, Ophélie ; 011 596 596 52 72 60/011 596 696 35 91 28.Bureau de la randonnée (Canyoning), Sophie et Guy. 011 596 696 22 33 22/011 596 696 24 32 25.Terre des MornesLe Comité martiniquais du tourisme au Canada; 514 844-8566.



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Textes et photos par Hélène Clément