• Hélène Clément

Les voies pénétrables de la Route verte


Sur le débarcadère à Longueuil, en attendant la navette vers Montréal.


De l'Abitibi-Témiscamingue à la Gaspésie, du Saguenay-Lac-Saint-Jean aux Cantons-de-l'Est, la Route verte relie par voies cyclables les quatre coins du Québec. Quatre mille kilomètres de pistes ont déjà été aménagés dans 18 régions touristiques de la province. L'objectif final: 4394 kilomètres. Et maintenant? Eh bien, il faudra veiller à la signalisation, au maintien du réseau et... peaufiner. Car le cycliste dodiché en veut toujours plus.



Faire du Québec le paradis du vélo, tel était le rêve des artisans de Vélo Québec à la fin des années 1980. «On publiait des cartes, mais pas vraiment d'itinéraires, explique le directeur général Jean-François Pronovost. Rabouter les voies déjà existantes pour relier le Québec d'est en ouest et du nord au sud: voilà le projet qui germait dans la tête de ces passionnés. «En 1994, nous avons été invités à soumettre l'idée au gouvernement Parizeau. Elle a plu. La mise en marche de la Route verte a débuté en 1995.»

Le tracé emprunte deux types de chemins: la piste cyclable, une voie complètement séparée de la circulation motorisée, et l'itinéraire sur route, qui consiste en un accotement asphalté d'une largeur minimale d'un mètre le long d'une route. Quant à la chaussée désignée, il s'agit aussi d'une route à faible circulation et reconnue comme voie cyclable.

Compromis entre l'aventure sportive et la découverte d'attraits touristiques régionaux, la formule a du bon: rouler sur les anciennes voies ferrées, traverser les routes d'autrefois, contourner les lacs, longer les rivières, pénétrer dans les villages. Certains cyclistes parcourent la Route verte pour le plaisir de bouffer des kilomètres ou en fonction d'objectifs précis, comme la visite d'un pont couvert, d'une église ou d'un resto coquet. D'autres suivent un thème ou explorent une région.

«Vélo Québec a permis aux gens de redécouvrir la bicyclette.» Rédacteur en chef de Vélo Mag, Jacques Sennechael est un témoin privilégié des métamorphoses qui ont transformé le monde du vélo au cours des dernières années: «Le magazine a évolué avec le cycliste. Il y a eu le Tour de l'île, puis le Grand Tour du vélo qui a contribué au développement du cyclotourisme au Québec, ensuite les voyages organisés ici et ailleurs, et la Route verte... Les baby-boomers participent même à des courses chronométrées.» C'est dire combien la pratique du vélo s'est démocratisée.

L'association continue de travailler d'arrache-pied sur son projet. De taille, il faut le reconnaître. Mais Vélo Québec n'est pas seul dans la galère: le gouvernement du Québec, des partenaires régionaux, le ministère des Transports mettent aussi la main à la pâte pour que la roue du vélotourisme roule bien, et loin. Et maintenant que la charpente est érigée, reste la finition.

Bienvenue cyclistes

Les défis pour attirer encore plus de cyclistes locaux et étrangers? Améliorer la signalisation. «C'est capital, dit Jean-François Pronovost, qui cite la Suisse en exemple. Parfois, les gens qui entretiennent les pistes en région ont tendance à oublier que les cyclistes étrangers sont en territoire inconnu et peuvent souffrir d'insécurité. On offre des cours sur la signalisation.» Puis proposer des forfaits organisés dans les villes et les régions avec le transport des bagages, un hébergement de qualité, des circuits et activités connexes. Question d'appâter le cyclotouriste frileux à l'idée d'organiser son propre voyage et de s'éloigner des sentiers battus.

Lucie Nobert, présidente d'Ekilib/Les Voyages Fleur de Lys, un voyagiste qui se spécialise entre autres dans les circuits de randonnée pédestre et de vélo autour du monde, commercialise depuis deux ans la vélo-péniche «Latitude Amsterdam» qui offre aux amateurs de vélo des séjours d'une semaine sur le fleuve Saint-Laurent, entre Ottawa et Québec. «La nuit, les voyageurs dorment sur le bateau et le jour, ils font du vélo accompagnés d'un guide qui leur fait découvrir les paysages. Les vélos sont fournis, mais les gens peuvent aussi apporter leur propre monture.»

Ronald Houde et Anne Perrault, propriétaires de la péniche — la seule en Amérique du Nord à offrir la formule vélo à partir d'un bateau — sont tombés dans la potion lors d'un voyage aux Pays-Bas, en 2005. Au retour, le couple a racheté un petit navire d'une capacité de 16 passagers et toute une flotte de bicyclettes hybrides Rocky Mountain équipées d'un sac Arkel.

Donc, aucun souci de bagages, ni de cuisine, le Latitude Amsterdam s'occupe de tout. Le cycliste parcourt une cinquantaine de kilomètres par jour. «On en donne plus que le docteur en demande», souligne Ronald, passionné d'histoire et de vélo. C'est d'ailleurs lui qui accompagne les cyclistes sur les chemins de la Route verte et qui leur parle patrimoine. Du jamais vu au Québec!

Au 819, boulevard de Maisonneuve Est, à Montréal, à 100 mètres de la piste cyclable de la rue Berri, celle qui remonte du Vieux-Port vers le Parc Lafontaine et qui est balisée Route verte, l'auberge Le Pomerol affiche sur son mur extérieur la certification «Bienvenue Cyclistes». Ce jour-là, c'est Chantal qui est à l'accueil. «Ce que signifie l'attestation? Que le cyclotouriste est le bienvenu dans l'hôtel, qu'un espace couvert et verrouillé est prévu pour son vélo la nuit et qu'il peut compter sur une pompe et sur de l'outillage pour les réparations mineures, que de l'information touristique et des repas prennent en considération ses besoins alimentaire.» C'est un minimum!

Il n'y a pas que les hôtels à se prévaloir de cette certification. Les terrains de camping aussi. Comme par exemple celui du Pont Couvert, à Milby, dans les Cantons-de-l'Est. Outre les services de base nécessaires à l'entretien du vélo et la mise en disponibilté de bicyclettes pour les campeurs, le propriétaire ne refusera jamais un cycliste qui arrive à l'improviste le soir.

À l'origine, seuls les hébergements situés dans un rayon de cinq kilomètres de la Route verte pouvaient obtenir la certification «Bienvenue Cyclistes». Mais les choses ont bien changé ces dernières années. «En fait depuis que les cyclistes se sont mis à déborder des grandes voies pour aller découvrir les rangs de campagne, note Johanne Pépin, copropriétaire de l'auberge L'Été Indien à Brébeuf, dans les Laurentides. Les gens qui viennent nous visiter arrivent soit du Corridor aérobique, entre Morin Heights et Amherst, ou de la piste cyclable du P'tit Train du Nord.»

«D'ici 2011, la Route verte qui longe la rivière des Outaouais sera reliée à la piste cyclable régionale du Parc linéaire de la Pontiac Pacific Junction (PPJ)», annonce fièrement Lionel Tessier, copropriétaire du camping Base Macrocarpa situé à la frontière ontarienne, en Outaouais, à 63 kilomètres du début de la fameuse piste cyclable qui traverse son terrain. «C'est en rapport avec ce réseau cyclable (et pour la pêche aussi) que nous avons décidé de nous installer ici.»

L'avenir de la Route verte? «Assurer l'uniformité dans la nomenclature, le balisage et la légende, précise Jean-François Pronovost. «Établir des partenariats avec Via Rail», souhaite Jacques Sennechael. «Vendre la route à l'étranger, ajoute Ronald Houde. C'est au tour de l'industrie touristique de prendre la relève et de rappeler les raisons pour lesquelles on vient au Québec: ses grands espaces, ses beaux paysages, son dynamisme, sa grastronomie, son accueil.»

L'infrastucture est là, il ne faut rien s'interdire. On peut déjà rouler sa bosse sur plus de 4000 kilomètres au Québec et même quitter le réseau pour emprunter les nombreux sentiers locaux qui s'y greffent. Le choix est vaste. L'Estriade, le réseau des Grandes Fourches, le Petit Témis, la Véloroute des Bleuets, le P'tit Train du Nord sonnent déjà chez les habitués de la Route verte comme une volée de cloches les jours de fête. Mais qu'en est-il du Corridor des Cheminots, de la ligne du Mocassin, du parcours des Anses? Il est essentiel de se procurer le guide La Route verte du Québec, publié aux éditions Vélo Québec, pour les connaître tous. Un travail colossal!

En vrac

Pour rouler bien préparé sur la Route verte

Secrétariat de la Route verte

1251, rue Rachel Est, Montréal

514 521-8356, 1 800 567 8356, www.routeverte.com

Vélo Québec

1251, rue Rachel Est, Montréal

514 521-8356,1 800 567 8356, www.velo.qc.ca

À lire - Le magazine Vélo Mag, publié par Vélo Québec éditions, pour mieux connaître le monde du cyclisme au Québec et ailleurs.



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Textes et photos par Hélène Clément 

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