• Hélène Clément

France - Le Roussillon français Chevauchée en pays cathare


Les cavaliers franchissent la porte du château de Puivert. En bas: les ruines du château vues du village... L’ancien et le nouveau font bon ménage.

Au-delà de l'aventure sportive, une chevauchée de dix jours en pays cathare dans les Pyrénées orientales françaises se veut aussi une aventure culturelle. Qui sont donc ces «Bons Hommes» qualifiés d'hérétiques qui ont vécu 210 ans de répression sous le règne de 11 rois de France et de 35 papes? En chemin, nous voyons les châteaux de Montségur, Lagarde, Puivert, les grandes forêts du Pays de Sault, le lac de Montbel, la mine de talc de Luzenac, incongrue au milieu de l'univers pastoral... Bref, un voyage pas comme les autre


Escueillens, France — Soixante-dix kilomètres de goudron séparent le village de Saurat de celui d'Escueillens, point de départ de notre chevauchée. Sur la route, des panneaux indiquent les villes de Foix, Mirepoix, Toulouse: la «ville rose» n'est qu'à une heure au nord. En arrière-plan, les Pyrénées. Nous sommes dans le Midi de la France, en pays cathare.

Ici, dans les régions du Languedoc-Roussillon (Aude et Pyrénées-Orientales) et de Midi-Pyrénées (Ariège, Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées), l'adjectif «cathare» revient souvent dans les discussions. On marche le «Sentier cathare», une randonnée longue de 200 km qui relie la Méditerranée aux Pyrénées; on découvre à pied ou en voiture la quinzaine de châteaux cathares; on fait une chevauchée cathare...

Dominique Porato, propriétaire du centre équestre Caval'Rando, admet que le vocable est utilisé à toutes les sauces. «C'est une façon de promouvoir la région. L'industrie touristique a compris qu'il y a de fervents adeptes du retour sur les traces d'une époque révolue, d'un personnage mythique, d'un écrivain.» Bien que les Cathares en fugue aient séjourné dans certains châteaux de la région comme ceux de Puivert et de Montségur, les férus d'histoire savent que l'Église hérétique n'a jamais rien construit, sauf de petits châteaux ignorés du public et dont les frêles vestiges sont à l'écart des routes touristiques.

Et des Cathares, il y en avait bien au-delà d'Albi!

Au détour de l'an 1000, la vieille église n'en finit pas de repousser les tentatives de réforme. Nombreux sont ceux qui veulent revenir aux préceptes fondamentaux du Christ et qui rejettent la liturgie de l'Église officielle.

Sachant répondre aux doutes des gens de l'époque, les «Bons Hommes», ou «Bons Chrétiens» comme ils se qualifient, attirent de nombreux adeptes par la seule force de leur parole.

Ils soutiennent que le coeur de l'homme est la seule Église de Dieu et que ce n'est pas Dieu qui fait les belles récoltes, mais le fumier qu'on met dans la terre.

Pour eux, toutes les âmes humaines, d'hommes ou de femmes, de princes ou de pauvresses, d'hérétiques ou de prélats, d'infidèles, de juifs ou de moines cisterciens, sont bonnes et égales entre elles, sans discrimination, et ouvertes à la promesse du salut.

On rejette l'eucharistie, on refuse le baptême des petits enfants et l'idée que le Christ soit né de la Vierge Marie, lit-on sur le site du château Lagarde, situé sur la rive gauche de l'Hers, en Ariège.

Toujours est-il que ces nouvelles idées attirent les foudres de l'Église romaine accrochée à ses pouvoirs.

D'un débat théologique, on en vient à une crise ouverte. Le pape Innocent III, exaspéré par l'obstination et l'anticléricalisme intransigeant des Cathares, en appelle à la croisade contre eux. Au printemps 1209, au nom de la religion, le pays est ravagé.

Côté nord des Pyrénées, la guerre prend fin en 1229 avec la défaite du comte de Toulouse. On signe le traité de Meaux qui laisse le champ libre à une répression méthodique de la religion interdite.

On assiste à la naissance de l'instrument de répression le plus terrible de l'histoire: l'Inquisition.

La ferme de Gilles Bodeau, spécialiste de la culture et de la vente du foin, constitue le point de départ de cette randonnée équestre. C'est ici, dans les coteaux du Razès, à 328 mètres d'altitude, que les chevaux de Dominique et Christine passent les cinq mois d'hiver. À Saurat, petit village d'une vallée des Pyrénées ariégeoises où habite le couple, il y a trop de neige.

Depuis novembre, donc, première sortie pour les chevaux de Caval Rando, tous de magnifiques mâles ibériques de pères andalous. «Ils ont du sang, mais ils sont dociles et faciles», promet Dominique. On m'attribue Abrazo, un beau brun à l'oeil vif. Âgé de neuf ans, il a l'habitude des chemins boueux, rocailleux et escarpés, des chiens jappeurs et des écuyers... apprentis.

Une fois brossé, bien sellé, collier de chasse et croupière ajustés, Abrazo, excité par l'imminence du départ, prend vite place derrière Suerto, un cheval expérimenté mais parfois «boqué» et qui aime tester son cavalier. Surtout lorsque celui-ci tente de l'immobiliser pour la photo! C'est que l'habile quadrupède au sang espagnol n'aime pas regarder ses collègues s'éloigner.

Pour l'instant, le pas tranquille des chevaux nous amène à travers des vallons vers le village de Lagarde, à sept kilomètres de Mirepoix, une ville bien connue pour sa cathédrale dont la nef serait la plus large de France. Implanté dans un paysage paisible de plaine, le squelette famélique déchiqueté et troué d'orbites du château féodal de Lagarde paraît grand et fier dans son agonie.

«On dirait un noble vieillard qui ne s'est pas résigné à perdre les attributs de son rang», écrit dans son livre Histoire du Château Lagarde en Ariège l'architecte et restaurateur de monuments historiques Patrice Le Breton. Rencontré sur place, le retoucheur de vieilles pierres raconte fièrement son partenariat avec l'École des métiers de la construction de Montréal, qui aurait collaboré au projet de restauration des ruines de la résidence seigneuriale ariégeoise.

Puis, nous arrivons dans le village médiéval de Camon et au Domaine de Falgas, la ferme-hôtel où nous passons la nuit. Enfin quelques heures de repos! Le soir, la fatigue se fait durement sentir. Les Pyrénées et leurs épuisants dénivelés marquent nos organismes peu habitués à passer six ou sept heures en selle. Certains cavaliers ont leur truc pour pallier la douleur, comme Patrick, qui court et court des heures durant à côté de sa monture pour se dégourdir les fesses.

Au gîte d'étape, nous sommes accueillis par les propriétaires, le couple Morat. Monsieur est à l'accueil et s'occupe de l'apéritif, madame est à la cuisine. Ça sent le rôti de sanglier. Nos hôtes gèrent cette ferme-auberge depuis 38 ans, la toute première de la région. On y parle évidemment cheval, puisque les Morat en sont fous. Ils font l'élevage de chevaux arabes. Donc, ils se prêtent au jeu de la balade à cheval et sont équipés pour accueillir les bêtes. D'ailleurs, partout où nous logerons, c'est la condition: être en mesure d'héberger notre fidèle compagnon de route.

À Montségur, c'est à l'hôtel Costes, une jolie demeure des Pyrénées, que nous logeons. Le propriétaire et chef cuisiner, originaire de Normandie, admet qu'il faut être spirituel pour vivre dans la région. Étant lui-même adepte du bio, son menu est composé strictement de produits du terroir. Comme les truites bio de la ferme aquacole des Viviers cathares du lac Montbel. Cette ferme du massif du Plantaurel en produit 20 000 par an.

Chaque jour apporte son lot de plaisirs pour les sens: de vieux sentiers empierrés, des cabanes de pierre, les vestiges d'un château, un détail de fontaine, des églises romanes, une montée raide dans la pierre, un village charmant, les aboiements du Grand Patou «qu'on aime tant, depuis longtemps...» à l'approche du troupeau de moutons. Eh oui, il s'agit bien de Belle dans l'émission Belle et Sébastien! Le gros chien blanc de montagne est originaire des Pyrénées.

Tout d'un coup, Abrazo, mon fidèle destrier, dilate les narines, redresse l'encolure, tend les oreilles, écarquille l'oeil. Et si c'était un ours! Non, ce n'est que l'ombre des godets suspendus à un câble aérien et qui transportent le produit de la mine de talc de Luzenac à l'usine du village. La précieuse poudre blanche, gérée par le groupe minier Rio Tinto, servira à fabriquer du saucisson, du maquillage, de la gomme à mâcher, des savons, des poudres pour bébé...

Un voyage vraiment pas comme les autres! Choisir le cheval comme moyen de déplacement pour aller s'enquérir de l'histoire cathare — l'un des grands drames de la chrétienté médiévale — dans les pâturages de l'Ariège et de l'Aude, n'est pas chose banale. C'est simplement génial.

Et nul besoin d'être d'un bon niveau en équitation pour goûter au tourisme équestre. «Juste une petite initiation avant de partir, histoire d'apprendre à monter et descendre de son destrier, à tourner et freiner, puis à maîtriser les trois allures: la marche, le trot, le galop», conseille Diane Authier, propriétaire de l'école d'équitation Mille Cent Un, située en Montérégie, et adepte fervente de ces longues randonnées. Ces quelques connaissances de base permettent simplement d'établir plus vite une complicité entre le mammifère ongulé et herbivore et l'écuyer en herbe.

Dans l'avion, mon esprit vagabonde, retourne en arrière. L'entrée à cheval dans la cour intérieure du château de Puivert: il ne manquait que Sir Lancelot... Le spectacle de rapaces en vol libre au château de Lordat, juchés sur un piton rocheux à 956 mètres... Plus d'une trentaine de buses, chouettes, hiboux, faucons, aigles, vautours, bichonnés par le fauconnier de la place... Les chants et l'accordéon qui traversent le portail de bois et les murs de pierre de l'église rupestre de Vals, classé monument historique depuis 1910... Et finalement, plus que tout, la rencontre avec les gens et les chevaux.

En vrac

Le centre de tourisme équestre Caval'Rando en Midi-Pyrénées, à 60 minutes de Toulouse et à proximité de l'Espagne et de l'Andorre, propose plusieurs formules de voyage dans les Pyrénées (printemps et automne) et à travers le monde toute l'année: Argentine, Chili, Costa Rica, Pérou, Kirghizistan, Mongolie, Éthiopie, Jordanie, Turquie, Maroc, Corse, Espagne, Irlande, Italie... Dominique et Christine: % 011.33.5-61.03.86.37, www.cavalrando.com.

Le château Lagarde: www.chateau-lagarde.com. Le château de Montségur: www.montsegur.org. Le château de Puivert: www.chateau-de-puivert.com.

Renseignements sur le tourisme équestre et l'équitation de loisir: Québec à Cheval, % 450 434-1433

Pour s'initier au tourisme équestre et de loisir à proximité de Montréal: École d'équitation Mille Cent Un, à La Présentation en Montérégie, % 450 796-5993, www.ecoledequitation1101.com


Publié dans le Devoir du 14 juin 2008


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