• Hélène Clément

Canada - L'île de Vancouver Entre le surf et l'afternoon tea



Publié dans le Devoir du 2 septembre 2006


D'un côté, d'immenses forêts, des arbres géants, des pics enneigés, des anses et des écueils à faire damner les marins, des vagues à faire suer les surfeurs. De l'autre, le chic empesé d'une coquette ville aux couleurs et traditions britanniques, des jardins magnifiques, des parcs, des pubs et l'afternoon tea que même un tremblement de terre ne saurait ébranler. Où qu'on soit sur l'île de Vancouver, on vit la nature, on vit la vie à pleine puissance.


Île de Vancouver — «Nous survolons le détroit de Georgia et la ville devant vous, c'est Nanaïmo, deuxième en importance après Victoria et ville-étape du traversier qui amène quotidiennement, depuis Vancouver, des milliers de vacanciers. Ensuite, nous traverserons la chaîne de montagnes qui sépare le nord et le sud de l'île de Vancouver avant d'atteindre la côte ouest du Pacifique», explique le pilote, qui connaît sa ligne caillou par caillou.

Nous sommes dans le petit avion de KD Airlines qui fait la liaison Vancouver-Tofino, sur la côte ouest de l'île. De prime abord, on n'imagine pas l'île de Vancouver aussi montagneuse: «Le plus haut sommet est le Golden Hinde (2220 mètres), dans le parc Strathcona, au centre de l'île ; le second est le mont Elkhorn (2194 mètres) et le troisième, le mont Colonel Foster (2133 mètres). Et la montagne, là-bas, au-dessus de Port Alberni, c'est le mont Arrowsmith (2000 mètres).»



Que sait-on, au juste, de l'île de Vancouver ? Que Victoria est la capitale de la Colombie-Britannique ; que les riches habitants de Vancouver passent leur week-end à Victoria pour échapper à la pluie ; que les Chinois ont joué un grand rôle dans le développement de Victoria en participant à la construction du chemin de fer ; que le Chinatown de Victoria est le plus vieux quartier chinois au Canada ; qu'on retrouve à Victoria le plus haut totem du monde...

Soit, mais l'île se limite-t-elle à sa capitale provinciale ?

Un oeil sur les pics enneigés, un autre sur une cascade qui chute du haut d'une falaise d'une soixantaine de mètres et un autre encore sur le pilote déterminé à s'approcher le plus près possible du rocher pour que nous ne perdions rien du spectacle, nous écoutons attentivement l'étrange leçon de géographie qui dépasse la simple énumération de lieux et de chiffres.

Saviez-vous que le Dinghy Dock Pub, un pub flottant amarré au quai de l'Île Protection, à Nanaïmo, sert les meilleurs fish and chips de l'île ; que le Harbour Quay de Port Alberni est un endroit sympathique pour prendre un café et s'informer de l'horaire des bateaux vers la réserve du parc national Pacific Rim ; que les sapins de Douglas du MacMillan Provincial Park-Cathedral Grove atteignent parfois 80 mètres ; que le mont Washington, situé dans la vallée de Comox, à 31 kilomètres à l'ouest de Courtenay, est la deuxième destination de ski après Whistler ?

Mais où est donc Tofino ?

Seuls les surfers et les écolos semblent connaître Tofino. Les premiers pour sa superbe plage de 15 kilomètres, Long Beach, où les vagues peuvent atteindre jusqu'à huit mètres en hiver ; les seconds pour avoir entendu parler, dans les années 1980, du premier barrage routier au Canada établi par les Amérindiens et le reste de la population pour protester contre le projet de coupe commerciale de billes de bois dans la vieille forêt pluviale de l'île de Meares.

En 2000, un territoire de quelque 350 000 hectares est enfin déclaré réserve de la biosphère de l'UNESCO.



Le temps, à Tofino, semble s'être arrêté au début des années 1970. Il n'est donc pas rare de croiser dans la région des hippies à bord de leur Westfalia transportant trois ou quatre planches de surf sur le toit. En voiture, de Montréal, on met cinq jours et sept heures pour atteindre ce Malibu canadien: cinq jours jusqu'à Vancouver, deux heures de ferry jusqu'à Victoria et cinq heures de route de la capitale provinciale au royaume de la vague.

À Tofino, tant pis s'il pleut ! Il en faut un peu plus pour annuler une «rando» en forêt pluvieuse, une leçon de surf ou une sortie en kayak de mer. D'ailleurs, c'est sous la pluie qu'on observe les plus beaux spécimens de limaces «bananes», les plus grosses du monde, qui peuvent mesurer jusqu'à 25 centimètres de long et trois centimètres de diamètre. Un mollusque géant d'un beau jaune... citron.

Où que vous soyez dans les environs de Tofino, si vous n'êtes pas debout dans l'eau salée, vous êtes dans la forêt pluviale. La réserve du parc national Pacific Rim, entre Ucluelet et Tofino, propose à ceux qui n'ont nullement l'intention de s'enfoncer sur la West Coast Trail neuf sentiers balisés de moins de cinq kilomètres, tous accessibles par la navette Tofino Beach Bus.

Vive le mauvais temps !


Au Wickaninnish Inn, une élégante bâtisse en bois de cèdre dressée sur un promontoire face au Pacifique, les propriétaires ont fait de la pluie et du mauvais temps leur marque de commerce. Et ça marche ! Particulièrement entre novembre et février, alors que les clients de l'hôtel peuvent observer de leur chambre une tempête tous les trois ou quatre jours.



Cet établissement Relais & Châteaux en bordure de la forêt pluviale est pure merveille. La décoration des 75 chambres et suites a été réalisée avec grand soin. Du support à papier de toilette au savonnier en passant par les tuiles, les lampes, les meubles, chaque matériau provient de la nature. La pierre, le bois et les tissus aux couleurs de terre dominent avec la cheminée, la baignoire profonde et les baies vitrées. L'engagement est total avec l'extérieur.

On trouve donc à Wickaninnish Inn une clientèle entichée de nature venue bénéficier tant des activités de plein air que des plaisirs de la table. Le restaurant The Pointe, installé dans une salle octogonale entourée de baies vitrées et qui laisse voir les jours de tempête un panorama grandiose, fait dans la gastronomie. Le chef, un Gaspésien d'origine, propose une cuisine typiquement Pacific Northwest d'influence locale, composée de produits fermiers et biologiques.

Un thé à Victoria

Au centre de Victoria, face au port, se trouve l'Empress Hotel, un établissement style château construit pour le Canadien Pacifique au début du XXe siècle par l'architecte Francis Rattenbury. Aucun des salons de thé de la ville ne rivalise avec l'atmosphère distinguée de son afternoon tea. Concombre, saumon fumé et curry de poulet et de mangue garnissent les petits sandwichs. Confiture de fraises et crème Devon accompagnent les scones. Théière ancienne, vaisselle victorienne, service royal... tout est fait pour que l'expérience reste ancrée dans la mémoire. Le coût de cette collation beau chic beau genre: 45 $CAN.



Les Amérindiens occupaient l'Île de Vancouver depuis 8000 ans lorsque les premiers Européens y débarquèrent au XVIIIe siècle. D'abord signalée par les explorateurs espagnols en 1774, puis visitée par James Cook en 1778, l'île fut baptisée en l'honneur du capitaine (et cartographe) George Vancouver qui en fit le tour en 1792. Cinq décennies plus tard, la Compagnie de la Baie d'Hudson établit un comptoir de traite de fourrures à Fort Victoria, la pointe sud de l'île, aujourd'hui le site de la capitale de la Colombie-Britannique.

À 20 kilomètres au nord de Victoria, sur la péninsule de Saanich, se trouvent The Butchart Gardens. Nés en 1904 de la désaffection d'une carrière à chaux, ces jardins centenaires superbement fleuris ravissent l'oeil en particulier l'été, lorsque la floraison atteint son apogée. Jardin de roses, jardin italien, jardin japonais, mare à nénuphars, rhododendrons et bégonias couvrent les 22 hectares de ce terrain superbement aménagé de fontaines, de sculptures et de bancs qui invitent à la flânerie.

On peut aussi se promener sur la Saanich Peninsula, une presqu'île qui se trouve également au nord de Victoria. On y découvre une série de petites zones résidentielles à l'architecture victorienne ainsi que de beaux bâtiments de style Tudor. À Mount Douglas Park, l'ascension de la colline jusqu'au sommet offre une vue panoramique sur les Gulf Islands, le détroit de Georgie, le détroit Juan de Fuca et les sommets enneigés de la chaîne de montagnes Olympic Range, dans l'État de Washington. Et peut-être la chance d'apercevoir un orque !

Mille et une choses encore... Les Provincial Legislature Buildings, où siège le gouvernement de la Colombie-Britannique et qui voisinent l'Empress Hôtel ; le Bastion Square avec son marché artisanal en plein air ; une promenade à Chinatown pour découvrir l'arche Tong Ji Men qui représente l'esprit de coopération entre les cultures chinoise et canadienne ; les habitations flottantes à Fisherman's Wharf ; et le restaurant Barb's Place qui comblera votre envie de manger au coucher du soleil des fish and chips bien gras servis dans du papier journal.

Beautiful British Colombia ? C'est d'accord !



À consulter

- Les guides Ulysse Vancouver, Victoria et Whistler ou le guide Ulysse Ouest canadien.

- Renseignements: Tourism Vancouver Island, Nanaïmo, (250) 754-3500, www.islands.bc.ca.



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Textes et photos par Hélène Clément 

Fait avec ❤ par Steph Rowan