• Hélène Clément

Afrique - Dépaysement garanti au Burkina Faso


Les maisons peintes par les femmes mariées kassénas de Tiébélé. Le village est situé dans la province de Nahouri, non loin de la frontière du Ghana.

Un premier voyage en Afrique noire. Et pas le dernier! Car l'Afrique, c'est comme une drogue: une fois initié, on ne peut plus s'en passer. Pourquoi le Burkina Faso?, se demandait notre entourage. C'est le hasard qui nous a conduits dans ce petit pays modeste d'Afrique de l'Ouest, au tourisme embryonnaire mais prometteur. Un choix estimable pour qui souhaite, dans un environnement hospitalier et plutôt stable, s'initier aux us et coutumes d'un continent attachant comme tout mais qui a la vie dure.


Ouagadougou — L'Afrique m'attire depuis toujours. Il y a six ans, j'ai aidé un Ivoirien à s'installer à Montréal. Puis, mon ami a rencontré une Burkinabé. L'an dernier, le couple a eu un bébé dont je suis la marraine; c'est ainsi qu'ils tenaient à me remercier. Par la suite, j'ai rencontré les parents de la maman venus de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Et, de fil en aiguille, je me suis retrouvée en juillet dernier au «pays des hommes intègres». Voilà pour le coup de dé!

Ce n'est donc ni comme missionnaire ni comme coopérante ou stagiaire en aide humanitaire que j'ai abordé le Burkina Faso mais comme touriste. Et si, pour les Occidentaux, le tourisme relève du loisir, cette notion ne fait pas partie des cultures africaines en général. Ici, pas de tout-compris, de grands monuments ou de bord de mer. C'est un pays de rencontres et de culture.

La raison en est simple: lorsqu'un Africain voyage, c'est le plus souvent par nécessité, pour rendre visite à sa famille ou par affaires. Rarement pour le plaisir. Cette façon d'être, nous l'avons apprise sur le tas avec Ali, notre guide-chauffeur, qui nous a accompagnés tout au long du voyage. Au Burkina, on ne peut pas louer une voiture sans son chauffeur, qui sert de lien entre le touriste et les guides locaux et aussi de conseiller lors du choix d'un hôtel ou d'un restaurant.

Au moment de la location, on nous avait expliqué qu'en fin de journée, le guide dépose son client à l'hôtel et dispose jusqu'au lendemain, à l'heure convenue. À lui de s'organiser pour manger et se loger. Mais un soir, inquiétés du sort de notre ami, nous lui avons offert de dormir à l'auberge où nous logions. Plutôt que d'accepter ou de refuser, il nous a demandé de lui donner l'argent que coûterait sa chambre. Il est clair qu'il s'agissait là d'une dépense inutile pour lui, sans compter que ces 25 $ représentaient le salaire de quelques semaines. Première leçon!

«Neïbogo, lafibeme, isakrama!» Bonjour! Ça va? Et la famille? C'est du mooré. Lorsque deux Burkinabés se rencontrent, c'est d'abord un sourire, puis une poignée de main et ces trois questions. Cette marque de politesse est une coutume solidement ancrée au pays des hommes intègres et un sacré passe-partout pour le Nassara (le Blanc). On peut vous emmener en brousse — l'équivalent d'aller à la campagne —, à l'ombre d'un baobab, à partager un zoom-koom (eau de bienvenue), un jus de bissap (fleur), un tô (pâte accompagnée d'une sauce) ou un dolo (bière de mil).



Entourée de six États — le Niger à l'est, le Mali au nord, le Bénin au sud-est, le Togo et le Ghana au sud et la Côte d'Ivoire au sud-ouest —, cette ancienne colonie française a changé six fois de nom en un siècle. Morcelée en 1932 entre le Soudan, le Niger et la Côte d'Ivoire, la Haute-Volta retrouve ses frontières traditionnelles en 1947 et regagne son nom. C'est en 1984, exaspéré par la corruption, que le président Thomas Sankara rebaptise le Burkina Faso le «pays des hommes intègres».

Ouagadougou est le cliché d'une ville grouillante, affairée et bruyante, parcourue en tous sens par des dizaines de milliers de motocyclettes, de mobylettes et de bicyclettes. Lorsque nous avons choisi l'hôtel Indépendance, nous ignorions qu'il était l'étape favorite des hommes politiques du pays et un des points les plus animés de la capitale. Nous étions bel et bien arrivés en Afrique.

Les cireurs de chaussures, les maquis (minuscules restaurants), les mendiants, la chaleur, la poussière, les poulets grillés, les femmes en pagne coloré marchant à la queue leu leu, une charge sur la tête et un bébé fixé au dos à l'aide d'un foulard en percale, des vendeurs de breloques, des marchandes de légumes et des étals partout, des étals de tout, des étals chambranlants. Ces images allaient faire partie de notre vie quotidienne pendant les deux semaines de ce séjour dépaysant.

Autour de la capitale, il ne faut pas manquer de voir le jardin de sculptures sur granit de Laongo, à quelques minutes du village de Ziniaré, connu pour ses potiers, ses tanneurs et ses teinturiers. En pleine savane, on distingue d'abord un chaos de rochers, mais en y regardant de plus près, on remarque que ce site, sans fioritures, est parsemé de magnifiques sculptures.

«C'est une initiative du sculpteur burkinabé Siriki Ky, explique Issaka, le guide des lieux. Il a réuni 18 artistes du monde entier pour créer les 127 sculptures du parc en plein air. On y retrouve une oeuvre du sculpteur canadien Jacques Bernard. Ainsi est né en 1989 le Sympo-granit 89. La sculpture au Burkina est non seulement une tradition mais aussi une ouverture sur le monde artistique international. On y vient de partout pour profiter du savoir-faire des bronziers.»

En roulant vers l'ouest, la mare aux caïmans sacrés, une des grandes attractions touristiques du pays, se trouve à moins d'une heure de la capitale. «Il y a fort longtemps, un chasseur mossi s'égara dans la brousse dans la région de Sabou, petit village sur la route de Ouagadougou à Bobo-Dioulasso. Accablé par la chaleur et la soif, il tomba évanoui. Il serait mort d'inanition si un caïman ne lui avait pas humecté les lèvres d'eau et conduit vers le marigot. Depuis, les habitants de la région ne chassent plus le caïman mais le vénèrent.»

Si cette histoire est une légende, les caïmans, eux, existent bel et bien, et par douzaines, dans la «mare de Sabou». Le plus vieux aurait même plus de 100 ans. Ce sont les gloussements éperdus de la poule sacrifiée qui attirent ce reptile à mâchoire courte et large. Chez les animistes, c'est une pratique courante que de sacrifier un poulet, une chèvre ou un mouton aux génies, aux ancêtres et à toutes les divinités tutélaires de la brousse. Coeurs sensibles s'abstenir!



Une excursion d'une journée en pays gourounsi nous conduit non loin de la frontière du Ghana, dans le village animiste de Tiébélé, la plus grande chefferie du pays kasséna. Les cases en terre de banco sont rassemblées à l'intérieur d'un haut mur, reliées entre elles par des murets de terre pétrie abritant cours et courettes intérieures et des toits-terrasses aménagés en petits jardins. La case ronde est habitée par le célibataire, la carrée par les couples et la case en huit par la grand-mère et les enfants. On y vit à l'étroit, avec le strict minimum, sans eau courante ni électricité.

Les larges fresques orangées et noires qui ornent les murs des cases de la concession royale sont l'oeuvre des femmes mariées gourounsies. Les dessins symbolisent des objets appartenant à l'univers du quotidien comme la calebasse, la tige de mil, le tambour et le filet de pêche ainsi que des animaux comme le boa, l'aile d'épervier, la patte de poule ou la tortue.

«Une brisure de calebasse est le symbole de la condition humaine, explique Youssouf, le guide local. On casse sur la tombe d'un homme la calebasse où il buvait et sur celle de la femme les calebasses qu'elle utilisait pour la cuisine.» Le nombre de cases à Tiébélé s'élève aujourd'hui à 37, et celui des habitants, à 450, tous issus de la famille royale.



Le Burkina compte une soixantaine d'ethnies. Les Mossis occupent 52 % du plateau central et leur système politique ancestral, hiérarchique et centralisé se combine assez bien avec l'État moderne. Dans le nord, près du Mali, on trouve surtout des Peuls (8 %) ainsi que des Touaregs; au sud, les Bissa; à l'ouest, les Gourounsis et les Kassénas; autour de Bobo-Dioulasso, les Bobos-Fing; et au sud-ouest, les Lobi, les Gan et les Dagari...

De Ouaga à Banfora via Bobo-Dioulasso

Un circuit de dix jours nous conduit à Bobo-Dioulasso, Banfora et Gaoua. Le dépaysement est total. Pas au chapitre des hôtels, auberges et restaurants fréquentés, tout à fait corrects, mais en ce qui concerne la place du touriste et la vie quotidienne des Burkinabés dans les villages. Le Burkina des villages est comme un retour à l'âge de pierre. Reprenons une phrase du livre de Ryszard Kapuscinski dans Ébène: «L'homme blanc est comme une pièce rapportée, bizarre et discordante, sans cesse tourmenté par un sentiment d'impuissance... L'hygiène, l'eau puisée quotidiennement à des lieues à la ronde, les lourdes charges transportées par les femmes sur des kilomètres pour tenter de dégager un petit bénéfice de leur jardin potager ou du savon qu'elles auront fabriqué la veille avec des noix de karité. Les enfants qui ne mangent pas à leur faim. Tout ça, on le sait, on le lit, sauf que là-bas, ça nous interpelle.»

Mais les Burkinabés ne partagent pas forcément les mêmes critères de misère et de malheur que les Occidentaux. Pour eux, le pire n'est pas le dénuement économique mais l'isolement. Et le plus grand plaisir qu'on puisse leur faire est d'échanger.

Quatre secteurs délimitent le centre de la petite ville de Bobo-Dioulasso. Le secteur des Musulmans, les guerriers, le secteur des Forgerons, les fabricants d'outils, celui des Animistes, les agriculteurs, et le secteur des Griots, les musiciens. Et tous s'entendent!



Capitale du balafon, Bobo-Dioulasso se distingue par ses activités artistiques et culturelles. «On produit les meilleurs instruments de musique du pays et on forme d'excellents joueurs de balafon», affirme Richard. Chose certaine, dans le pays tout entier, on aime la musique.

Élégants bâtiments coloniaux, maisons de banco imbriquées les unes aux autres, maisons traditionnelles dioulas, boutiques de masques, d'instruments de musique, de pagnes... Bobo Dioulasso est un incontournable avant de se diriger vers les cascades de Karfiguela et les dômes de Fabédougou, à une douzaine de kilomètres de Banfora, puis au village de Gnonguitan pour une rencontre amicale avec le 29e roi des Gans. «Neïbogo, lafibeme, isakrama!»

Il ne faut pas manquer non plus, à une quinzaine de kilomètres de là, les villages de Koumi et de Kouro, habités par des Bobos-Fing, majoritairement animistes. Avec un peu de chance, vous assisterez peut-être à la fabrication du dolo, la bière de mil locale. Et à sept kilomètres de Bobo, le lac de Tengrela abrite une vaste population d'hippopotames.

Au retour, on s'offre une crevaison, une petite panne gentille, question de lâcher prise. Un vieil homme édenté, dépenaillé, chandail et pantalon en lambeaux, sorti de derrière le baobab, vient aux nouvelles. C'est ça, un voyage au Burkina: la rencontre avec un peuple attachant.

En vrac

- Un voyage au Burkina Faso est réalisable à longueur d'année, sauf pour les circuits animaliers, qui se font préférablement de décembre à mai. La location d'un 4X4 coûte en moyenne de 50 000 à 60 000 francs CFA (environ 100 $ à 120 $ par jour), kilométrage illimité et chauffeur obligatoire. Ce dernier est le lien entre vous et les guides locaux. Il peut aussi suggérer hôtels et restaurants. Air France, via Paris, et Royal Air Maroc, via Casablanca, assurent des liaisons entre Montréal et Ouagadougou.

- Monnaie: 500 francs CFA donnent environ 1,047 $CAN.

- À Ouagadougou, Vacances OK Raids suggère plusieurs circuits. www.okraids.com, okraids@okraids.bf, tél: (226) 50 30 03 52/54. - À lire: Les Moustaches du chat, de l'écrivain burkinabé Sayouba Traoré.

- Hôtels. À Bobo-Dioulasso: L'Auberge, 40 chambres climatisées, bar-restaurant-piscine, tél: (226) 97 17 67/68 ou 97 14 26. À Banfora: Hôtel Canne à sucre, tél: (226) 20 91 01 07, hotelcannasucre@fasonet.bf, www.banfora.com. À Gaoua (381 kilomètres de Ouagadougou): Hôtel Hala, tél: (226) 20 87 01 21, www.musee-gaoua.gov.bf/textes/infos_tou.htm.

- Restaurants. À Ouaga: le Gondwana, un bijou de petit restaurant qui fait office de galerie d'art, rue 13-14 Zone du Bois/Zogona, tél: (226) 50 36 11 24/78 85 82 13. Trois magnifiques salles intérieures qui rappellent les cases typiques du pays et un espace extérieur charmant. Bonne cuisine française et africaine. Le propriétaire, Mathias Lafon, est un des plus grands importateurs-exportateurs d'objets d'art africain. Il connaît le continent noir comme le fond de sa poche. Tout objet dans son restaurant est à vendre. Son entrepôt est ouvert au public. www.africartisanat.com.


Publié dans le Devoir du 3 novembre 2007


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