• Hélène Clément

L'État de New York





Publié dans le Devoir du 8 octobre 2005


L'itinéraire Lakes to Locks Passage raconte l'histoire de la plus vieille voie d'eau commerciale de l'Amérique du Nord, entre le canal de Chambly et le canal de Champlain. Plus de 400 kilomètres de route, riche en paysages d'une exceptionnelle beauté. Un circuit qui cache de véritables trésors culturels: écluses, forts, musées, artisans et, à ce temps-ci de l'année, le spectacle coloré des feuilles. Un beau bol de culture, de nature, d'aventure.


En parcourant l'itinéraire Lakes to Locks Passage, je me suis revue petite fille avec ma grand-mère, le dimanche après-midi, quand la voiture familiale prenait la direction des écluses de Chambly. La grande sortie de la semaine! Les circuits touristiques n'existaient pas encore et nous allions voir le fonctionnement d'une écluse lorsqu'une embarcation s'y engage.

Mais jusqu'où pouvaient bien aller les bateaux? Ce voyage m'a appris qu'ils pouvaient se rendre aussi bien à Lacolle qu'à Plattsburgh ou Albany, en passant par le Richelieu, le lac Champlain, la rivière Hudson...

C'est simple, ce réseau de voies d'eau, découvert par Samuel de Champlain et parcouru depuis belle lurette par les Amérindiens, relie Montréal à New York, et plus encore. Sauf qu'au niveau des passages qui imposaient jadis de laborieux portages, on a construit des canaux pour contourner les obstacles. Le canal de Chambly relie le fleuve Saint-Laurent au Richelieu, celui de Champlain au lac Champlain puis à la rivière Hudson. Lakes to Locks Passage se parcourt aussi sur terre, en auto, en train, à vélo.

Un bref instantané de l'évolution sur Lakes to Locks Passage... D'abord, il y a les glaciers, puis les mastodontes et les castors géants qui ouvrent des sentiers entre les points d'eau. C'est ensuite au tour des canards et des oies de survoler la région vers leur longue migration apportant nourriture au printemps et à l'automne.

Arrivent les Amérindiens, chasseurs d'oies et de canards, qui établissent des chemins le long des cours d'eau. Et enfin les Blancs, en quête de nouveaux territoires, formalisent des voies navigables pour le commerce.

Plus tard, le chemin de fer longera la voie d'eau, puis la route le chemin de fer, et les pistes cyclables la route. Aujourd'hui, ces axes sont empruntés par des milliers de touristes.


Voyant là un bel attrait, l'État de New York a décidé de créer un circuit thématique, le Lakes to Locks Passage, une route de 400 kilomètres le long du lac Champlain, du lac George et de la rivière Hudson, entre Rouses Point et Albany, au coeur des Adirondacks. Au fil des forts, des musées, des rencontres, l'histoire de la colonisation américaine et canadienne apparaît de plus en plus claire. Une histoire marquée par de grands conflits.

On passe facilement sur cette route une journée, un week-end, une semaine, un mois. L'itinéraire abrite de coquets villages, des épiceries conviviales, des marinas pittoresques, des fermes à l'allure de Playmobil. Des paysages grandioses qui mêlent le bleu de l'eau au vert des champs, avec pour toile de fond d'imposantes montagnes.

Le circuit Lakes to Locks Passage fait partie du programme américain The National Scenic Byways Program qui totalise 96 routes thématiques dans 48 États. Scott, notre guide, affirme que ce circuit est l'un des plus beaux du réseau.

Le programme Byways est le résultat d'une collaboration entre le ministère des Transports américain et les communes rurales pour préserver le patrimoine. L'État de New York et Tourisme Québec envisagent le prolongement du circuit vers le Québec. L'histoire de cette voie d'eau y prend en effet ses racines, ce qui explique que l'excursion débute à Sorel.

Et nous voilà au confluent du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Richelieu, dans les marais de l'archipel du lac Saint-Pierre, reconnu par l'UNESCO comme réserve de la Biosphère: 288 espèces d'oiseaux, la plus importante héronnière d'Amérique du Nord, la première halte migratoire printanière de l'oie des neiges, 27 espèces de plantes rares comme, entre autres, l'arisème dragon, indique notre guide. Dans la brume du matin, sur les canaux aussi lisses qu'un miroir, on croit voir surgir à chaque virage le Survenant.

Cap sur le fort Chambly, situé sur les bords de la rivière Richelieu, au pied des rapides du même nom. L'imposante construction de pierres, datant de 1711, s'inspire des fortifications françaises. Le fort protégeait la Nouvelle-France des attaques anglaises. Témoin important des bouleversements de l'histoire et de la présence française en Amérique du Nord, il est le premier fort rencontré qui, ajouté aux autres le long du circuit, permettra aux visiteurs de mieux saisir ce qu'ont été les débuts de la colonie.


Nous enfourchons nos vélos pour un périple d'une vingtaine de kilomètres le long du canal de Chambly. Le vapeur Quebec fut le premier à franchir les portes de bois de ce canal construit au pic, à la pelle et à la brouette. C'était le 9 juin 1843. Le bateau quitte Saint-Jean pour la ville de Québec avec à bord une cargaison de lard.

Les neuf écluses du canal permettent d'éviter les rapides et une élévation importante entre le bassin de Chambly et le Haut-Richelieu. Huit de ces écluses et trois des ponts sont actionnés manuellement... un spectacle à ne pas manquer.

On longe le Richelieu en voiture, puis c'est la visite du fort Lennox, à l'île aux Noix, auquel on accède par bateau. La traversée ne dure que cinq minutes, le temps qu'il faut pour retourner quelques siècles en arrière et fouler le sol que se disputaient alors Français, Américains et Britanniques. Et le temps d'apprendre que l'aventure française en Amérique du Nord n'a pas pris fin sur les plaines d'Abraham, comme on est porté à le croire, mais sur l'île aux Noix, en août 1760. Quant au fort Lennox, petit joyau du réseau de Parcs Canada construit entre 1819 et 1829, il avait pour but de protéger la colonie contre une éventuelle invasion américaine par la rivière Richelieu.

La vallée du lac Champlain

Après le village de Rouses Point et son célèbre fort Montgomery, autre image de combats entre Anglais et Américains, l'autobus emprunte la route 9. Nous sommes dans la vallée du lac Champlain. À droite, des champs et des fermes, à gauche, le lac qui s'allonge sur 170 kilomètres, déchaîné et gris les jours de grand vent, ou calme et bleu turquoise par beau temps. De l'autre côté du lac, le Vermont et les Montagnes vertes, de ce côté-ci l'État de New York, les Adirondacks.

À Chazy, la Heart's Delight Farm Heritage Exhibit, au Miner Institute, raconte l'histoire de William Henry Miner et de sa femme Alice, fondateurs de la première école rurale centrale de l'État de New York et du premier hôpital moderne du comté de Clinton. La ferme expérimentale, créée au début du XXe siècle par ce couple visionnaire, utilisait une approche scientifique de l'agriculture à une vaste échelle. Cette ferme de 15 000 acres faisait appel à l'hydroélectricité et employait jusqu'à 800 employés au temps des récoltes.

Plattsburgh est pour beaucoup de Québécois synonyme de magasinage. Détrompez-vous: il y a là plus d'un musée à visiter. On y apprend, entre autres choses, que la bataille de la baie de Plattsburgh est à bien des égards la plus décisive de la guerre de 1812. L'invasion ratée des États-Unis menée par sir Georges Prévost met fin aux rêves des Britanniques en territoire américain. Le Kent-Delord House Museum, qui jette un éclairage sur la vie des gens il y a 200 ans, vaut le détour.

Ausable Chasm, fréquenté par des générations de Québécois, continue d'attirer chaque saison des milliers de visiteurs. Le canyon, formé il y a 500 millions d'années, est spectaculaire.

À Crown Point, un bref arrêt dans une petite boulangerie artisanale: «Je fais le pain comme il y a 300 ans, à l'époque où les Français occupaient cette localité», explique Yannig Tanguy, dont le père est breton et la mère, américaine.

Au fort Ticonderoga, situé à la tête du lac George, le chef indien Red Hawk attend les visiteurs. Tatouages, gros biceps, bijoux, pagne sous la tunique rouge que portaient les soldats de la garnison anglaise au XVIIIe siècle, l'imposant Abénaki nous sert de guide pour une partie de la visite. Appelé en premier lieu Carillon, ce fort a été construit par les Français en 1755, au début de la guerre de Sept Ans, pour chasser les Anglais du lac Champlain. Contre toute attente, une petite armée française sous le commandement du marquis de Montcalm a défendu le fort avec succès, le 8 juillet 1758.

Renseignements: - www.lakestolocks.com, www.velochambly.com, www.champlainbikeways.org, (802) 652-BIKE. - Lake Champlain Visitors Center: (866) 842-5253. - À lire: Randonnée pédestre — Nord-Est des États-Unis, guide de voyages Ulysse. - On peut parcourir le circuit Lakes to Locks Passage à bord du train Amtrak Adirondak, entre Montréal et Saratoga Spring. Il s'arrête dans la plupart des localités du circuit. De la gare de Fort-Edward, un service de bus est disponible pour amener les touristes vers les points d'intérêt éloignés des stations. Pour les bus: (518) 792-1085. Pour le train: www.amtrak.com.

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Textes et photos par Hélène Clément