• Hélène Clément

États-Unis - Key West, prélude à la Caraïbe




Cette Floride-là est cubaine dans l'âme. Il est vrai que la dernière île de l'archipel des Keys se trouve plus près de Cuba que de Miami. Les coqs déambulent librement, on y fume le cigare, y pêche le marlin, y danse la salsa et y consomme plus de Mojito que de Coca-Cola. Il plane aussi dans la capitale caraïbe floridienne le souvenir d'Ernest Hemingway, de Tennessee Williams, de Thomas Sanchez... Virée culturelle à l'extrême pointe sud des États-Unis continentaux, au kilomètre zéro de la US Highway 1.


Key West — L'île la plus méridionale des États-Unis continentaux ne dit pas grand-chose aux Québécois fuyant les frimas de l'hiver. La vie y est peut-être trop chère, ou pas assez exotique? Nous sommes en Floride, ici. Quoi qu'il en soit, les Québécois préfèrent Cuba, les Bermudes, le Mexique ou la République dominicaine à Key West, où l'on trouve pourtant de grandes stations balnéaires et un centre-ville pas banal du tout, au riche patrimoine bahamien, cubain, américain.

Par contre, ceux qui l'ont vue l'adoptent. On pense tout de suite à Michel Tremblay et à Marie-Claire Blais. Et moins près de nous à Ernest Hemingway, Tennessee Williams et Thomas Sanchez. Tous y ont élu domicile un temps, trouvant la ville inspirante. Une petite municipalité de 25 000 habitants permanents, aux rues bordées de coquettes maisons en bois, où les coqs se promènent en liberté, un héritage cubain datant de la fin du XIXe siècle pour se débarrasser des scorpions.

En 1867, plus de 100 000 Cubains fuient leur île toujours en guerre avec les Espagnols. Issus de familles prospères et reconnus pour leur savoir-faire en matière de fabrication de cigares, ils sont nombreux à venir à Key West pour travailler au sein d'une industrie florissante sur l'île. On y produit alors annuellement 100 millions de cigares dans plus de 166 manufactures.

Si les Cubains roulent toujours le cigare à Key West, le tabac, lui, ne provient plus de Cuba mais strictement des États-Unis. On peut jaser avec les rouleurs dans l'un ou l'autre des nombreux salons de cigares qui bordent la rue principale du centre-ville, où les amateurssont invités à humer et déguster une variété de havanes aux volutes parfois peu agréables.

La République des Conches

Les keys ont beau être en Floride, rien ici ne rappelle «l'État ensoleillé», sauf le bleu de la mer et le soleil. Donc, pas de vagues à faire damner les surfers ni de promenade en bois en front de mer. Les plages, alors? Eh bien, elles sont quasi inexistantes dans l'archipel.

«La surprise est grande pour les voyageurs habitués aux longues et larges plages sablonneuses des côtes floridiennes, précise Claude Morneau, l'auteur de Floride, aux éditions Ulysse. À part dans le Bahia Honda State Park, il n'y a pour ainsi dire pas de plage dans les Keys.

«Ce sont les vagues qui transportent le sable sur les côtes, ce qui en vient à former les plages. Or les keys sont "protégées" par une longue barrière corallienne sur laquelle se brisent les vagues avant de rejoindre le littoral, ce qui les force du coup à abandonner leur cargaison de sable.»

Côté plage, Key West ne fait donc pas exception à la règle du sable demeuré prisonnier de la barrière corallienne. Malgré cela, la création se montre généreuse côté couleurs de la mer. Une invitation à la baignade et à la plongée. On piquera une tête dans l'eau à la petite plage sauvage Fort Zachary Beach, à l'extrémité ouest de l'île, ou à Municipal Beach, au sud, la plus longue avec ses deux kilomètres, et la plus populaire aussi. Sinon, les hôtels en front de mer offrent toutes une plage aménagée en fonction de leur caractère, plutôt pittoresque à Key West.

Comment sont nées ces fameuses keys? La description la plus imagée du phénomène, c'est dans le magazine Géo de 1997 que nous l'avons dénichée: «Un peu de sable saupoudré au ras de l'océan, sur un socle corallien. La végétation tropicale parachève le miracle.» Un chapelet d'une quarantaine d'îles, reliées entre elles par une saisissante voie routière sur pilotis de 141 kilomètres. Une aventure qui commence à Key Largo, la plus longue des keys.

Pour atteindre la dernière île depuis Key Largo, le voyageur doit emprunter l'Overseas Highway, un tronçon de la route fédérale US 1 qui commence à Key West pour se terminer à Fort Kent, dans le Maine, à la frontière canadienne. Le long ruban qui s'étale à l'infini tel un élégant trait de plume, avec d'un côté l'océan Atlantique et de l'autre le golfe du Mexique, est une oeuvre d'art de génie civil. Parcourir cette route au coucher du soleil? Wow!

C'est à l'homme d'affaires américain Henry Flager que revient la brillante idée d'un chemin de fer qui allait relier Key West à Miami. Après sept ans de travail dans des conditions parfois précaires, l'Overseas Railroad est enfn inauguré en 1912. Mais la voie ferrée est détruite par un ouragan en 1935. Trop coûteuse à reconstruire, elle est remplacée en 1938 par l'Overseas Highway. La partie la plus étonnante de la route est sans conteste le Seven Mile Bridge, long de 11 kilomètres et surélevé dans sa partie centrale pour permettre le passage des bateaux.

Quant aux Conches (mollusque à coquille dure et rugueuse), il s'agit du surnom que se donnent les natifs de Key West depuis 1982, alors que la patrouille frontalière américaine mettait en place des contrôles drastiques le long de la US 1 pour rechercher drogue et immigrants illégaux. Les habitants des keys se sentent soudainement comme des étrangers, se révoltent et proclament leur indépendance. Depuis, le drapeau de la Conch Republic flotte au-dessus des bâtiments officiels, à côté du drapeau américain. L'indépendance est fêtée chaque année, du 20 au 29 avril.

Quelques incontournables

En tête de liste des incontournables, la maison d'Ernest Hemingway. L'écrivain a vécu à Key West, au 907 Whitehead Street, de 1931 à 1940. C'est le meilleur endroit pour découvrir l'homme dont l'oeuvre fut couronnée du prix Nobel de littérature en 1954. Dans cette belle maison hispanique de style colonial construite en pierre, l'auteur du Viel Homme et la Mer a écrit ses plus célèbres romans, dont L'Adieu aux armes, Les Neiges du Kilimandjaro et Pour qui sonne le glas.

La maison, joliment restaurée, peut être visitée. Avec son jardin luxuriant, sa piscine d'eau salée taillée dans le corail qui a coûté «une beurrée», elle a conservé le charme de l'époque et offre une bonne entrée en matière à la découverte de cet auteur, amoureux des femmes et...des chats. Il en avait, à l'époque, plus de 60, dont une trentaine présentaient un trait génétique spécial, une sixième griffe. La descendance féline continue de régner en nombre sur la propriété.

Côté architectural, les maisons de Key West sont loin d'être dépourvues d'intérêt. Le circuit historique et architectural Pelican Path, balisé par de petits pelicans, mène vers les plus belles d'entre elles. À pied ou à vélo, il est préférable de commencer la visite tôt le matin, lorsque le soleil ne tape pas trop fort. Pour de vrai, c'est la Caraïbe, ici. Key West englobe la plus importante concentration de demeures construites en bois aux États-Unis au cours du XIX e siècle.

Quant à la Duval Street, l'artère principale de la ville, il s'agit bien sûr d'un incontournable. On y vend des breloques et on y mange, danse et picole jusqu'au bout de la nuit. Hemingway avait l'habitude de passer ses soirées au Sloppy Joe's Bar, le grand classique des nuits de Key West. On continue de s'y dandiner fiévreusement chaque soir, sur de la musique live rock ou country. Une exposition sur les murs raconte la vie de l'écrivain. On dit que l'alcool l'aidait à transformer ses aventures en romans.

Un autre monument historique: le Captain Tony's Saloon, le plus vieux café de Key West. Tony Tarracino, l'ancien propriétaire, se rendit populaire en organisant des voyages clandestins à Cuba pour ramener des réfugiés.

Également réputée pour son importante communauté gaie, Key West reste très discrète là-dessus.

Trois choses encore... Il y a de bons restaurants ici, le voyageur ne se nourrit pas que de hamburgers et de pizzas. Un tour dans le quartier bahamien permet de comprendre le rôle joué par les ressortissants des Bahamas dans l'histoire de la ville. Et, pour finir, s'offrir une pointe de la fameuse Key Lime Pie au Blond Giraffe: unique!

En vrac

* Key West est ituée à environ 2800 kilomètres du pont Champlain, à Montréal. En avion, différentes compagnies américaines desservent le Key West International Airport, dont Delta et American Airlines.

* Voyages Gendron propose des idées d'itinéraires, des hébergements et des forfaits avion-voiture de Miami ou de Fort Lauderdale. www.voyagesgendron.com.

* Construit en 1921 pour loger les riches Américains du nord des États-Unis qui, grâce au chemin de fer, pouvaient s'y rendre facilement, l'historique Casa Marina & Beach Club demeure l'hôtel de luxe par excellence. Élégant et raffiné, ce resort est une bonne adresse pour qui souhaite lire en toute tranquillité sur la plage ou au bord de la piscine, ou découvrir Key West. www.casamarinaresort.com.

* À voir: le Mallory Square pour célébrer le coucher du soleil en compagnie de musiciens et d'amuseurs publics, une tradition sur l'île; le Key West Museum of Art & History (kwahs.com), à la fois musée d'art et d'histoire de l'archipel des Keys; le Mel Fishers Maritime Museum (melfisher.org), pour la petite histoire des shipwreckers et de l'épave du navire espagnol Nuestra Senora de Atocha; le Southernmost Point, à l'angle des rues Whitehead et South, une grande borne qui indique le point le plus méridional rattaché aux États-Unis continentaux.

À lire: Floride, aux éditions Ulysse; le Guide du routard 2010 sur la Floride; Kilomètre zéro, de Thomas Sanchez; En avoir ou pas (To Have and Have Not) d'Ernest Hemingway.

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Textes et photos par Hélène Clément 

Fait avec ❤ par Steph Rowan