• Hélène Clément

Échappée champêtre dans les Bois-Franc


Il y a 25 ans, la production se limitait à 5000 petits arbres à pot. Aujourd'hui, elle s'élève à 60 000 bonsais et 400 000 bambous

Une virée dans la région des Bois-Francs donne lieu à d'agréables découvertes: un presbytère qui vend du fromage; une charcuterie qui propose jambon fumé, saucisses sans gluten, boudin aux pommes; un vigneron primé pour son terroir et une pépinière qui produit bambous, bonsaïs, pachiras et lucky bean. Pied de nez à la grisaille de novembre.


À Tingwick, au sud de Victoriaville, non loin de Kingsey-Falls, des employés de la Pépinière Bonsaï s'affairent à trier, à tresser, puis à mettre en terre des pachiras. Les cinq doigts qui composent chaque feuille de ces «petits arbres de la prospérité» symbolisent en Chine les cinq éléments du feng shui: le métal, le bois, l'eau, le feu et la terre. On dit là-bas qu'il a le pouvoir d'attirer ces éléments autour de lui et de les transformer en énergie et en argent.

Et le grossiste ne façonne pas que des pachiras! Il produit aussi bonsaïs, bambous et lucky beans pour le compte des dépanneurs, fleuristes, supermarchés et autres grands revendeurs. Qui aurait cru que ces petits végétaux, appréciés des amateurs de feng shui, étaient ensemencés, tressés et bichonnés dans le Centre-du-Québec, à environ deux heures de Montréal?

Mystère des «lucky» bambous

Créateur de la Pépinière Bonsaï, Daniel Charland, Tingwickois d'origine, tient la barre de son entreprise plantée en pleine campagne depuis presque

25 ans. Un cours d'horticulture à Saint-Césaire, un professeur passionné par l'arbre miniaturisé, originaire de Chine, et un stage au Jardin botanique ont suffi à susciter l'engouement chez l'entrepreneur.

«À l'époque, la production se limitait à 5000 petits arbres en pot. Aujourd'hui, elle s'élève à 60 000 bonsaïs et 400 000 bambous, précise Daniel Charland. De six travailleurs que nous étions au début, la Pépinière Bonsaï emploie maintenant 15 salariés permanents, une vingtaine de temporaires et une dizaine d'étudiants.»

«Attrait du zen, cocooning et souci de l'environnement sont en grande partie responsables du succès de l'entreprise, dont le chiffre d'affaires continue de grimper depuis quelques années», explique Annick Archambault, directrice des opérations à la Pépinière Bonsaï. Faut-il se surprendre? Comme on ne sait plus trop à quel saint se vouer pour être riche et en santé, miser sur un petit arbre ne fait de mal à personne. Et une plante verte, c'est joli et pas kitsch.

Les dépanneurs et les fleuristes ont bien compris la chose et il est plutôt rare de ne pas trouver sur le comptoir, à côté de la caisse, les fameux bambous de la bonne chance. Le cadeau est noble. Trois tiges de bambou représentent le bonheur; cinq, la santé; et neuf, la prospérité. Quant au pachira, il apporte abondance et bonne fortune. Une jolie surprise pour une poignée de dollars.

La Pépinière Bonsaï accueille les visiteurs à longueur d'année et propose sur place des visites guidées des serres d'une durée de 45 minutes. Une occasion de percer les mystères de la production de ces plantes tropicales en provenance de Chine, d'Australie, d'Indonésie et des États-Unis et de se renseigner sur l'entretien de chacune.

Tout ça creuse l'appétit! Cap vers Sainte-Élizabeth-de-Warwick, à la Fomagerie du Presbytère, pour l'achat de fromages fins. Loger dans un ancien presbytère datant de 1936, en face de la ferme Louis d'Or qui produit les fameux fromages vendus au presbytère, l'arrêt n'est pas banal. Depuis quatre générations, la famille Morin fabrique son fromage de façon artisanale. Sauf que depuis 1980, par souci environnemental, les Morin ont pris le virage de l'agriculture biologique. Un défi bien relevé puisque, l'an dernier, leur fromage fermier Le Bleu d'Élizabeth au lait cru, à pâte semi-ferme, remportait la mention spéciale «meilleur fromage biologique 2008».

Le pique-nique n'est pas complet sans un détour à La Jambonnière, spécialiste du jambon fumé à l'ancienne, située à Saint-Rémi-de-Tingwick. Lyne Groleau et Marco Couture acquièrent en 1992 la porcherie des parents de Lyne. Depuis, ils poursuivent à leur manière l'entreprise familiale, qui détient la certification AQC (assurance qualité canadienne). «On y fabrique une trentaine de saucisses, dont quelques-unes sans gluten ni chapelure, et d'autres à l'autruche. Les terrines, la rillette, le boudin aux pommes sont le résultat d'un séjour passé en France. Alors que cretons, tête fromagée, tourtières et saucisses "pépères" viennent de nos aînés.»

Un p'tit rouge avec ça ?

«Un repas sans vin est une journée sans soleil», dit un proverbe provençal. Le vignoble Les Côtes du Gavet, niché à flanc de coteaux tingwickois, convie les voyageurs à déguster ses célèbres vins issus d'un vignoble couronné «La Star du terroir québécois» par le magazine Les Fidèles de Bacchus. Par contre, les vignerons étant occupés à fabriquer vins et vins fortifiés, les visites guidées du vignoble, qui compte 6000 vignes, ne sont pas au programme en automne.

Et si le temps le permet, le mont Gleason, également situé à Tingwick, apparaît comme la place idéale pour aller pique-niquer. D'ailleurs, une randonnée au sommet de cette montagne de 345 mètres d'altitude apparaît comme une bonne idée avant de reprendre la route. Et si le temps est maussade, eh bien, ce n'est que partie remise cet hiver pour venir skier ou y faire de la raquette.

Publié dans le Devoir du 14 novembre 2009

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Textes et photos par Hélène Clément 

Fait avec ❤ par Steph Rowan